Crise - L'Islande nationalise ses banques à marche forcée

La sortie semble pénible pour le premier ministre d’Islande, Geir Haarde, qui quittait hier la conférence de presse à Reykjavik.
Photo: Agence France-Presse (photo) La sortie semble pénible pour le premier ministre d’Islande, Geir Haarde, qui quittait hier la conférence de presse à Reykjavik.

Reykjavik - Le gouvernement islandais a désormais sous sa coupe les trois plus grandes banques du pays, une opération menée tambour battant alors que l'ampleur de la crise financière ébranle le pays nordique, dont tous les échanges boursiers ont été suspendus jusqu'à lundi.

Après Glitnir puis Landsbanki, nationalisées en début de semaine, Reykjavik a annoncé hier la mise sous tutelle de Kaupthing, la première banque du pays. «L'autorité financière islandaise (...) a pris le contrôle de Kaupthing pour maintenir la continuité des opérations bancaires commerciales en Islande», a annoncé l'Autorité financière islandaise (FME) dans un communiqué.

Le Parlement a adopté lundi une loi donnant de larges pouvoirs au gouvernement dans le secteur financier, lui attribuant notamment le droit de mettre les banques sous la coupe de l'État.

Mais la direction de Kaupthing, démissionnaire, assure avoir elle-même sollicité sa reprise en main par la FME. Comme plusieurs analystes financiers, elle l'accuse d'avoir sapé la confiance des épargnants et des investisseurs dans l'ensemble du secteur bancaire finlandais en prenant le contrôle de Glitnir le 29 septembre. Kaupthing «se portait bien (jusque-là) et les résultats du troisième trimestre s'annonçaient bons. Les dépôts ont augmenté chaque jour de 4 milliards de couronnes islandaises en moyenne ces six derniers mois», a plaidé Kaupthing dans un communiqué.

Le gouverneur de la Banque centrale, David Oddsson, s'est insurgé contre la mise en cause des pouvoirs publics: «Je trouve étrange que les gens pleurent sur le pyromane et s'en prennent au pompier», a-t-il dit, cité dans la presse locale. Et le premier ministre Geir Haarde, qui a estimé mercredi soir que le redressement du pays prendrait «des années», multiplie les interventions publiques pour rassurer et trouver l'appui financier de pays tiers.

En vain, estime l'universitaire Torfi Tulinius. «L'opinion a pris conscience ces derniers jours qu'en annonçant la nationalisation de Glitnir, le gouvernement a précipité la crise». À terme, prévient-il, la coalition gouvernementale (parti de l'indépendance du premier ministre et parti social-démocrate) pourrait faire les frais de la crise, surtout si celle-ci se propage, comme beaucoup le craignent, à l'économie réelle.

Crainte illustrée hier par la décision de la Bourse de Reykjavik de suspendre toutes ses cotations jusqu'au 13 octobre, alors que seules les valeurs financières avaient été retirées des échanges lundi.

Dans le même temps, les banques islandaises accumulent les difficultés à l'étranger, où elles avaient investi sans compter depuis le début des années 1990.

Au Royaume-Uni, le gouvernement a dû se porter au secours des épargnants qui avaient confié leurs avoirs à des filiales des grandes banques islandaises. Hier, plusieurs collectivités locales anglaises ont à leur tour demandé à bénéficier de la garantie de l'État pour les centaines de millions de livres qu'elles ont placées dans des banques islandaises. La Suède, la Finlande et la Norvège, qui avaient offert des facilités de crédit à l'Islande, ont de leur côté pris des mesures conservatoires pour protéger leurs épargnants titulaires de comptes dans les filiales de ces mêmes établissements.

Petit pays de 313 000 habitants, l'Islande a fondé sa prospérité sur la pêche, puis, depuis une quinzaine d'années, sur son système financier. Les actifs gérés par les trois banques nouvellement nationalisées représentent neuf fois le Produit intérieur brut (PIB) du pays.

La présidence islandaise a informé hier que le chef de l'État Ragnar Grimsson, 65 ans, avait été hospitalisé en début de semaine pour des problèmes cardiaques mais a repris depuis la plupart de ses activités.

Brown fulmine

Le premier ministre britannique Gordon Brown a jugé hier «totalement inacceptable» l'attitude du gouvernement islandais, qui a gelé les comptes des clients britanniques de la banque en ligne Icesave, filiale de l'islandaise Landsbanki, nationalisée. «Ce qui se passe en Islande est totalement inacceptable», a déclaré le Premier ministre à la chaîne de télévision BBC, indiquant avoir dit au premier ministre islandais Geir Haard que l'action prise par son pays était «illégale».

«Nous sommes en train de geler les actifs des sociétés islandaises au Royaume-Uni quand nous sommes en mesure de le faire, nous prendrons des actions supplémentaires contre les autorités islandaises à chaque fois que ce sera nécessaire pour récupérer l'argent», a poursuivi M. Brown.

Quelques minutes plus tard, interrogé sur Sky news, il a déclaré: «Les banques islandaises se sont écroulées, les autorités islandaises doivent prendre leurs responsabilités pour cela».

«Nous avons par conséquent engagé des actions pour geler les actifs des banques islandaises», a-t-il ajouté.

Contacté par l'AFP sur ces gels d'actifs, un porte-parole du ministère des Finances a indiqué que «la seule chose que le ministère des Finances a gelée, ce sont les actifs de Landsbanki». Ce gel, destiné à protéger les clients d'Icesave, avait été annoncé

mercredi.

Selon Londres, Reykjavik aurait refusé de garantir les dépôts des clients britanniques, qui seraient plus de 300.000 dans Icesave pour un encours de 4 milliards de livres (5,1 milliards d'euros). Le gouvernement britannique a dû se porter à leur secours et a entamé des négociations avec les autorités islandaises pour récupérer auprès d'elles les sommes dues.

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