Financement des PME - Les institutions financières sont prudentes

La crise financière américaine a inévitablement des répercussions au Canada et les PME québécoises en subissent les conséquences lorsqu'elles doivent négocier un financement avec leur institution financière. Pour tous, la prudence est de mise.

La dernière Enquête auprès des responsables du crédit sur les pratiques de prêt aux entreprises au Canada de la Banque du Canada est sans équivoque: on remarque un resserrement généralisé des conditions du crédit aux entreprises. Et, pour les besoins de cette enquête, on a regardé le troisième trimestre de 2008, donc avant que la crise financière n'éclate véritablement aux États-Unis.

Toutefois, Carlos Leitao, économiste en chef et stratège à la Banque Laurentienne, se fait quelque peu rassurant.

«Le crédit aux PME peut être affecté de deux façons. La première, c'est le rationnement, comme on le voit actuellement aux États-Unis. Mais ce n'est pas le cas au Canada. Enfin, on peut voir une augmentation du prix du crédit, comme on le voit ici depuis l'été et encore plus depuis septembre. En fait, les taux d'intérêt ont augmenté d'environ un point de pourcentage», affirme-t-il.

Cette situation est encore loin d'être catastrophique, selon l'expert. «Cette crise ramène en fait les PME à un principe de base qu'elles avaient peut-être oublié ces dernières années: le crédit coûte de l'argent, et si on est trop endetté, on devient vulnérable.»

Plus de prudence exigée

Les institutions financières du Québec affirment donc qu'elles ne rationnent pas le crédit, mais elles admettent tout de même être plus prudentes avant d'accorder un financement.

«Ça ne change rien pour nos clients actuels. Nous continuons d'appuyer les entreprises qui font affaire avec nous, et nos critères pour accorder du crédit ne changent pas», affirme Robert Bastien, vice-président PME chez Desjardins.

Toutefois, dans les secteurs plus fragilisés par la crise financière américaine, Desjardins invite ses clients à la prudence. «Nous nous assoyons avec nos clients et nous regardons avec eux leur plan de match pour traverser la crise», ajoute-t-il.

Avec les nouveaux clients potentiels, le mouvement des caisses populaires est particulièrement vigilant. «Nous ne pouvons pas accepter tout le monde, donc nos critères doivent être assez restrictifs pour nous assurer de bien choisir nos nouveaux clients. Nous voulons des gagnants, des leaders dans leur domaine, des entreprises qui sont en bonne position pour affronter la crise», affirme M. Bastien.

À la Banque Nationale aussi, on affirme que la crise ne se fait pas encore trop ressentir pour les clients actuels. «Nous continuons de les soutenir dans leurs projets, tout en les accompagnant dans la gestion de risques. C'est certain que ça dépend de leur marché et de leur secteur d'activité, mais, de façon générale, nous nous attendons à plus de prudence de leur part, et d'ailleurs nous le voyons», affirme Diane Déry, vice-présidente, Services aux entreprises - Québec et Est du Québec à la Banque Nationale.

Quel est le nerf de la guerre dans de telles circonstances? La structure financière.

«Les entreprises doivent avoir une bonne marge de manoeuvre. Nous leur demandons de faire des prévisions financières réalistes et même pessimistes. Nous leur demandons aussi d'avoir la capacité de réinjecter des fonds dans leur entreprise», indique Mme Déry.

Lorsque les entreprises n'y arrivent pas, la Banque Nationale regarde où est le problème. «Nous les amenons à couper, à être actifs et à ne pas prendre les décisions les plus risquées en ces temps d'incertitude. Ainsi, nous voulons assurer la pérennité des entreprises que nous soutenons», ajoute Mme Déry.

«Nous ne voyons pas actuellement un resserrement majeur du crédit, mais, après des années extrêmement généreuses dans le domaine, je dirais que nous revenons à des pratiques plus traditionnelles», affirme pour sa part l'économiste en chef de la Banque Laurentienne.

Certains secteurs plus exposés au risque

Si les institutions financières affirment qu'il n'y a pas de crise du crédit actuellement pour les PME du Québec, il est tout de même évident que certains types d'entreprises sont plus touchés par ce qui se passe chez nos voisins du Sud.

«Les entreprises qui exportent beaucoup vers les États-Unis traversent évidemment des temps plus difficiles. Les institutions financières font plus attention, elles regardent davantage leur plan d'affaires, leurs mesures pour faire face à la récession américaine», affirme M. Leitao.

Chez Desjardins, Robert Bastien met toutefois un bémol. «Il faut tout de même garder en tête qu'un noyau important de l'économie du Québec est composé d'entreprises du secteur manufacturier exportatrices dont le principal client est les États-Unis. Il n'est pas question de les laisser tomber. Toutefois, c'est certain que certains secteurs manufacturiers vivent des périodes plus difficiles que d'autres.»

Évidemment, l'industrie forestière est en difficulté depuis longtemps, mais, avec la crise financière, d'autres types d'entreprise vivront de durs moments.

«On pense par exemple à toutes les entreprises exportatrices qui touchent aux produits de luxe ou à l'immobilier, comme les compagnies de spas ou d'armoires de cuisine. On ne dira pas nécessairement non à ces entreprises, mais elles devront vraiment avoir une bonne niche et un plan convaincant pour passer à travers les prochaines années qui seront difficiles», affirme M. Bastien.

Ainsi, le vice-président PME chez Desjardins précise que, malgré certaines tendances lourdes, le crédit aux PME demeure axé sur le cas par cas. Même son de cloche à la Banque Nationale. «Nous regardons chacune des entreprises à son mérite. C'est vraiment un amalgame de données qui influencent notre décision finale», précise Mme Déry. Toutefois, les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises pour les entreprises exportatrices québécoises. «La récente baisse de la valeur du dollar canadien est une bonne nouvelle pour les entreprises qui exportent aux États-Unis, ajoute M. Bastien. Ça leur redonne un peu d'oxygène et c'est évidemment bienvenu.»

Collaboratrice du Devoir