Chevrolet HHR - Passé composé imparfait

Chez Chevrolet, on évoque le Suburban 1949 pour justifier les formes du HHR. On peut se demander ce que ce vénérable Suburban avait fait de mal durant son passage sur terre pour que les forces divines de GM lui imposent de se réincarner en Chevrolet
Photo: Chez Chevrolet, on évoque le Suburban 1949 pour justifier les formes du HHR. On peut se demander ce que ce vénérable Suburban avait fait de mal durant son passage sur terre pour que les forces divines de GM lui imposent de se réincarner en Chevrolet

Afin de mettre à jour mes impressions de conduite du Chevrolet HHR, il m'a été donné de faire l'essai de la version «SS», la déclinaison la plus sportive de ce petit véhicule au style si particulier. Tout comme le Chrysler PT Cruiser, dont il est une sorte de pastiche, le HHR partage sa plateforme mécanique avec une berline compacte: la Chevrolet Cobalt. Et, tout comme son homologue de chez Chrysler qui, lui, se fonde sur les vestiges mécaniques de la Neon, disparue depuis belle lurette, le HHR possède des ailes saillantes, une calandre nostalgique et des accents de chrome à profusion.

Ce traitement rétro masque bien le fait que le HHR ne soit que la version familiale de la Cobalt, tout comme la Toyota Matrix se trouve à être la version familiale de la Toyota Corolla d'ailleurs. Chez Chevrolet, on évoque le Suburban 1949 pour justifier les formes du HHR. On peut se demander ce que ce vénérable Suburban avait fait de mal durant son passage sur terre pour que les forces divines de GM lui imposent de se réincarner en Chevrolet HHR mais, comme pour l'embêter (ou lui faire expier ses fautes...), on l'a fait renaître avec une structure monocoque, la traction avant et un format très compact. En plus, on l'a fait revenir parmi nous à une époque où un autre véhicule, le PT Cruiser, occupe déjà le créneau des petites familiales d'allure rétro. Est-ce un hasard? Pas vraiment, puisque c'est Robert Lutz qui a présidé à la naissance du HHR en demandant à Bryan Nesbitt de le dessiner. On se souviendra que ces deux mêmes lascars, alors en poste chez Chrysler, avaient été les principaux maîtres d'oeuvre de la conception du PT Cruiser. Au lancement du HHR, il y a trois ans, on attendait donc une version améliorée du PT de la part de GM, qui aurait dû s'assurer de mettre au point un produit franchement supérieur pour se démarquer de façon convaincante de son rival dans un segment de marché aussi étroit. Il n'en fut rien, et le HHR continue à souffrir de la comparaison parce qu'il est trop similaire à son principal concurrent.

Timide cavalerie

Pour les fanatiques de la marque Chevrolet, le badge SS reste un symbole fort qui ne fut apposé, jusque-là, qu'à des versions hautes performances et sans compromis. Malgré une fiche technique impressionnante, le HHR SS galvaude la réputation de cette appellation, car ses prestations ne sont pas véritablement à la hauteur de ses prétentions. En effet malgré la présence d'un 4-cylindres turbocompressé (2,0 litres) de 260 chevaux sous le capot, on ne peut que constater la timidité de toute cette cavalerie. Le niveau de performance est intéressant, mais on est bien loin d'une vraie sportive. La suspension qui a été mise au point sur un circuit devient vite sautillante sur mauvais revêtement (la norme plutôt que l'exception au Québec), et l'on sent, dans ces conditions, la force motrice qui hésite à jeter son dévolu sur une des deux roues avant, lorsque la poussée du turbo arrive après un temps de réponse perceptible. Il en résulte un important effet de couple qui fait dévier la voiture de sa trajectoire si l'on pousse trop fort en conduite sportive. Par contre, la consommation d'essence reste raisonnable pour une voiture qui affiche ce niveau de performance en restant la plupart du temps sous les 8 litres/100 km. Les versions régulières du HHR ont droit, elles aussi, à des 4-cylindres de la famille Ecotec, mais dépourvus de turbocompresseur: un 2,2 litres de 149 ch pour la LS et un 2,4 litres de 175 ch pour la version LT.

