La France s'installe dans la récession

La ministre de l'Économie Christine Lagarde et le ministre du Budget Eric Woerth
Photo: Agence France-Presse (photo) La ministre de l'Économie Christine Lagarde et le ministre du Budget Eric Woerth

Paris — Le mot a été lâché par le très sérieux Institut national de la statistique, la France s'enfonce cet automne dans la récession, sur fond de crise financière mondiale et après l'annonce de nombreuses suppressions d'emplois par les grands groupes industriels.

Deuxième économie de la zone euro, la France devrait voir son PIB reculer de 0,1 % aux troisième et quatrième trimestres après une baisse de 0,3 % au deuxième trimestre, selon les prévisions de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), publiées hier.

La récession est techniquement définie par au moins deux trimestres consécutifs de recul du PIB. Du jamais vu en France depuis 1993.

«La France bascule dans la récession», constatait hier le journal économique Les Échos.

La ministre des Finances Christine Lagarde, si elle n'a pas employé le terme de récession, a pour sa part admis que «le risque d'une croissance négative à l'automne pour le deuxième trimestre consécutif est désormais réel». Deux trimestres de «croissance négative», «ça s'appelle une récession technique», a commenté le ministre du Budget, Éric Woerth.

Déjà préoccupés depuis des mois par la baisse de leur pouvoir d'achat, les Français vont ainsi subir de plein fouet les conséquences de la crise financière internationale et sont, selon un sondage publié hier, 86 % à redouter ses effets sur le chômage. Selon les chiffres de l'INSEE, 52 000 emplois seront perdus pendant la seconde moitié de l'année et le taux de chômage s'établira à 7,4 % contre 7,2 % au deuxième trimestre.

Suppression d'emplois

De grands noms de l'industrie française ont annoncé récemment de douloureux plans sociaux. Le constructeur automobile Renault a annoncé le mois dernier la suppression de 6 000 emplois en Europe, le géant pharmaceutique Sanofi-Aventis a indiqué jeudi qu'il se séparait de 927 salariés.

L'opposition socialiste, sourde à l'appel à «l'unité nationale» lancé par le premier ministre François Fillon, profite de la crise pour enfoncer un clou dans les choix économiques du président Nicolas Sarkozy, qui se sont révélés, selon elle, «inefficaces» et «injustes», notamment en matière fiscale. Mais pour Christine Lagarde, ce sont surtout les «effets des envolées exceptionnelles du prix du pétrole et de l'euro au premier semestre et de l'aggravation de la crise financière», qui sont en cause.

Plutôt que de récession, la majorité de droite préfère du reste parler de «très faible croissance». Le chiffre de 1 % pour l'année 2008, «certes ce n'est pas beaucoup du tout, c'est même très très peu, mais ça reste de la croissance», a souligné M. Woerth.

Pour tenter d'enrayer les effets de la crise sur l'économie réelle, le gouvernement a décidé jeudi de mobiliser une enveloppe de 22 milliards d'euros destinée au financement des petites et moyennes entreprises (PME). Autre mesure, la décision de faire racheter par l'État plus de 30 000 logements dont les travaux n'avaient pas été lancés.

Pour l'INSEE, le principal responsable de la baisse de la croissance est le pouvoir d'achat des ménages, qui accuserait encore une baisse de 0,4 % au deuxième semestre. Ce facteur s'ajoute au durcissement des conditions du crédit lié à la crise financière internationale et aux difficultés sur le marché immobilier.

Autre facteur, le commerce extérieur de la France: déjà moribond avec un déficit volant de record en record (près de 50 milliards d'euros attendus cette année), il devrait lui aussi pâtir du ralentissement de l'économie mondiale et de la demande extérieure.