Crise financière - Les Européens tentent de réagir à l'hémorragie boursière

Un courtier allemand regarde les cours de la Bourse de Francfort, le DAX. Les pays européens annoncent les uns après les autres des garanties illimitées, ou revues à la hausse, des comptes bancaires des particuliers, pour éviter des mouvements de pa
Photo: Agence France-Presse (photo) Un courtier allemand regarde les cours de la Bourse de Francfort, le DAX. Les pays européens annoncent les uns après les autres des garanties illimitées, ou revues à la hausse, des comptes bancaires des particuliers, pour éviter des mouvements de pa

Luxembourg — Les pays de l'ensemble de l'Union européenne ont lancé hier un message commun promettant de tout faire pour protéger l'épargne des particuliers et le système financier, de plus en plus ébranlé par la crise, mais ils restent divisés sur l'idée d'un grand plan de sauvetage.

«Tous les dirigeants de l'Union Européenne déclarent que chacun d'entre eux prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système financier, que ce soit par l'injection de liquidités en provenance des banques centrales, par des mesures ciblées sur certaines banques ou par des dispositifs renforcés de protection des dépôts», a affirmé à Paris le président français Sarkozy, qui préside l'UE. Il a ajouté, en lisant une déclaration solennelle, que les dirigeants européens «constatent la nécessité d'une coordination et d'une coopération étroites».

Concrétisation de cette promesse: les pays européens annoncent les uns après les autres des garanties illimitées, ou revues à la hausse, des comptes bancaires des particuliers, pour éviter des mouvements de panique massifs qui mettraient à genoux des banques déjà fragilisées.

L'Allemagne a fait une annonce en ce sens dimanche soir. Elle concerne la somme colossale de 1000 milliards d'euros. L'Autriche a suivi, de même que la Suède ou encore le Portugal, après l'Irlande, la Grande-Bretagne ou la France.

La déclaration des 27 pays européens, publiée alors que les marchés boursiers mondiaux se sont effondrés hier avec des chutes proches de 10 % pour certaines places comme Paris, reprend pour l'essentiel la substance du message déjà lancé samedi à Paris par les quatre plus grands pays de l'UE, membres du forum du G8 (France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni).

L'objectif pour les Européens est clairement d'afficher un front commun, alors qu'ils ont jusqu'ici joué leurs partitions en solo face à la crise, donnant une impression d'improvisation et parfois de zizanie. Au-delà des déclarations d'intention, les pays européens restent divisés notamment sur l'opportunité de mettre en place un fonds de secours paneuropéen pour les banques comme aux États-Unis, où il a été alimenté à hauteur de 700 milliards de dollars.

BNP Paribas

Dans l'intervalle, avec la reprise de Fortis en Belgique et au Luxembourg, le groupe français BNP Paribas accède au titre de première banque européenne par le montant des dépôts, récoltant les fruits d'une stratégie de croissance prudente.

Moyennant l'entrée à son capital des États belges et luxembourgeois, la banque, privatisée en 1987, va reprendre les activités bancaires et d'assurance de Fortis, nationalisée une semaine plus tôt pour éviter sa faillite. D'un montant de 14,5 milliards, cette acquisition lui ouvre deux nouveaux marchés européens, en plus de la France et de l'Italie, où elle s'est implantée en 2006. «C'est une très belle opération qui montre que les banques qui ont du cash et sont bien gérées sont les grandes bénéficiaires» de la crise actuelle, a déclaré à l'AFP Jean de Castries, directeur général d'Equinox Consulting.

À l'instar de l'espagnole Santander, BNP Paribas a été relativement épargnée par la crise financière qui a éclaté l'été dernier, grâce à une gestion prudente qui l'a tenue éloignée des produits subprime les plus «toxiques». Au total, le coût de la crise financière s'est tout de même élevé à près de 2,4 milliards depuis un an pour BNP Paribas. Mais c'est une des plus faibles factures payées par les grandes banques françaises.

La reprise de Fortis en Belgique et au Luxembourg devrait permettre au groupe français d'asseoir son modèle de banque universelle, présente dans les principaux métiers de la banque, mais reposant surtout sur la base solide fournie par les dépôts de sa clientèle de détail. Avec la reprise de Fortis, la banque prend «la tête du peloton des banques européennes» par le montant des dépôts (600 milliards), devant la néerlandaise ING et l'allemande Deutsche Bank.

BNP Paribas a pris soin de ne racheter que la partie «saine» de Fortis puisque ses actifs à risque seront cantonnés dans une structure à part dont elle ne détiendra que 10 %.

En outre, l'entrée au capital des États belge - qui aura deux représentants au conseil d'administration - et luxembourgeois «renforce la stabilité de l'actionnariat dans une période agitée», a souligné Pierre Chédeville, du Crédit Mutuel-CIC. Cependant, ces États n'ont «pas vocation à rester dans son capital», selon M. de Castries pour qui il s'agissait de trouver une solution qui soit «politiquement acceptable pour les déposants belges et luxembourgeois».