Légère hausse du taux de chômage au Canada

Des électeurs attendent pour voter lors des dernières élections fédérales. C’est le secteur public, essentiellement le personnel affecté aux élections fédérales, qui a contribué au maintien du niveau d’emploi au Canada en octobre.
Photo: Jacques Nadeau Des électeurs attendent pour voter lors des dernières élections fédérales. C’est le secteur public, essentiellement le personnel affecté aux élections fédérales, qui a contribué au maintien du niveau d’emploi au Canada en octobre.

Grâce aux élections fédérales du 14 octobre, qui ont permis l'embauche temporaire de près de 40 000 personnes, le taux de chômage n'a cru que de 0,1 % en octobre, pour se situer à 6,2 %, niveau attribuable surtout à la hausse du nombre de personnes à la recherche d'un emploi. Au Québec, la croissance de l'emploi a été nulle. Le taux de chômage est passé de 7,3 à 7,2 %, ce qui s'explique par une baisse de 4100 personnes dans la population active.

Globalement, il y a eu création de 9500 emplois au Canada en octobre, alors qu'on s'attendait à une diminution de 10 000 emplois. En septembre, il y avait eu création de près de 107 000 emplois. Cela peut donner l'impression que le marché de l'emploi est en bonne santé au Canada, mais un examen plus minutieux des statistiques montre qu'il n'en est rien. C'est le secteur public, essentiellement le personnel affecté aux élections fédérales, qui a contribué au maintien du niveau d'emploi. Du côté du secteur privé, on a constaté une dégradation de l'emploi dans 11 des 15 secteurs industriels. Les secteurs de la production de biens ont enregistré une baisse de 26 800 postes, le pire résultat en 17 mois.

Dina Cover, économiste la Banque TD, constate que les secteurs qui ont été créateurs d'emplois jusqu'à maintenant cette année commencent à manifester des signes d'essoufflement. Par exemple, l'industrie de la construction, qui a été le plus important créateur d'emplois cette année, en a perdu 9000 en octobre. «On s'attend que la diminution des emplois dans la construction se poursuive dans les mois à venir, par suite d'une baisse de la construction de maisons neuves et d'un ralentissement dans les travaux de restauration», prévoit l'économiste.

Le secteur de l'hébergement et de la restauration, qui avait créé 60 000 emplois depuis le mois d'août, a piqué du nez depuis deux mois avec une chute de 43 000 emplois, dont 27 000 en octobre. Ce repli de l'emploi ne cause vraiment pas de surprise, puisque les dépenses discrétionnaires sont les premières dans lesquelles on coupe en période de ralentissement économique. La baisse a surtout été ressentie dans les services de restauration et les débits d'alcool en Ontario et au Québec. Elle a provoqué la disparition de 21 600 emplois en Ontario le mois dernier.

Comme c'est l'habitude depuis quelques années, l'Alberta continue de créer des emplois, soit 15 000 en octobre, ce qui porte son taux d'emploi à 72,5 %. La croissance se manifeste dans plusieurs secteurs, tels les services professionnels, techniques et scientifiques, la construction, la fabrication, le commerce et l'agriculture.

Le pire est à venir

D'une manière générale, les économistes s'entendent pour dire que le pire reste à venir. Ils ne s'attendent pas à une croissance de l'emploi l'an prochain et prévoient le taux de chômage aux environs de 7 %. L'évaluation de Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins Études économiques, est la suivante: «La volatilité est le maître mot à l'heure actuelle, et elle se traduira par des fluctuations importantes de l'emploi de ce côté-ci de la frontière pour les prochains mois. Les effets de la crise financière n'ont pas encore produit leur plein écho sur l'économie américaine. Par conséquent, il faut s'attendre à des répercussions négatives sur le marché du travail d'ici la fin de 2008 et le début de 2009, au Québec et en Ontario.»

Pour sa part, Marco Letterieri, de la Banque nationale, explique que malgré la création de 117 000 emplois au cours des deux derniers mois, il y a peu de raisons pour que ces statistiques influent sur les prévisions des nouvelles baisses de taux directeur par la Banque du Canada. «La détérioration rapide de la conjoncture au sud de la frontière plaide en faveur de nouvelles baisses préventives au Canada», conclut-il

Au Canada, depuis le début de 2008, l'emploi a progressé de 1,2 %, soit de 203 000 emplois, le travail à temps plein et celui à temps partiel ayant tous deux augmenté. Pendant la même période en 2007, la croissance avait été de 2 %, ou 338 000 emplois. Pour ce qui est du salaire horaire moyen, l'augmentation a été de 4,3 % sur une période de 12 mois, en comparaison d'une hausse de 3,4 % pour la hausse la plus récente de l'indice des prix à la consommation. Le salaire horaire moyen a augmenté pour tous les groupes d'âge, les hausses les plus fortes ayant été observées chez les jeunes et les travailleurs plus âgés.