Claude Blanchet en entrevue au Devoir - La SGF songe à écarter Noranda de Magnola

«On peut s’imaginer qu’une entreprise fera [avec Magnola] ce que Cascades a fait toute sa vie en reprenant à bas prix les entreprises en difficulté et en les remettant sur pied», estime Claude Blanchet.
Photo: Jacques Nadeau «On peut s’imaginer qu’une entreprise fera [avec Magnola] ce que Cascades a fait toute sa vie en reprenant à bas prix les entreprises en difficulté et en les remettant sur pied», estime Claude Blanchet.

Forte d'un partenariat d'affaires en béton, la Société générale de financement (SGF) pourrait bien forcer Noranda à retirer ses billes de l'usine Magnola d'ici la fin du mois de mars.

«Nous avons une convention d'actionnaires très musclée qui nous donne des droits très forts», a indiqué au Devoir le président de la SGF, Claude Blanchet, lors d'une rencontre éditoriale plus tôt cette semaine. «On pourrait forcer Noranda à vendre à faible coût. Cela dit, ça nous prend un nouveau partenaire pour concrétiser le tout.»

Qu'est-ce que tout cela signifie? Tout simplement qu'un partenaire pourrait mettre la main sur l'usine Magnola pour une bouchée de pain. D'autant plus que la SGF est prête à augmenter sa participation financière, qui est présentement de 248 millions (soit 20 % de l'usine). «On peut s'imaginer qu'une entreprise fera ce que Cascades a fait toute sa vie en reprenant à bas prix les entreprises en difficulté et en les remettant sur pied», a signalé Claude Blanchet.

«Il ne faut pas oublier que c'est un investissement de 1,4 milliard de dollars, ajoute-t-il. Avant de fermer, on doit regarder certaines choses, a souligné M. Blanchet. [...] Je ne veux pas créer trop d'optimisme, mais on a quelques hypothèses assez sérieuses pour penser que nous pourrons continuer à exploiter l'usine.»

Ce qui joue en faveur de la recherche d'un nouvel actionnaire, c'est que Noranda a radié 900 millions de dollars de son investissement de 1,2 milliard dans cette usine de magnésium de la région de l'amiante. De même, le géant de l'industrie minière a mis de côté 100 millions de dollars pour éponger les coûts de fermeture de l'usine.

Les travaux de construction de l'usine Magnola ont débuté en avril 1998 à Danville, dans la région d'Asbestos. L'usine a fabriqué son premier lingot de magnésium en septembre 2000. Et, deux ans plus tard, l'endroit ne produisait qu'à 60 % de sa capacité de 58 000 tonnes.

Baisse du prix du magnésium

À la fin janvier, Noranda a annoncé son intention de fermer Magnola pour au moins un an, le temps que le prix du magnésium augmente. Magnola doit fermer ses portes le 31 mars prochain, ce qui entraînera la perte de 800 emplois directs et indirects.

Lorsque Noranda a lancé son projet de production de magnésium à partir de résidus d'amiante, ce métal valait alors 1,50 $US la livre. Depuis, quelque 70 usines chinoises ont envahi le marché et fait chuter le prix à 60 ¢US la livre pour le magnésium pur et à 70 ¢ pour les alliages. Comme il en coûte entre 82 et 90 ¢ à Magnola pour produire une livre de magnésium, Noranda anticipait des pertes de 100 millions pour 2003. «Quand on est entré dans le marché, les experts prévoyaient que le prix du métal oscillerait entre 1,40 $ et 1,50 $, souligne M. Blanchet. On prévoyait également une croissance entre 4,5 et 5 % du marché par année, principalement à cause de la hausse de la demande du secteur des transports.»

Six ans plus tard, la croissance du marché est là. C'est le prix de la matière première qui n'est pas au niveau escompté parce que les Chinois produisent beaucoup de magnésium à bas prix. Les entreprises de ce pays jouissent en effet de normes environnementales minimalistes, d'un crédit à l'exportation de 13 % et d'une main-d'oeuvre peu coûteuse. Résultat: ils ont augmenté leurs parts de marché de 15 % à 50 % depuis 1997.

Claude Blanchet est cependant convaincu que les Chinois ne peuvent maintenir cette cadence. Il note au passage que leur technologie est rudimentaire, très polluante et que ses coûts de production vont grimper puisque les prix de l'électricité et des produits chimiques utilisés sont à la hausse.

De plus, la SGF presse le gouvernement fédéral de faire comprendre au gouvernement chinois que ce «dumping» est inacceptable. À titre d'exemple, on signale que les États-Unis ont fermé leurs frontières au magnésium en provenance de la Chine. M. Blanchet admet cependant que l'approche coercitive est une stratégie qui prend du temps.

En attendant, la SGF envisage un partenariat avec des Chinois pour redonner vie à l'usine Magnola. «En anglais, on dit souvent: "If you can't beat them, join them" [Si tu ne peux pas les battre, joins-toi à eux]», lance M. Blanchet. On pourrait aussi acheter du magnésium chinois pour approvisionner la moulerie de l'usine, ce qui permettrait de conserver 50 emplois et de «positionner l'usine sur le marché».

Une forme d'aide gouvernementale fait également partie des scénarios qui sont sur la table. Et il ne faut pas oublier que le recrutement d'un nouveau partenaire doit se faire en parallèle avec un ou des contrats à long terme d'approvisionnement en magnésium, souligne Claude Blanchet.