Wall Street saignée par l'attente du plan Paulson

New York — La Bourse de New York, épuisée d'avoir tant attendu le plan de sauvetage des banques, va tenter d'en discerner la semaine prochaine les premiers effets, tout en abordant, en plein pessimisme, la saison des résultats du troisième trimestre.

Sur la semaine écoulée, rythmée par les nouveaux rebondissements de la crise financière, aux États-Unis et en Europe, le Dow Jones a plongé de 7,3 %, à 10 325,38 points, le Nasdaq, à forte composante technologique de 10,8 %, à 1947,39 points et le Standard and Poor's 500 de 9,4 %, à 1099,23 points.

Le marché obligataire, refuge de l'investisseur inquiet, a logiquement fini en hausse. Le rendement du bon du Trésor à 10 ans a reculé à 3,64 %, contre 3,83 % vendredi dernier, celui à 30 ans à 4,12 %, contre 4,36 %.

Suspendue aux hésitations du Congrès sur le plan du secrétaire au Trésor Henry Paulson, Wall Street a été agitée par une volatilité qui a atteint des niveaux impressionnants.

Après le rejet-surprise du projet lundi, le Dow Jones a accusé une chute de 7 %, soit une perte jamais vue de près de 800 points. Il a rebondi le lendemain de 4,7 %, frôlant en points une progression record.

En guise d'épilogue, le marché a reçu en fin de semaine le plan tant attendu, amendé, adopté par le Congrès puis aussitôt promulgué par le président George W. Bush... ce qui n'a pas empêché Wall Street de finir en baisse.

Dans un agenda vierge de statistique économique majeure la semaine prochaine, «la seule chose qui va préoccuper le marché va être l'évolution du marché du crédit à court terme des entreprises et les progrès dans la mise en place du plan et des autorités de régulation pour racheter les titres» douteux qui plombent les comptes de banque, estime Lindsey Piegza, de FTN Financial.

La crise de l'énorme marché des billets de trésorerie met en péril l'activité des entreprises américaines qui utilisent ces titres pour faire face à leurs besoins imprévus de liquidités.

«Les nouvelles de l'état de l'économie sont restées vraiment mauvaises, et même avec le plan de sauvetage de Washington, cela ne suffit pas à faire redémarrer le marché», estime Mme Piegza.

Douloureuse piqûre de rappel hier: les très suivis chiffres de l'emploi ont révélé des destructions d'emplois pour le neuvième mois consécutif, qui plus est d'une ampleur bien plus importante qu'attendu. «C'est clair que si nous ne sommes pas encore en récession, le marché de l'emploi est lui certainement en récession», juge Mme Piegza.

«Nous entrons dans une période de transition, entre un marché focalisé» sur le plan Paulson, et «la prise en compte de l'état de l'économie, dont les nouvelles ont été vraiment négatives», estime Marc Pado, de Cantor Fitzgerald.

Faute d'indicateur de premier plan, Wall Street va se concentrer sur ses entreprises, qui vont commencer à délivrer leurs résultats du troisième trimestre, explique l'analyste.

Comme d'habitude, le bal sera ouvert par le géant de l'aluminium Alcoa mardi, suivi mercredi du groupe agrochimique Monsanto et vendredi du conglomérat General Electric.

Ce dernier sera particulièrement surveillé: considéré comme un baromètre de l'industrie américaine vu la variété de ses activités, de l'industrie à la finance en passant par la télévision, il a abaissé ses prévisions de bénéfices en raison des difficultés de sa filiale financière GE Capital.

Cible de la défiance du marché, il a annoncé cette semaine qu'il allait lever au moins 15 milliards $US, via une augmentation de capital de 12 milliards et la souscription par le milliardaire américain Warren Buffett de 3 milliards de dollars d'actions préférentielles.

«Les nouvelles que vont nous annoncer beaucoup d'entreprises ne seront pas très encourageantes», pronostique Frederic Dickson, de DA Davidson.

D'autant que le marché «entre dans la période où les groupes commencent à dévoiler leurs anticipations pour 2009», ajoute l'analyste.