Congrès annuel conjoint des chambres de commerce canadiennes

Pour la première fois, un congrès annuel conjoint réunit cette semaine toutes les chambres de commerce canadiennes, du Yukon jusqu'à Terre-Neuve. Ce rendez-vous a lieu à Québec pour souligner le 400e anniversaire de cette ville. Si ce congrès, dont le thème général est «Pour une prospérité sans frontières», vise à faire sauter toutes les barrières au commerce inter-provincial, la plupart des 600 participants se préoccupent davantage de la crise financière qui ébranle les murs du temple de Wall Street.

Dans une entrevue accordée au Devoir plus tôt cette semaine, Françoise Bertrand, la p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), mentionnait que cette crise financière n'apparaissait pas au programme du congrès, mais elle se disait néanmoins persuadée que cette question serait le principal sujet soulevé dans toutes les conversations de corridor. Elle disait avoir compris l'importance du sujet lors d'une réunion du conseil de la FCCQ, il y a près de 15 jours. «Ils n'ont parlé que de ça», constatait-elle, les uns s'informant auprès des autres de ce qui se passait et cherchant à savoir ce qu'il faudrait faire si la crise devait affecter leurs affaires au Canada. L'un des problèmes potentiels pour les entreprises est l'accès au capital: les institutions financières deviendraient en effet beaucoup plus prudentes dans leurs politiques de crédit. D'ailleurs, Monique Leroux, la présidente du Mouvement Desjardins, s'adressera demain aux congressistes et reprendra certains propos de prudence qu'elle a tenus, il y a quelques jours, devant la Chambre de commerce de Montréal.

Dans une lettre ouverte signée par Mme Bertrand et Perrin Beatty, le p.-d.g. de la Chambre de commerce du Canada, publiée cette semaine, on déclare que «le moyen le plus efficace de prémunir l'économie canadienne de la débâcle financière de nos voisins du Sud est encore de miser sur notre compétitivité».

Or, pour que les entreprises restent compétitives, il est essentiel de continuer d'investir: dans le monde compétitif actuel, reporter les investissements a pour conséquence qu'une entreprise se sort littéralement du jeu, explique Mme Bertrand. C'était vrai avant que n'éclate la crise américaine, mais celle-ci vient confirmer d'une façon évidente la nécessité de toujours garder le cap sur la compétitivité. Cela vaut pour toutes les entreprises, qu'elles soient canadiennes ou québécoises, ajoute-t-elle.

Demain, en conclusion de ce congrès à Québec, il y aura une déclaration commune sur la compétitivité canadienne qui sera appuyée par les chambres de commerce du Canada et de l'ensemble des provinces et territoires. «Le Canada peut être un chef de file dans l'économie mondiale, mais il est nécessaire d'agir maintenant afin d'améliorer sa compétitivité et d'assurer un environnement économique solide et rentable», y lit-on. On y dit aussi que la formation d'un nouveau gouvernement fédéral constitue «une occasion parfaite pour établir un programme pour les entreprises». Officiellement, les chambres de commerce ne soutiennent aucun parti en particulier et profitent aujourd'hui de ce congrès pour entendre des représentants des différents partis. Ce congrès réunit 600 participants, dont la moitié viennent du Québec.

La déclaration commune prévue mentionne un programme soulignant la nécessité de créer un marché ouvert et efficace sans barrières internes, d'avoir un régime fiscal concurrentiel, une frontière sûre pour le marché américain, une stratégie énergétique axée sur le marché, y compris un accès libre aux marchés internationaux, un plan d'action sur le changement climatique mené sous l'égide d'un cadre international auquel adhèrent les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, des politiques d'immigration adaptées aux besoins du marché du travail ainsi que plusieurs autres mesures.

Pour sa part, Mme Bertrand insiste beaucoup sur la nécessité pour les entreprises de s'engager elles-mêmes à créer plus de compétitivité. «Ce n'est pas le gouvernement qui va faire la compétitivité à leur place», affirme-t-elle. Prenant l'exemple récent de la décision du gouvernement québécois de donner accès aux services Internet à 150 villages québécois, elle souhaite que les PME de ces localités en profitent pour se brancher sur des réseaux de clients et de fournisseurs, en offrant d'abord à leurs employés la formation requise pour bien maîtriser cette technologie.

La FCCQ, qui regroupe 162 chambres de commerce locales, 40 000 entreprises et 100 000 membres, a pour rôle de soutenir ces entreprises, dont la plupart sont des PME, de les encourager et même de les pousser à devenir plus productives. Elle demande «un engagement» de leur part. Mme Bertrand ne cache pas que, dans les faits, le monde des entreprises ne diffère pas de la société en général: l'engagement n'est le fait que de 10 à 20 % des membres; 50 à 60 % sont en partie engagés; et le reste ne l'est pas encore, et disparaîtra vraisemblablement de son secteur d'activités à moins de se prendre en main sans délai. Le vieillissement des entrepreneurs représente aussi un défi pour l'accroissement de la productivité, dans la mesure où les entrepreneurs âgés sont généralement moins enclins à investir, que ce soit en argent ou en énergie.