Avec ses jantes de 18 pouces et des pneus à profil très bas, et malgré les sautes d'humeur du turbo, la version SS possède ce comportement routier enjoué et dynamique que l'on aurait voulu voir sur les versions ordinaires du HHR, beaucoup plus apathiques. Comme c'est devenu la norme chez GM qui semble considérer la sécurité passive comme un luxe, le freinage ABS est optionnel, tout comme le sont le système d'antipatinage et les rideaux gonflables latéraux. La version SS dispose (heureusement!) du contrôle de la traction en équipement standard mais devrait aussi obligatoirement être pourvue du pont autobloquant qui demeure en option (645 $).

Intérieur réussi

L'habitacle du HHR est probablement l'aspect le mieux réussi du véhicule. L'ensemble possède un caractère bien distinct sans suinter la nostalgie. Visiblement, on s'est limité à la carrosserie dans l'approche rétro. Si le HHR est très compact à l'extérieur, on reste surpris par son habitabilité et par ses aménagements aussi pratiques que polyvalents. L'intérieur du HHR est truffé d'astuces et de compartiments de rangement, et la partie arrière offre même une tablette réglable pour moduler l'espace de chargement. La version SS propose des accents de couleurs contrastants, ainsi que de très beaux sièges couverts d'alcantara et de cuir. Ces baquets offrent un bon soutien latéral, mais ne sont pas chauffants. Les versions LT et LS doivent se contenter d'un habillage monochrome dans des teintes pleines de poésie: le beige sable, le gris souris et le gris anthracite. La qualité d'assemblage et la finition démontrent, ici encore, les efforts constants que fait GM afin de remonter la pente à ce chapitre. La position de conduite légèrement surélevée n'est pas désagréable. C'est même assez cohérent avec la personnalité de cette compacte qui se prend pour un camion. Par contre, dans le cas de la version SS, c'est un peu antinomique avec l'idée que l'on se fait de la conduite d'un véhicule de performance. En plus, la configuration du pédalier empêche de faire la manoeuvre de talon-pointe (à moins de chausser du 14!) lors des changements de rapports, ce qui est un grave handicap pour une prétendue sportive. Par ailleurs, la visibilité n'est pas idéale à cause de la surface limitée du vitrage. La nuit, un éclairage d'ambiance illumine la console centrale. Malheureusement, la source de cet éclairage peut être gênante, car elle se situe dans le champ visuel du conducteur.

La version de base du HHR est offerte pour un peu moins de 20 000 $, ce qui est une proposition très honnête. Quant à la version SS bien équipée que j'ai essayée, il faut envisager un débours de plus de 32 000 $ avec les options! Doit-on rappeler que pour une telle somme on peut aussi se procurer une Audi A3, une Mercedes-Benz de Classe-B ou, encore, deux Toyota Matrix... Mais les concurrentes déclarées du HHR SS sont la Volkswagen GTI et la Mazdaspeed 3 qui se vendent, elles aussi, aux alentours de 30 000 $, tout en offrant des sensations beaucoup plus relevées que le HHR aux amateurs de compactes sportives.

Futur antérieur

Comme le PT Cruiser dont la disparition est imminente, le HHR est prisonnier de son style rétro. Comment peut-on moderniser et rafraîchir un véhicule dont le parti esthétique est d'évoquer le passé? La remplaçante de la Chevrolet Cobalt a déjà été annoncée pour l'an prochain, mais rien n'a filtré sur l'avenir du HHR. Entre-temps, pour qui apprécie sa personnalité presque unique, le HHR mérite considération en tant que petite familiale pratique. Si la version SS propose des performances intéressantes, une finition intérieure séduisante, et qu'elle vient corriger le comportement routier indolent des versions plus humbles, son prix prohibitif la gardera hors d'atteinte de quiconque base son choix sur des arguments rationnels.

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Collaborateur du Devoir

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FICHE TECHNIQUE

Chevrolet HHR SS

Moteur : 4-cylindres 2,0 litres turbo (SS)

Puissance : 260 ch / 235 lb-pi (SS)

Transmission : manuelle 5 rapports (automatique 4 rapports en option)

0 à 100 km/h : 6,6 sec

Consommation : 9 litres/100km

Échelle de prix : 19 855 $ (LS man.) à 28 240 $ (SS)