Crise financière - Un effort sans précédent pour AIG

Washington — Les autorités fédérales américaines ont encore accru hier leur aide à l'assureur AIG, dont le sauvetage pourrait s'avérer le plus coûteux de l'histoire de la finance mondiale, en dépassant la somme faramineuse de 150 milliards $US.

AIG avait été secouru en septembre par la banque centrale, qui lui avait consenti un prêt de 85 milliards. Quelques semaines plus tard, elle lui avait apporté 37,8 milliards de liquidités supplémentaires. Mais l'ancien numéro un mondial de l'assurance a vu sa situation financière continuer à se détériorer depuis, payant au prix fort sa stratégie de développement dans les produits financiers complexes.

Au moment de l'annonce des nouvelles aides de l'État, AIG a publié une perte de 24,5 milliards au troisième trimestre. Le groupe a dû passer pour 15 milliards de provisions, mais a aussi vu ses activités traditionnelles dans l'assurance, pourtant bien gérées, plonger «dans le rouge».

Le sous-secrétaire au Trésor pour la stabilité financière Neel Kashkari a souligné que l'engagement renforcé des pouvoirs publics était indispensable à «la stabilité du système financier», car une faillite d'AIG aurait des répercussions en cascade sur l'ensemble de la finance mondiale, par l'entremise des contrats d'assurance contre le risque de crédit (CDS) qu'il a souscrits.

Le montant ultime du coût du sauvetage d'AIG pourrait potentiellement être équivalent à l'ensemble de la richesse produite en un an par des pays comme l'Ukraine, la Hongrie, le Pakistan ou les Philippines. Mais le p.-d.g. du groupe, Edward Liddy, a assuré que le contribuable pourrait s'y retrouver. L'aide de l'État va surtout aider le groupe à vendre des actifs dans de bonnes conditions, a-t-il fait valoir en conférence téléphonique. «C'est une manière intelligente» de procéder.

Pour Alan Valdes, de Hilliard Lyons, «quand le premier plan de sauvetage a été annoncé, il était de 125 milliards et nous [le contribuable] allions faire des bénéfices là dessus. Maintenant, trois mois plus tard, ils veulent 45 milliards de plus. Et ça n'augure rien de bon pour AIG! On ne peut que se demander s'ils ne vont pas revenir tous les quatre ou cinq mois pour demander plus d'argent», a indiqué M. Valdes.

Le nouveau programme dévoilé hier prévoit que l'État va acheter pour 40 milliards $US de titres préférentiels de l'assureur. Les titres souscrits par l'État porteront un intérêt de 10 % et l'aide du Trésor s'accompagnera de restrictions particulièrement «strictes» à la rémunération des dirigeants d'AIG (au coeur d'un scandale récent), passant notamment par le gel de tous les bonus, a indiqué un responsable du Trésor.

Selon lui, l'équipe de transition du président élu Barack Obama avait été mise au courant dimanche de ces nouvelles mesures.

La Fed, qui avait prêté initialement 85 milliards à AIG, va réduire ce prêt à 60 milliards. Mais la durée de ce crédit passe de deux à cinq ans, ce qui n'augure pas d'une résolution rapide des problèmes du groupe. La banque centrale va par ailleurs racheter à l'assureur certains de ses contrats contre le risque de crédit des entreprises (CDS) à hauteur de 30 milliards. Au troisième trimestre, AIG a dû déprécier son portefeuille de CDS de 4,6 milliards $US après impôts.

La Fed va aussi reprendre pour 22,5 milliards $US de titres de dettes adossés à des créances immobilières, avec en corollaire le risque de dégrader un peu plus la qualité de son bilan.

Selon un responsable de la Fed, ces deux facilités pourront fonctionner six ans, ce qui devrait laisser le temps à l'économie de se redresser et à la banque centrale de réaliser des bénéfices sur ces investissements.

La restructuration de ces aides fait passer le total des fonds publics mobilisés pour sauver AIG à 152,5 milliards.