Hélimax Énergie - Le vent, source d'économie

Richard Legault, président d’Hélimax Énergie
Photo: Jacques Grenier Richard Legault, président d’Hélimax Énergie

Hélimax, qui célèbre son dixième anniversaire, a eu 150 clients: des compagnies publiques et privées, des municipalités, des entrepreneurs et des investisseurs qui lui demandent de procéder à des vérifications diligentes sur des projets de parcs éoliens.

S'il y a quelqu'un qui peut reprendre le dicton «rira bien qui rira le dernier», c'est certainement Richard Legault. «J'ai fait rire de moi en masse», dit le président d'Hélimax Énergie. À la fin des années 80, il s'intéressait déjà au domaine des biomasses et s'était rapidement découvert un intérêt pour le secteur éolien, sans être en rien influencé par les sceptiques qui étaient alors majoritaires. Pendant 15 ans, M. Legault a développé une expertise unique qui en fait aujourd'hui une sommité dans l'industrie éolienne mondiale.

Son implication dans les activités éoliennes a sérieusement commencé en 1994: pendant quatre ans, il a développé le projet Le Nordet à Cap-Chat en Gaspésie, d'abord en tant qu'employé d'une compagnie américaine, qui a fait faillite après deux ans, avant de compléter le travail à son propre compte jusqu'à la clôture financière du projet. «J'ai fait toutes les étapes, de l'étude des vents jusqu'à l'achat des terrains. J'étais très mal servi par les consultants», raconte-t-il. De cette mauvaise expérience découle en partie sa décision de devenir lui-même consultant en énergie éolienne. En 1998, il vend sa participation dans Le Nordet et, à lui seul, fonde Hélimax «en misant sur le développement futur de l'industrie et sur le besoin des services. J'aimais la filière et j'étais presque seul». C'est aussi cette année-là que le ministre Guy Chevrette demande à la Régie de l'énergie de se prononcer sur l'avenir de l'éolien.

M. Legault attendait de cette initiative un déblocage qui n'est pas venu. Il s'est alors retourné vers le marché international — Europe, Égypte et Maroc —, tout en développant en parallèle une expertise québécoise en matière de météorologie appliquée aux éoliennes. Les choses ont commencé à bouger un peu au Québec en 2000, mais c'est au Manitoba qu'il y a eu d'abord un débouché, et il y aussi une ouverture sur le marché américain.

L'évolution a été telle que M. Legault a dû réfléchir sur son orientation future: demeurer le meilleur au Canada ou devenir un joueur important à l'échelle mondiale en prenant un partenaire stratégique? Le club des financiers comprend une quinzaine de banques. En octobre 2007, Hélimax annonçait un partenariat avec Germanischer Lloyd (GL), un groupe allemand qui compte plus de 4100 employés et 175 bureaux dans le monde. Plus de 50 % des technologies éoliennes existantes ont obtenu une certification de GL. Ce groupe a pris une participation d'environ 50 % dans Hélimax, dont M. Legault demeure le président, tout en faisant aussi partie du bureau de direction de GL et en assumant la responsabilité du développement du segment d'affaires des énergies renouvelables, le segment qui offre le plus grand potentiel de croissance (en pourcentage) dans tout le groupe. Le principal créneau d'activités de GL est celui du pétrole et du gaz, devant les énergies renouvelables et l'inspection (par exemple des soudures lors de l'installation de pipelines). Un dernier secteur englobe diverses activités dans le domaine de l'eau, des laboratoires de tests, etc.

Pour sa part, GL considère Hélimax comme une filiale. M. Legault ne veut pas dire quelle est la participation exacte de GL dans sa compagnie, qui n'a que deux actionnaires, lui et GL. «Nous apportons une expertise en consultation éolienne», précise-t-il pour situer la place d'Hélimax dans GL, qui n'a pas cette expertise. «Notre objectif est de faire d'Hélimax un pôle important sur le plan mondial.» Les principaux services offerts sont la météorologie avancée, l'ingénierie éolienne, la cartographie des vents à méso-échelle et micro-échelle, les études environnementales et les tests de performance. Hélimax est à l'avant-garde en matière de technologies avec «sodar» et «lidar», des instruments très pointus permettant de mesurer les vents à une hauteur allant jusqu'à 200 mètres.

Le printemps dernier, Hélimax annonçait avoir terminé l'installation d'un banc d'essai pour l'observation et la mesure des phénomènes de givre et de pluie verglaçante sur le site du parc éolien de 110 MW à Baie-des-Sables. Réalisé en partenariat avec Cartier Énergie et l'École de technologie supérieure (ETS), ce projet vise à constituer une banque d'informations scientifiques et technologiques pour les éoliennes en milieu nordique. Il s'agira d'une contribution sans équivalent pour le raffinement des méthodologies de détection des phénomènes givrants, qui permettra également de quantifier l'impact de leurs occurrences sur les performances énergétiques des éoliennes. Parmi ses 60 employés, Hélimax compte plusieurs détenteurs d'une maîtrise et d'un doctorat en génie mécanique et en géomatique. M. Legault souligne que l'ETS offre désormais une formation en énergie éolienne qui va jusqu'à la maîtrise et au doctorat.

Une industrie sortie de la marginalité

Contrairement à une opinion encore assez largement répandue, l'industrie éolienne n'est plus un secteur d'activités marginal, et ce, qu'on adopte le point de vue de la compétitivité ou de la construction. Cette industrie attire en fait des investissements de 30 à 40 milliards par année, sans compter les dépenses d'exploitation, souligne M. Legault. Cela veut dire que, chaque année, 20 000 MW de plus proviennent des éoliennes.

Hélimax, qui travaille au développement d'autres énergies renouvelables, essentiellement les énergies solaire et marine (marées et courants), a confié un mandat spécifique à cet égard à une filiale américaine qu'elle a créée cet été. Cette petite société montréalaise, installée dans un immeuble moderne de la Technopole Angus, où les économies d'énergie sont à l'honneur, verra son chiffre d'affaires franchir le cap de 10 millions cette année. Hélimax, qui célèbre son dixième anniversaire, a eu depuis ses débuts 150 clients: des compagnies publiques et privées, des municipalités, des entrepreneurs et des investisseurs qui lui demandent de procéder à des vérifications diligentes sur des projets de parcs éoliens. Un projet type requiert des investissements allant de 200 à 300 millions; pour être rentable, il doit avoir une durée de vie de 20 à 25 ans. Avant d'engager de telles sommes, les investisseurs veulent évidemment tout savoir sur les vents, les bons choix technologiques, les coûts de construction et d'exploitation, les impacts environnementaux et les permis requis.

Où en sera Hélimax dans cinq ans? «Nous aurons une empreinte mondiale. Nous serons présents dans les 10 pays les plus importants et nous travaillerons avec la plupart des grands joueurs», répond le président, sans néanmoins prédire de chiffres. Il prévoit que le taux de croissance annuel de cette industrie atteindra 25 % d'ici à 2012. Les grands joueurs sont des équipementiers, des entrepreneurs et des financiers. Des noms? Siemens, GE, Électricité de France

Cette année, 40 % du chiffre d'affaires d'Hélimax provient de clients québécois et près de 10 % des États-Unis. En 2009, M. Legault retourne sur le marché international, en Inde, en Chine et en Amérique du Sud. En 2008, le plus gros marché est celui des États-Unis, dans cinq ans ce sera celui de la Chine, prévoit-il.