Crise financière - Pas de plan Paulson pour l'Europe

La nervosité était palpable cette semaine à la Bourse de Francfort.
Photo: Agence Reuters La nervosité était palpable cette semaine à la Bourse de Francfort.

Paris — Alors que le président français Nicolas Sarkozy réunit aujourd'hui les trois autres membres européens du G8, l'Union européenne réalise que, le voudrait-elle, elle n'a pas l'unité nécessaire pour se doter de sa propre version du plan Paulson. Ce mini-sommet, qui réunit l'Italie, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les présidents de la Commission européenne, de l'Eurogroupe et de la Banque centrale européenne, vient clore deux jours d'intense polémique. Paris et Berlin se sont en effet divisés à propos d'un équivalent européen du plan de sauvetage américain des institutions financières, une initiative évaluée à 300 milliards d'euros (417,5 milliards $US).

La polémique a éclaté mercredi lorsque le quotidien allemand Handelsblatt a divulgué une entrevue de la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde , entrevue dans laquelle elle évoquait la création d'une «solution de secours européenne» destinée à sauver de la faillite les banques européennes, notamment dans les «États de petite taille» qui n'ont pas les moyens des grands. Une source berlinoise avait aussi révélé que la France proposait d'y consacrer 300 milliards d'euros, soit trois fois le budget de l'UE. Les démentis ont aussitôt fusé de toutes parts. «Il y a eu des idées qui ont été échangées très en amont», reconnaissait-on tout de même au ministère français des Finances.

Soutenue par la France, qui préside l'UE, les Pays-Bas, la Belgique, l'Italie et la Banque centrale européenne, cette proposition s'est heurtée à l'opposition radicale de l'Allemagne qui «ne peut pas et n'entend pas accorder de chèques en blanc aux banques, qu'elles se soient comportées de manière responsable ou pas», déclarait la chancelière Angela Merkel au quotidien allemand Bild.

L'UE a visiblement jonglé avec l'idée d'un plan de sauvetage pour l'enterrer aussitôt. Le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui préside le groupe des pays membres de l'Euro, estime qu'un tel fonds n'est «pas nécessaire en Europe» puisque le secteur financier y est «plus stable». Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, ajoute que ce type de fonds ne correspond pas à la nature de l'Europe qui n'a pas de budget fédéral propre.

Pour l'instant, exit donc les solutions communautaires. Le premier ministre néerlandais a néanmoins évoqué des fonds de garantie dans chaque pays, fonds qui représenteraient 3 % de leur PIB. Pour l'heure, la stratégie européenne se décline donc au cas par cas et pays par pays, comme pour le sauvetage du groupe Dexia dont la note — 6,4 milliards d'euros — a été partagée également entre la France et la Belgique en début de semaine.

Dernier irritant, l'Irlande a carrément choisi de faire cavalier seul en prenant l'initiative de garantir tous les dépôts des épargnants des six banques irlandaises, soit une somme de 400 milliards d'euros (environ 556 milliards $US) qui représente deux fois la valeur de son PIB annuel. La mesure a fait bondir la Commission européenne et la Grande-Bretagne, qui craignent une concurrence déloyale pouvant provoquer des fuites de capitaux vers les banques irlandaises, au détriment des autres banques européennes.

Selon l'Élysée, le sommet de samedi vise à préparer la contribution des membres européens au «nouveau Bretton Woods» que Nicolas Sarkozy a proposé aux membres du G8 afin de tirer les conséquences de la crise financière. Mais ce sera déjà beaucoup si les quatre membres européens du G8 en sortent avec quelques orientations pas trop divergentes.

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Correspondant du Devoir à Paris