Les banques canadiennes profiteront de la crise aux États-Unis

Les banques canadiennes demeurent en assez bonne santé malgré la tourmente financière aux États-Unis voisins et pourraient profiter de la situation pour racheter des établissements américains actuellement sous respirateur artificiel.

Les dépréciations d'actifs liées à la crise du crédit hypothécaire à risque aux États-Unis ont coûté quelque 12 milliards de dollars aux banques canadiennes, dont plus de la moitié à la seule CIBC. Mais les prêts à risque représentent à peine 5 % de l'ensemble des hypothèques consenties au Canada, contre 20 % jusqu'à récemment au sud de la frontière.

Les cinq premières banques canadiennes ont aussi un ratio moyen «actifs/fonds propres» bien meilleur que celui des banques américaines et européennes et elles ont, pour la plupart, continué à faire d'importants bénéfices.

«Les institutions canadiennes sont en bien meilleure santé que leurs homologues étrangères», insistait récemment le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, tout en reconnaissant qu'elles ne sont «pas à l'abri» de la tourmente mondiale. «La situation financière plus enviable des banques canadiennes leur permet actuellement d'emprunter à des taux très inférieurs à ceux de bon nombre de leurs homologues étrangères», assurait-il lors d'un discours à Montréal.

La résilience actuelle des banques canadiennes pourrait leur permettre d'augmenter leur présence sur le marché américain en rachetant pour partie ou en totalité des institutions fragilisées par la crise, estiment des analystes.

La banque TD s'était notamment montrée intéressée par la reprise d'activités de Washington Mutual, sixième banque américaine par les actifs, finalement acquises par JP Morgan. Et la Banque Royale (RBC) avait été considérée comme un acquéreur possible de Wachovia, quatrième banque américaine, qui a été reprise par Wells Fargo.

«Ce n'aurait pas été opportun pour les banques canadiennes de prendre des morceaux comme Washington Mutual ou bien Wachovia. Et je ne pense pas que la Fed aurait vu ça d'un bon oeil», explique Jean Roy, professeur au HEC de Montréal.

Depuis que le gouvernement canadien a imposé à la fin des années 90 un moratoire sur la fusion des banques au Canada, celles-ci se sont tournées vers les États-Unis pour grossir, comme TD, RBC et BMO, qui ont racheté des banques régionales américaines ces dernières années. Et elles pourraient profiter de la vulnérabilité d'institutions régionales ne posant pas de risques systémiques pour accroître davantage leur présence aux États-Unis.

«Il y a des signes indiquant que des banques régionales sont en difficulté. Il s'agit donc pour les banques canadiennes de repérer les acquisitions cohérentes avec leurs projets et qui constituent des proies à leur portée», souligne M. Roy. Mais les banques canadiennes doivent demeurer circonspectes, souligne Brad Smith, analyste chez Blackmont Capital, à Toronto. «Le temps est à la prudence, car le marché américain du crédit est encore en plein bouleversement», dit-il.

Les rachats récents de banques américaines ont été soutenus par les pouvoirs publics et ont bénéficié de facilités de crédit considérables, alors que les institutions canadiennes devraient piocher dans leur capital pour financer d'éventuels rachats aux États-Unis, souligne-t-il.

Mais il estime que «les banques canadiennes doivent participer aux discussions concernant des transactions [à venir] et des actifs disponibles de façon à demeurer au fait du marché américain et ainsi lancer leur offensive au moment opportun».

Les assureurs canadiens pourraient aussi profiter de la crise actuelle pour mettre la main sur des rivaux américains, estiment plusieurs analystes.