Vidéotron déploie son réseau sans fil

Le président et chef de la direction de Vidéotron, Robert Dépatie, et son homologue chez Quebecor, Pierre Karl Péladeau, ont annoncé hier que le réseau sans fil de Vidéotron devrait être opérationnel d’ici 12 à 18 mois.
Photo: Jacques Nadeau Le président et chef de la direction de Vidéotron, Robert Dépatie, et son homologue chez Quebecor, Pierre Karl Péladeau, ont annoncé hier que le réseau sans fil de Vidéotron devrait être opérationnel d’ici 12 à 18 mois.

Conformément à leur engagement du printemps 2007, Quebecor Media et Vidéotron ont confirmé hier leur intention d'investir entre 800 millions et un milliard de dollars, sur une période de quatre ans, en vue du déploiement de leur propre réseau sans fil évolué. Celui-ci devrait être opérationnel d'ici 12 à 18 mois, selon ce qu'a fait savoir hier le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau.

Une grande partie de cette somme, soit 555 millions, sert à couvrir le coût d'acquisition du spectre. Une tranche de 255 millions est nécessaire pour la construction du réseau et les dépenses d'exploitation initiales. Selon la multinationale, quelque 1000 emplois devraient ainsi être créés d'ici deux ans. La conception, la supervision et le contrôle du réseau nécessiteront en outre l'embauche d'une centaine d'experts additionnels au service d'ingénierie de Vidéotron, qui regroupe déjà quelque 800 professionnels.

C'est la société Nokia Siemens Networks qui a été choisie comme fournisseur de Vidéotron pour les cinq prochaines années. La solution proposée par l'entreprise est une solution évoluée de génération 3.75G, ou «High Speed Packet Access» (HSPA), soit la technologie la plus évoluée dans le domaine actuellement disponible.

«Le fait d'être un nouvel entrant dans cette industrie présente un avantage considérable, soit celui de pouvoir concevoir un réseau à partir des technologies les plus récentes, dont le potentiel d'évolution nous permettra de migrer rapidement vers la quatrième génération — Long Term Evolution (LTE), déjà en développement —, a expliqué le président et chef de la direction de Vidéotron, Robert Dépatie. Ce faisant, nous serons en mesure d'offrir une expérience d'une qualité inégalée aux consommateurs, avec des services Internet sans fil à des vitesses allant jusqu'à 3 Mbits/seconde partout sur notre territoire.»

Qui plus est, le réseau implanté sera composé de stations plus petites et plus rapides que les installations conventionnelles, offrant ainsi plus de flexibilité lors de leur mise en place et consommant moins d'énergie. Cette solution permet en outre une gestion du réseau à distance, de telle sorte qu'il est possible d'ajouter et de déplacer de la bande passante sans avoir à dépêcher des ressources sur les lieux des installations.

En choisissant cette technologie, on emboîte en fait le pas aux autres joueurs sur le marché. Cette annonce survient en effet peu de temps après celle effectuée par Bell et Telus — qui partagent leurs installations —, qui ont indiqué qu'ils passeraient à la technologie HSPA quelque part en 2009. Les deux entreprises rejoindront alors Rogers, qui emploie cette technologie depuis 2006. Lorsque Quebecor Media et Vidéotron arriveront sur le marché avec leur propre réseau, la table sera donc mise pour une compétition féroce en sol québécois.

Après avoir multiplié les représentations publiques afin de «mettre en lumière les conséquences négatives liées à l'absence d'une offre concurrentielle de télécommunication au pays», M. Péladeau a d'ailleurs promis hier d'offrir «les meilleurs prix et la meilleure technologie». Soulignant que la facture d'un usager moyen d'un sans-fil au Canada est de 40 à 60 % plus élevée que celle de son voisin américain, il a salué la décision du ministre canadien de l'Industrie, Jim Prentice, de réserver aux nouveaux joueurs une partie du spectre — 40 des 105 mégahertz — mis aux enchères en mai dernier.

Convergence

M. Péladeau a en outre promis que le nouveau réseau sera un véhicule de mise en valeur de contenus issus de différentes plates-formes. Expliquant que le paysage médiatique subit des bouleversements qui «obligent les groupes de presse à revoir leur modèle traditionnel d'affaires de fond en comble», il a fait valoir que «le réseau sans fil évolué dont [ils annoncent] la construction sera la pierre angulaire de notre modèle et de notre stratégie d'affaires pour les prochaines années».

«Nous comptons mettre en avant tous les efforts pour faire émerger une voix et des contenus mobiles proprement québécois sur l'ensemble des nouvelles plates-formes numériques, des contenus qui représenteront une richesse tant économique que culturelle pour le Québec», a précisé M. Péladeau.

Il a surtout promis une «déclinaison des contenus sur un nombre sans précédent de supports. Tout comme le contenu des journaux pourra trouver sa place dans le monde virtuel, des créations purement numériques pourront aussi être accessibles sur les supports plus traditionnels. Et je ne vois pas de limites à ces créations et à ces contenus, qu'il s'agisse d'information, de divertissement, d'art ou de sport. Les télécommunications, l'imprimé et le monde en ligne ne seront plus des territoires distincts et exclusifs». Il a assuré que cette «convergence» sera bénéfique à «l'ensemble de la société». Chose certaine, cet enjeu sera partie prenante des négociations ardues qui s'annoncent entre Quebecor et les employés du Journal de Montréal.

Par ailleurs, on n'a pas voulu préciser hier si des discussions étaient en cours avec le groupe Globalive, qui possède des fréquences un peu partout au Canada, sauf au Québec. M. Péladeau s'est simplement dit «ouvert» à discuter avec des partenaires ailleurs au pays.
2 commentaires
  • Etienne Goyer - Inscrit 23 octobre 2008 13 h 39

    Plus que de contenu québécois, nous avons besoin d'un réseau ouvert

    Les nouvelles technologies sans-fil, tel que le HSPA implanté par Vidéotron, permettent la convergence des réseaux et l'accès à Internet directement à partir des appareils portables. Le web regorge déjà de contenu québécois et international, dont la qualité et l'originalité dépasse largement l'offre "traditionnel" de Québécor. Ce dont les consommateurs ont réellement besoin, c'est d'un réseau et d'appareils ouverts, où ils pourront choisir eux-même les applications et le contenu qu'il utiliseront et consommerons sur leurs appareils portables. Malheureusement, les commentaires de M. Péladeau, tel que rapporté par l'article, laissent croire que nous aurons plutôt droit à un "terminal Québécor", où le contenu sera limitera à ce que l'éditeur/télécommunicateur produiras. Merci, mais non merci pour moi: j'irais plutôt chez le premier opérateur sans-fil qui sera en mesure de me fournir l'accès Internet mobile, sans me limiter à son propre contenu, à prix compétitif.

  • Francine Tremblay-Quesnel - Abonnée 23 octobre 2008 21 h 51

    D'accord pour Internet mobile, non pour un terminal de Québécor

    Je partage le désir d'Étienne Goyer d'avoir accès un réseau ouvert; loin de moi l'« idée » de me limiter à consommer la marchandise « informationnelle » de Québécor. J'attends toujours, et ce, à prix raisonnable, le portable qui me donnera un véritable accès à Internet, sans limitation des sources d'information, où je pourrai m'abreuver globalement et selon mon seul discernement, sans harnachement directif, limitatif, consummériste et idéologiquement orienté... Il y a déjà assez de concentration des médias sans qu'on en rajoute! Avez-vous vraiment réfléchi avant d'oser nour faire cette « offre »? J'attendrai...
    Francine Tremblay-Quesnel