Les opérations qui ont changé le paysage bancaire et financier américain

Washington — La crise financière qui sévit aux États-Unis a provoqué de profonds changements depuis le début de l'année dans le paysage bancaire et financier américain, marqué par quelques faillites, sauvetages et rachats retentissants

Countrywide Financial

Le premier prêteur hypothécaire du pays, hyperactif pour offrir à des millions d'Américains modestes l'accession à la propriété, a logiquement été la première institution financière à plier. Le 11 janvier, Bank of America s'est porté acquéreur d'une banque promise à la faillite, pour une facture finale de 2,5 milliards $US en actions.

n Bear Stearns

À Wall Street, le premier domino à tomber fut la plus petite banque d'affaires américaine, menacée de tomber à court de liquidités. Elle sera sauvée de la disparition par un rachat en urgence le 16 mars par JPMorgan. Les conditions sont très favorables à l'acquéreur, qui bénéficie d'un apport de 29 milliards $US de liquidités par la Réserve fédérale, en échange de 30 milliards de titres de valeur douteuse tirés du portefeuille de Bear Stearns.

Fannie Mae et Freddie Mac

Les organismes de refinancement hypothécaire, qui accumulent les pertes avec la chute du marché immobilier, ont été sauvés en deux temps. Le 13 juillet, un premier plan de sauvetage prévoyait une augmentation temporaire de la ligne de crédit du Trésor, et un accès aux facilités de refinancement de la Réserve fédérale. Ces mesures n'ont pas suffi et ont contraint le 7 septembre le Trésor à une mise sous tutelle gouvernementale de ces sociétés privées, dont la dette est désormais garantie par l'Etat.

Lehman Brothers

Face à une crise de confiance aiguë, la banque d'affaires Lehman Brothers cherche un repreneur. Mais le refus du Trésor d'accorder les mêmes facilités que lors du sauvetage de Bear Stearns font échouer toutes les tentatives, et le groupe doit se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites le 15 septembre. Le groupe est ensuite démantelé, ses activités américaines étant reprises par la britannique Barclays, ses activités de gestion d'actifs par les fonds Bain Capital et Hellman & Friedman, tandis que l'Asie-Pacifique, l'Europe et le Moyen-Orient revenaient au japonais Nomura Holdings.

Merrill Lynch

La prestigieuse banque d'affaires a perdu son indépendance le 15 septembre, étant rachetée par la généraliste Bank of America dans une transaction tout en actions, qui la valorisait à 50 milliards de dollars. Ses pertes depuis le début de la crise du subprime se montaient alors à 52 milliards de dollars.

AIG

Le géant américain de l'assurance, après avoir dopé sa rentabilité grâce à l'instrument des CDS (»credit default swaps», des assurances contre le risque de non-remboursement de la dette des entreprises), a été victime de la crise du crédit. Risquant la faillite, AIG a dû être renfloué en urgence le 16 septembre par un prêt de 85 milliards de la Réserve fédérale, en échange de l'octroi 79,9% de son capital. Le groupe va se recentrer sur l'assurance dommages.

Goldman Sachs et Morgan Stanley

Goldan Sachs et Morgan Stanley restent les deux dernières banques d'affaires indépendantes à Wall Street, mais en ayant dû faire une concession de taille. Le 21 septembre, elles sont devenues des holdings bancaires, un statut qui leur permet d'avoir accès au taux d'escompte de la Réserve fédérale comme les banques commerciales, mais les soumettent à un contrôle plus étroit. Morgan Stanley accepte le 22 septembre d'ouvrir son capital au japonais Mitsubishi-UFJ, et Goldman Sachs obtient le lendemain un financement de 5 milliards du milliardaire Warren Buffett.

Washington Mutual

La sixième banque américaine, très active dans l'immobilier et auprès des clients modestes, était en première ligne dans la crise. La chute du groupe de Seattle (État de Washington, nord-ouest) le 25 septembre constitue la plus grande faillite de l'histoire d'un établissement de dépôts aux États-Unis. Ses activités bancaires ont été immédiatement reprises par JPMorgan pour 1,9 milliard.

Wachovia

Craignant une nouvelle faillite, les autorités américaines organisent le 29 septembre la reprise des activités bancaires de Wachovia, la quatrième banque américaine, par sa grande concurrente Citigroup. Mais quatre jours plus tard, Wells Fargo, qui était également intéressée, contre cette offre en apportant plus 15 milliards en actions pour reprendre la totalité des activités de la banque, sans aide des pouvoirs publics.