Les caisses de GM sont vides

Le siège social de GM à Detroit. Si la situation actuelle perdure, le numéro un américain de l’automobile ne devrait plus avoir l’argent nécessaire à son fonctionnement dès les premiers mois de 2009.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le siège social de GM à Detroit. Si la situation actuelle perdure, le numéro un américain de l’automobile ne devrait plus avoir l’argent nécessaire à son fonctionnement dès les premiers mois de 2009.

New York — Le constructeur automobile américain General Motors (GM) a reconnu hier être menacé d'une crise imminente de liquidités, qui l'a conduit à abandonner son projet de rachat de Chrysler et à lancer un appel à l'aide «indispensable» du gouvernement fédéral.

À moins d'une reprise vigoureuse (et à ce jour improbable) du marché automobile, et sans aide gouvernementale, le numéro un américain ne devrait plus avoir l'argent nécessaire à son fonctionnement dès les premiers mois de 2009. GM a par conséquence préféré ne pas mener plus loin les discussions engagées avec le fonds Cerberus pour lui racheter sa filiale Chrysler. La priorité est désormais le renflouement de sa trésorerie, a-t-il fait valoir, à l'occasion de la publication de ses résultats trimestriels.

La fusion avec Chrysler suscitait un grand scepticisme chez les analystes et une hostilité ouverte chez les syndicats, inquiets de ses conséquences sociales. L'opération aurait été condamnée par le refus du Trésor de débloquer une aide de 10 milliards, selon la presse américaine.

Lors des trois mois achevés fin septembre, GM a enregistré une perte nette de 2,5 milliards $US. Rapportée au nombre d'actions, elle atteint 7,35 $US, alors que les analystes tablaient sur des dégâts limités à 3,70 $US.

Le chiffre d'affaires a accusé un recul de 13 %, à 37,9 milliards, alors que les analystes attendaient 39,41 milliards.

Confronté à un marché nord-américain en chute libre (-32 % en octobre), le plus gros constructeur de Détroit a tendu la sébile. «GM a pris une série de mesures déterminées pour "s'aider lui-même", mais une aide supplémentaire du gouvernement américain pour aider le secteur automobile durant cette crise est indispensable», fait-il valoir.

Lors d'une téléconférence, le p.-d.g. Rick Wagoner a affirmé que le groupe allait «prendre toutes les mesures possibles» pour éviter la faillite. «Nous sommes convaincus que les conséquences d'une faillite seraient terribles et dépasseraient largement General Motors», a-t-il dit.

Plus d'un quart de million de personnes travaillent pour le constructeur, qui vient de fêter son siècle d'existence et dont les marques sont les plus vendues aux États-Unis. GM s'est fait ravir le premier rang mondial par le japonais Toyota cette année. «La tourmente sans précédent de l'économie et du marché du crédit a un impact dramatique sur le secteur automobile et GM», affirme le constructeur. Nombre de consommateurs «qui ont encore l'intention d'acheter des véhicules se sont vu refuser un crédit, ou ont jugé le coût du crédit prohibitif».

Les trois grands de Détroit (GM, Ford, Chrysler) sont dans l'attente du déboursement d'un crédit de 25 milliards voté par le Congrès, et sont allés jeudi à Washington pour quémander des aides supplémentaires.

GM a annoncé hier un programme de cinq milliards d'économies, tout en prévenant qu'il serait insuffisant à lui seul pour rétablir sa trésorerie. Il entend récupérer notamment de 2 à 4 milliards en cédant sa filiale de vente de pièces détachées ACDelco, la marque Hummer, qui fabrique de gros 4x4 chers à l'achat et très gourmands en carburant, et un site industriel situé à Strasbourg.

Il entend en outre rogner 500 millions supplémentaires de ses coûts salariaux aux États-Unis et au Canada, en réduisant les effectifs, y compris si nécessaire par licenciements secs, et en supprimant les primes. Un somme additionnelle de 500 millions devrait être récupérée sur les stocks, tandis que les prévisions d'investissements pour 2009 ont été ramenées de 7,2 milliards à 4,8 milliards.