Le G20 entend faire bloc contre la crise

Le Groupe des 20 s'est engagé hier à «prendre toutes les mesures nécessaires» pour faire face à la crise financière et à réformer en profondeur la gouvernance économique mondiale en accordant une plus grande voix aux pays émergents. Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 n'ont toutefois annoncé aucune mesure spécifique à l'issue d'une réunion de deux jours dans la métropole brésilienne, São Paulo.

Cette réunion ministérielle a surtout été consacrée à la préparation du sommet des chefs d'État et de gouvernement du G20 qui se tiendra samedi à Washington.

Les pays industrialisés et les pays émergents s'en sont tenus à «prendre toutes les mesures nécessaires pour restaurer la confiance des marchés et la stabilité, et minimiser le risque d'une nouvelle crise». Le G20 a souligné que «la crise mondiale demande des solutions globales et un ensemble de principes communs».

En marge du sommet, le gouvernement chinois a adopté un vaste plan de relance de 586 milliards de dollars pour stimuler la demande intérieure et faire face au fléchissement des exportations de la Chine. La somme libérée servira notamment à financer durant les deux prochaines années de nouveaux projets d'infrastructures, à octroyer un plus grand nombre de prêts aux petites et moyennes entreprises et à solidifier le système de protection sociale, selon l'agence Chine Nouvelle. Les réseaux de transports, les infrastructures rurales, l'innovation technique, la protection de l'environnement et l'immobilier sont aussi concernés par le plan.

La Chine a enregistré un excédent budgétaire de plus de 170 milliards de dollars au cours du premier semestre de l'année, mais le rythme de croissance de ses recettes fiscales connaît un net ralentissement en raison des effets de la crise économique mondiale sur l'activité du pays. Certains économistes pensent que la hausse du produit intérieur brut (PIB) chinois pourrait être inférieure à 8 % en 2009, après cinq années de croissance à deux chiffres.

Pékin a également annoncé une évolution sensible de la politique monétaire du pays, qui sera désormais «modérément accommodante», a indiqué Chine Nouvelle. La banque centrale chinoise a déjà abaissé ses taux d'intérêt à trois reprises depuis la mi-septembre dans l'espoir de revigorer l'économie.

Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, s'est dit satisfait de l'annonce du gouvernement chinois. Le ministre des Finances du Brésil, Guido Mantega, a pour sa part estimé que la Chine avait montré la voie à suivre avec son plan de relance. Le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, a dit s'attendre à ce que d'autres pays émergents adoptent des mesures de relance de leur activité.

La ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, a insisté sur la nécessité d'une relance budgétaire au moment où les principales économies du monde — États-Unis, Europe, Japon — doivent être en récession en 2009 et que la croissance des pays émergents doit faiblir, selon le FMI. La plupart des pays développés risquent de subir une contraction de leur économie.

Le G20 a aussi évoqué le besoin d'une réforme des institutions financières internationales héritées des accords de Bretton Woods de 1944, telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Les deux institutions sont dominées par les États-Unis et l'Europe et ne reflètent pas le poids croissant d'États comme la Chine, l'Inde ou le Brésil dans l'économie mondiale.

Le Brésil, qui se faisait le porte-parole des pays émergents, a de nouveau réclamé hier «un Bretton Woods II» afin de leur donner «une plus grande voix, une meilleure représentation et de plus grandes responsabilités» au sein des institutions financières. Le G20 a donné satisfaction à ces pays en se disant décidé à mener une «réforme d'ampleur» des institutions «afin qu'elles reflètent mieux les différents poids des économies dans l'économie mondiale».

Le sous-secrétaire pour les Affaires internationales du Trésor américain, David McCormick, a assuré que le G20 avait dégagé un large consensus sur le sommet de Washington du 15 novembre, affirmant du même coup qu'il avait «préparé le terrain» pour une réforme de la régulation financière.

Le ministre brésilien des Finances, Guido Mantega, a également réclamé un «rôle plus important» du G20 contre la crise financière, affirmant que les émergents ne pouvaient rester dans «une position d'infériorité» dans la prise de décisions.

«Il y a un consensus au sujet de la nécessité d'une action coordonnée pour faire face à la crise. Cela requiert des mesures au niveau mondial, et donc des institutions qui sont à même de les mettre en oeuvre. Ce point n'a pas encore été tranché, mais le G20 est candidat au rôle de coordonnateur», a déclaré le ministre des Finances brésilien, Guido Mantega.

À l'issue de la réunion, Guido Mantega a ajouté que les détails de cette «action coordonnée» n'avaient pas encore été mis au point et qu'aucun terrain d'entente n'avait été trouvé concernant la régulation des marchés financiers.

Pour le président de la banque centrale argentine, Martin Redrado, les autorités monétaires du monde entier vont continuer à baisser leurs taux au cours des prochains mois pour tenter d'éviter une récession. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a joint sa voix aux appels en faveur d'une réponse mondiale à la crise financière, qui, selon lui, touche aussi bien les pays développés que ceux en voie de développement.

Dans son communiqué, le G20 note que la crise financière est la conséquence d'une «prise de risques excessive» et d'une «gestion des risques déficiente sur les marchés financiers», ce à quoi se sont ajoutées, toujours selon le G20, «des politiques macro-économiques inconséquentes [ainsi que des] failles dans la régulation financière de certains pays développés».

«Le défi majeur est de résoudre la crise financière de manière durable et d'en limiter les effets sur l'activité économique mondiale par des mesures de grande ampleur, coordonnées et prises au bon moment», lit-on dans le communiqué.

Le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, a estimé que le G7, qui regroupe les sept pays les plus industrialisés de la planète, ne pouvait plus être «un petit club fonctionnant dans son coin». Le G20 concentre 85 % du PIB de la planète et les deux tiers de sa population. Il rassemble à la fois sept économies avancées — Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni —, l'Union européenne et les principaux pays émergents, soit Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Russie et Turquie.

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Avec Reuters et l'AFP