Quebecor: Péladeau prend le contrôle de Sun Media

«Nous ne sommes certainement pas satisfaits de notre performance à l’égard du bénéfice d’exploitation», a admis Pierre Karl Péladeau.
Photo: Jacques Nadeau «Nous ne sommes certainement pas satisfaits de notre performance à l’égard du bénéfice d’exploitation», a admis Pierre Karl Péladeau.

Le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, a annoncé hier qu'il prenait personnellement le contrôle du secteur des journaux du groupe, Sun Media, happé par la chute des revenus publicitaires.

«La rapidité avec laquelle les modèles d'affaires sont appelés à changer, jumelée au contexte économique incertain et à une conjoncture publicitaire plus difficile, exige une vision stratégique et opérationnelle claire», a déclaré M. Péladeau.

Depuis l'acquisition par Quebecor Media des journaux ontariens d'Osprey Media, l'année dernière, c'était l'ancien grand patron de cette entreprise, Michael Sifton, qui dirigeait Sun Media.

«Je me réjouis d'avoir eu la chance de marier les activités d'Osprey Media à celles de la Corporation Sun Media», a laconiquement affirmé

M. Sifton, par voie de communiqué.

Pierre Karl Péladeau s'occupera également de Canoë, qui gère les sites Web de Quebecor Media. Selon l'entreprise, le regroupement de Sun Media et de Canoë sous un même leadership «permettra de maximiser les occasions de croissance et de synergies» tout en accélérant la migration du contenu des publications et des stations de télévision du groupe vers les «supports multiformes».

Au troisième trimestre, terminé le 30 septembre, Quebecor a réalisé un bénéfice net de 45,6 millions de dollars (70 ¢ par action), comparativement à une perte nette de 35,2 millions (56 ¢ par action) enregistrée un an plus tôt, découlant des difficultés de l'imprimeur Quebecor World.

Les revenus se sont élevés à 908,1 millions, en hausse de 8,8 %.

Des difficultés

À l'instar des autres éditeurs de quotidiens, le secteur des journaux de Quebecor connaît des moments difficiles. Le chiffre d'affaires de la division a crû de 4,4 % pour atteindre 270,8 millions au troisième trimestre, mais lorsqu'on exclut la contribution d'Osprey Media, il a reculé de 2,3 %. Les revenus publicitaires ont chuté de 3,2 %.

Le bénéfice d'exploitation du secteur des journaux a baissé de 13,3 % pour s'élever à 52,1 millions; en excluant Osprey Media, la diminution est de 17,1 %.

«Nous ne sommes certainement pas satisfaits de notre performance à l'égard du bénéfice d'exploitation», a admis Pierre Karl Péladeau lors de la téléconférence pour commenter les résultats, avant d'ajouter que des «actions rigoureuses» s'imposaient pour redresser la barre et qu'il s'agissait là d'une priorité pour l'entreprise.

Les journaux ontariens, qui subissent le fort ralentissement économique de la province, sont les plus touchés par le déclin des revenus, a précisé M. Péladeau.

«L'industrie des journaux n'est certainement pas une industrie en croissance, a lancé le grand patron aux analystes financiers. Mais cela ne veut pas dire que ce n'est pas un secteur intéressant. Les journaux génèrent beaucoup de contenus et comme vous le savez, nous avons développé notre stratégie, au cours des dernières années, autour de la convergence. Or, si vous voulez faire converger quelque chose, vous avez besoin de transférer des contenus vers les canaux de distribution, plus particulièrement Vidéotron.»

Quebecor s'est fait jouer un tour par son ancienne filiale du secteur de l'imprimerie, Quebecor World, qui a résilié, le 1er octobre, un contrat à long terme d'impression d'annuaires d'une valeur de 11 millions par année. En vertu de l'entente, Quebecor imprimait des annuaires pour un client non dévoilé de Quebecor World à ses installations de Mirabel. Quebecor World s'est servi des pouvoirs que lui procure la Loi sur les arrangements avec les créanciers pour annuler le contrat et transférer le travail dans ses propres installations.

Le créneau «Loisir et divertissement» de l'entreprise, qui comprend notamment le Groupe Livre Quebecor Media et le Groupe Archambault, a continué de souffrir: ses revenus ont reculé de 5,5 % à 75,2 millions et son bénéfice d'exploitation, de 3,3 % à 8,8 millions.

La filiale Vidéotron a une fois de plus volé la vedette grâce à l'augmentation du nombre de clients pour ses principaux services: câblodistribution, accès à Internet, téléphonie par câble et téléphonie sans fil. Le chiffre d'affaires a progressé de 14,7 %, à 452,6 millions, tandis que le bénéfice d'exploitation a crû de 16,7 %, à 201 millions. Pour la première fois, l'entreprise dépasse le seuil d'un million de clients pour l'accès à Internet.

Vidéotron estime qu'en dépit d'un ralentissement économique, ses clients resteront abonnés à ses services. Au pire, croient ses dirigeants, ils réduiront leurs dépenses mensuelles.

Et si la situation économique devait s'envenimer, Quebecor pourrait toujours réduire l'ampleur de certains projets de développement, a-t-on souligné.

Mais pas question de reculer sur la mise sur pied d'un nouveau réseau de téléphonie sans fil. Pierre Karl Péladeau a reconnu hier qu'il avait été «surpris» par le prix élevé des fréquences que Vidéotron a acquises auprès d'Industrie Canada à cette fin, soit 555 millions. Il a toutefois assuré que l'opération finirait par être rentable, notamment grâce à l'abaissement de certains autres coûts.

L'action de Quebecor a chuté de 7,5 % hier, clôturant à 19,10 $ à la Bourse de Toronto.