Dans la spirale infernale des produits financiers complexes

Un homme sort du siège social new-yorkais de l’assureur AIG. Une faillite d’AIG aurait des répercussions en cascade sur l’ensemble de la finance mondiale.
Photo: Agence Reuters Un homme sort du siège social new-yorkais de l’assureur AIG. Une faillite d’AIG aurait des répercussions en cascade sur l’ensemble de la finance mondiale.

Washington — Le sauvetage d'AIG, il y a encore peu premier assureur mondial, prend l'allure d'un puits sans fond pour les finances publiques des États-Unis, illustrant les dangers des produits financiers complexes dont le groupe américain s'était fait une spécialité.

Pour ses premiers résultats publiés depuis sa quasi-nationalisation en septembre, AIG a fait état d'une perte record de 24,5 milliards $US. Une large partie de ces pertes tiennent à l'exposition du groupe envers les CDS (credit default swaps), des contrats permettant à un investisseur de s'assurer contre le risque de non-remboursement d'une émission obligataire.

Pour le seul troisième trimestre, AIG a encore inscrit 7,05 milliards avant impôts (4,6 milliards après impôts) de dépréciations liées à son portefeuille de CDS. Ces dépréciations succèdent à des montants de plus de cinq milliards aux premier et deuxième trimestres.

«Redresser la société implique de se débarrasser de ses credit default swaps et de vendre un certain nombre de ses divisions saines pour rembourser les prêts du gouvernement», explique Douglas McIntyre, analyste du site d'informations financières 247wallstreet.com.

Si le nouveau plan de sauvetage dévoilé hier par l'État américain offre plus de temps à AIG pour vendre des actifs, il s'attaque aussi directement aux racines du mal: la Réserve fédérale (Fed) va racheter à l'assureur certains de ses contrats CDS à hauteur de 30 milliards.

«AIG a de solides activités dans l'assurance industrielle, commerciale et vie, mais, comme beaucoup de sociétés financières, elle a été attirée par les profits faciles» des CDS sur des émissions obligataires risquées dans l'immobilier, pensant, à tort, qu'ils comportaient peu de risque, relève Peter Morici, économiste de l'Université du Maryland.

La filiale d'AIG, AIG Financial Products, s'était ainsi engouffrée sur ce marché à la frontière de la banque et de l'assurance, qui a explosé en dehors de toute régulation.

Au 30 juin, AIG avait accumulé une exposition considérable de 441 milliards sur ces produits, selon un document transmis aux autorités boursières américaines. Une grande partie de ces CDS garantissaient le remboursement d'émissions obligataires adossées à des crédits immobiliers, dont la valeur a plongé avec l'intensification de la crise immobilière.

Avec l'effondrement du marché des prêts immobiliers à risques, dits subprimes, et la faillite de gros souscripteurs de CDS comme Lehman Brothers, AIG a dû faire face à ses obligations.

«Une partie des pertes sont dues au fait que devant l'insolvabilité d'un certain nombre de consommateurs les banques se sont retournées vers AIG Financial Products pour avoir l'application de sa garantie et AIG FP a payé sa garantie», a expliqué Nicolas Aubert, directeur général d'AIG pour la France.

L'effet a aussi été multiplié quand les grandes agences de notation ont abaissé leur note, signifiant que l'assureur était moins solvable. AIG a donc été obligé de consacrer plus d'argent pour renforcer les garanties offertes à ses clients.