Course à la présidence de la CSN - Minime avance pour Marc Laviolette

Québec — Leçon numéro un lorsqu'il y a course à la présidence d'un grand syndicat: l'information qui circule dans les corridors de leur congrès vaut de l'or. Qui de Claudette Carbonneau ou de Marc Laviolette se hissera au plus haut siège de la CSN cet après-midi? La course s'annonce serrée, même si le président sortant semble sortir le nez de l'eau.

Réunis en congrès à Québec jusqu'à demain, les quelque 1600 délégués de la CSN voteront aujourd'hui lors d'un scrutin secret. Peu d'information circule sur les intentions de vote des syndicats locaux mais les deux candidats bénéficient d'appuis politiques forts.


Appuis formels


Pour ce qui est des appuis formels, Claudette Carbonneau aurait celui de l'exécutif de sept des neuf fédérations de la CSN. De son côté, Marc Laviolette aurait l'appui de dix des treize conseils centraux de la CSN, dont ceux de Montréal, de la Montérégie, de l'Estrie et de l'Outaouais. Au total, ces instances disposent de seulement 66 droits de vote. Ceux-ci étant perdus dans une mer de 1600 votes, on comprend que leur poids est plus politique que statistique.

L'élection des autres membres du comité exécutif de la CSN a eu lieu hier. Michel Lessard (trésorier), Lise Poulin (secrétaire générale), Louis Roy (premier vice-président), Roger Valois (vice-président) et Denise Boucher (vice-présidente) ont tous été élus sans opposition. Seul M. Roy est un nouveau venu au comité exécutif. Il fait le saut de la présidence de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS).

Le jeu politique s'est également cristallisé de ce côté: trois officiers syndicaux appuient Claudette Carbonneau et deux appuient Marc Laviolette. Reste maintenant à savoir quel réseau d'influence permettra d'engranger le maximum de voix au scrutin.


Maraudage

Comme dans bon nombre d'élections, chaque candidat a un petit comité de maraudeurs et de pointeurs envoyés sur le terrain pour solliciter et surtout convaincre. Cafés, cigarettes, repas. Autant d'occasions de solliciter les précieux appuis des délégués syndicaux.

Dans la cohue des corridors, les délégués confirment qu'ils ne savent plus où donner de la tête. Certains sont tristes de voir deux collègues de longue date en venir aux poings. D'autres, au contraire, apprécient l'expérience en se disant qu'ils ont au moins un choix.

Ceux qui appuient M. Laviolette ne se cachent pas pour le dire. De façon générale, ils soulignent que sa stratégie est moins flamboyante mais plus efficace. On apprécie son approche de gars de shop, d'homme simple qui se rend sur le terrain parce qu'il est préoccupé par les problèmes des syndicats de la base. On admet que Claudette Carbonneau a beaucoup d'appuis «verbaux», mais on doute que cela se traduise dans le vote.

Dans l'autre camp, on affirme que les ralliements se multiplient. Selon ces partisans, la CSN a besoin de renouveau et Mme Carbonneau est la candidate idéale. On mise sur ses talents de négociatrice et de rassembleuse.

Tous s'entendent cependant sur une donnée: le vote sera serré. Et à voir les tractations qui ont lieu dans les corridors, on a tendance à le croire. Certains parlent de guerre entre le secteur public et le secteur privé, d'autres d'une bataille entre un homme et une femme. Chose sûre, un des deux candidats perdra définitivement son poste au comité exécutif au cours de la journée.


Courte intervention

Les candidats ont par ailleurs croisé le fer hier lors d'une courte intervention devant l'assemblée des délégués. «La CSN a besoin d'un leadership fort et rassembleur pour reprendre la place qui lui revient dans la société», a déclaré Mme Carbonneau, qui parlait en premier. «La société est en profond changement [...] Il faut accepter de patrouiller de nouveaux terrains, de dépasser les recette toutes faites.»

La candidate a ajouté qu'elle voulait que la CSN retrouve sa place dans l'espace public, sa capacité de convaincre et d'amener les gens à se mobiliser. «Je me sens interpellée par les problèmes que vous vivez, peu importe votre fédération ou votre région. Je suis la première vice-présidente de toute la CSN et j'entends me comporter comme la présidente de toute la CSN.»

De son côté, le président sortant a insisté sur l'importance des membres de la CSN et sur le travail d'équipe. «Camarades, le congrès, c'est l'assemblée générale de tous ses syndicats. C'est ici qu'ils sont souverains et qu'ils exercent leur autorité. C'est ici que les questions sont tranchées, que se dressent les vrais bilans.»

M. Laviolette a également profité de la tribune pour lancer quelques flèches empoisonnées à son adversaire. «La CSN n'est pas un parti politique, ce n'est pas un lieu où peuvent se jouer des power trips. [...] Je suis un militant. Je ne suis pas un technocrate!» Et celle de l'humilité. «Ce qui est arrivé de bon dans notre mouvement depuis trois ans est le résultat de décisions, d'efforts, de gestes faits à tous les échelons. Si je suis fier que 30 010 nouveaux membres ont rejoint la CSN depuis trois ans, je sais que je ne suis pas le seul responsable», a-t-il martelé.