Selon Charles Sirois, président de Télésystème - Le capitalisme à la croissance perpétuelle a connu son Waterloo

Charles Sirois, président de Télésystème, qui a évité une exposition médiatique depuis quelques années, a fait une sortie retentissante hier en affirmant que le capitalisme à la croissance perpétuelle, tel qu'il est pratiqué par les Américains a rencontré son Waterloo la semaine passée et que les États-Unis ont perdu beaucoup de crédibilité, du moins à court terme et peut-être davantage.

Dans un point de presse tenu à la fin d'une conférence sur le thème de l'innovation, M. Sirois est même allé jusqu'à dire que ce qui est arrivé la semaine dernière est «aussi important que la chute du mur de Berlin». À son avis, ce n'est pas une mauvaise chose, puisque cela va permettre au capitalisme de «se purifier». Il a expliqué que «tout le système doit être révisé, puisqu'il est malade depuis quelque temps». Il a appuyé la critique que l'on entend déjà depuis quelques semaines, à savoir que l'on a laissé aller l'effet de levier dans le système financier dans les mains de trop de gens qui ne comprenaient pas ce qui se passait et qui pensaient que, de toute façon, le marché allait à terme s'autocorriger.

Cette correction, sans doute plus forte que ce que l'on attendait, est maintenant arrivée, et les États-Unis ont perdu leur crédibilité. M. Sirois souligne que «le président de la France, Nicolas Sarkozy, essaie de reprendre la balle au bond». En outre, il ajoute le commentaire suivant: «l'Europe avec son histoire, sa forte population, sa monnaie unique, l'euro, n'a aucune raison de ne pas prendre la place», c'est-à-dire occuper un rôle accru de leader dans l'évolution du système financier mondial.

Que faudra-t-il faire maintenant? Il faudra d'abord rétablir l'effet de levier, faire en sorte que les banques gardent un pourcentage de leurs prêts dans leurs livres, au lieu de les transférer totalement dans d'autres véhicules financiers. Toutefois, le redressement le plus fondamental, poursuit M. Sirois, devra porter sur un changement dans l'évolution des sciences financières. On en est rendu au point où «l'économie réelle est au service des institutions financières». À son avis, ce doit être exactement l'inverse. Les institutions prêteuses doivent être là pour aider l'économie réelle, c'est-à-dire les entreprises qui créent de la richesse et des emplois. «Quand on en est rendu à des expectatives de rendement de 25 % alors que le taux d'inflation est à 2 %, c'est tout à fait déraisonnable», soutient-il. Ce qui arrive aux banques maintenant ressemble en fait à la situation vécue par le secteur des technologies en 2000, à la différence que les institutions financières ont un rôle structurant dans l'ensemble de l'économie. Dans le cas des technologies, ce sont surtout les propriétaires d'entreprises qui ont dû payer, précise M. Sirois, qui a lui-même été douloureusement touché par cette crise. Les détenteurs publics d'actions de ces entreprises ne détenaient pas plus de 10 à 15 % du capital actions.

Quels dangers cette crise financière américaine représente-t-elle pour le Canada? M. Sirois n'est pas inquiet à ce sujet, parce qu'il y a au Canada un système financier solide. En outre, dans le secteur résidentiel, il y a une différence notable entre les façons américaines et canadiennes de fonctionner. Aux États-Unis, une hypothèque résidentielle personnelle est déductible d'impôts, ce qui incite les gens à conserver leur hypothèse le plus longtemps possible et à investir ou à dépenser leur argent dans d'autres activités. Le modèle canadien, ne permet pas la déduction des frais d'intérêt sur la propriété personnelle, aussi le client a intérêt à rembourser son hypothèque le plus rapidement possible. Les tentations d'endettement résidentiel très répandu, comme on le voit aux États-Unis, sont donc moins beaucoup moins fortes au Canada.

En plus de ces considérations, M. Sirois mentionne la guerre en Irak qui coûte très cher aux Américains et remercie profondément le premier ministre Jean Chrétien d'avoir résisté aux pressions américaines pour y entraîner le Canada. Bref, les États-Unis avec les 700 milliards annoncés pour remettre le système financier sur pied et leurs engagements militaires sont dans une situation très inconfortable, mais M. Sirois ne doute pas de leur capacité de rebondissement. À long terme, la situation va se rétablir.

Néanmoins, cela n'empêchera pas la récession de frapper le Canada, qui a déjà commencé, selon lui, comme en témoigne le nouveau repli boursier survenu hier. M. Sirois qui était l'orateur invité à la conférence Innovation Montréal 2008, a fait un ardent plaidoyer en faveur des entrepreneurs et de leur rôle essentiel pour faire en sorte que l'innovation se transforme en réalisations de bien-être pour l'ensemble de la société.
1 commentaire
  • Dominique Boivin - Abonné 7 octobre 2008 07 h 43

    Une croissance négative !

    Je suis heureux d'observer qu'il y-a des personnalités comme Charles Sirois pour lancer la réflexion sur le dysfonctionnement actuel de notre système économique. Il est vrai que l'économie réelle est depuis une quinzaine d'années a la remorque du système financier et que l'apparition de nouveaux leviers financiers et leurs complexités ont contribuer grandement a la crise actuelle. Comme disait M. Sirois il n'est pas normale d'avoir des rendements de 25% lorsque l'inflation est de 2%. Les conséquences de cette crise sont encore difficiles a calculer mais une chose est sûr d'emblé la crise est une crise profonde de confiance dans notre système financier. Pour paraphraser M.Sirois, c'est le système financier qui doit être a la remorque de l'économie réelle et non l'inverse. La sacro-sainte croissance continue est, je pense, devenu un concept dangeureux. L'humanité est rendu au point de se réinventer, a commencer par son système économique et financier... a quand une croissance négative ?