Wachovia rompt avec Citigroup et se jette dans les bras de Wells Fargo

Un tramway à câble passe devant une des succursales de la Wells Fargo, à San Francisco
Photo: Agence France-Presse (photo) Un tramway à câble passe devant une des succursales de la Wells Fargo, à San Francisco

Washington — Coup de théâtre dans la banque américaine: Wachovia, contrainte par les autorités à un mariage forcé avec Citigroup, a réussi à séduire Wells Fargo, qui va la reprendre dans sa totalité, à un bien meilleur prix pour l'actionnaire et sans faire appel aux finances publiques.

Wells Fargo, la cinquième banque de dépôt américaine, est prête à mettre sur la table l'équivalent de 15,1 milliards $US, payés exclusivement en actions, pour mettre la main sur le numéro quatre du secteur. Ce plan est une aubaine pour les actionnaires de Wachovia, puisque leurs titres sont valorisés dans l'opération 7 $US, soit nettement plus que le cours de clôture du titre jeudi (3,91 $US).

C'est aussi un grand coup de couteau dans le contrat fraîchement signé avec Citigroup, qui avait annoncé lundi, sous la direction des autorités américaines, la reprise en urgence des seules activités bancaires de Wachovia pour 2,15 milliards. Cet accord, qui laissait de côté les activités de courtage et de gestion d'actifs, faisait assumer à l'État les pertes sur le portefeuille d'actifs de Wachovia au-delà de 42 milliards. Les pouvoirs publics avaient accepté d'assumer un tel risque pour éviter une faillite.

La proposition de Wells Fargo «nous permet de conserver l'ensemble de Wachovia et préserve la valeur d'une société intégrée, sans aide gouvernementale», a observé Robert Steel, le p.-d.g. de Wachovia. Le rapprochement des deux banques va former un géant, présent sur la plus grande partie du territoire américain, avec 1420 milliards de dollars d'actifs, 280 000 employés et 10 700 agences.

Wells Fargo avait déjà entamé des négociations le week-end dernier avec Wachovia, mais avait laissé tomber pour des raisons non précisées, permettant à Citigroup de rafler la mise avec une offre à prix bradé. «Il nous a fallu un certain temps pour être sûrs d'être à l'aise avec une telle opération», s'est contenté d'expliquer Dick Kovacevich, le président du conseil d'administration lors d'une conférence téléphonique.

L'opération, qui devrait avoir un effet bénéfique sur les résultats dès la première année d'activité, aura tout de même un coup élevé pour la banque de San Franciso. «C'est la transaction qui aurait dû être faite depuis le début et c'est la seule logique», a commenté Mike Mayo, analyste bancaire chez Deutsche Bank, en désignant Citigroup comme «le gros perdant» dans l'histoire.

Le bouclage de l'opération est escompté pour le quatrième trimestre, un court délai au vu des contestations et interrogations soulevées par l'accord. Fiancé abandonné sur l'autel, Citigroup est rapidement montée au créneau, dénonçant «une rupture manifeste de l'accord d'exclusivité passé» avec lui et évoquant la possibilité de poursuites judiciaires. Interrogé sur l'existence d'un contrat qui l'engageait à Citigroup, le p.-d.g. de Wachovia a répondu «non».

Wells Fargo et Wachovia vont aussi devoir convaincre les autorités américaines, mises devant le fait accompli, après avoir passé tout le week-end à monter un plan de reprise avec Citigroup. La Réserve fédérale a annoncé que les régulateurs veilleraient à la protection des intérêts des créanciers et des déposants de Wachovia, tandis que la présidente du fonds de garantie des dépôts bancaires FDIC, Sheila Bair, a indiqué qu'elle «allait examiner toutes les propositions» sur la table.