États-Unis - Les chiffres du chômage font craindre que la récession soit bien là

Des centaines d’Américains attendent en file pour s’inscrire à un salon de l’emploi dans le Colorado. L’économie américaine a éliminé 159 000 emplois en septembre, et ce chiffre beaucoup plus important qu’attendu fait craindre que la réc
Photo: Agence France-Presse (photo) Des centaines d’Américains attendent en file pour s’inscrire à un salon de l’emploi dans le Colorado. L’économie américaine a éliminé 159 000 emplois en septembre, et ce chiffre beaucoup plus important qu’attendu fait craindre que la réc

Washington — L'économie américaine a éliminé 159 000 emplois en septembre, et ce chiffre bien pire qu'attendu fait craindre que la récession soit déjà là dans la première économie mondiale. Les États-Unis n'avaient plus perdu autant d'emplois sur un seul mois depuis mars 2003, a reconnu hier le secrétariat au Travail.

Après 73 000 pertes d'emploi en août et 67 000 en juillet, cette accélération de la détérioration du marché de l'emploi est d'autant plus inquiétante que rares sont les secteurs épargnés: seules les mines, l'éducation et la santé ont été créateurs nets d'emplois le mois dernier.

Le secteur tertiaire, qui emploie près de 80 % de la population active, a été particulièrement touché: 82 000 suppressions d'emplois contre 14 000 en moyenne sur les trois mois précédents. L'impact de la crise se fait durement sentir, puisque 17 000 postes ont été perdus dans les services financiers. L'industrie a continué à détruire massivement des emplois, avec 77 000 postes supprimés, après 57 000 en août.

Neuvième mois de suite

Septembre a été le neuvième mois consécutif de pertes nettes d'emplois pour l'économie américaine, qui en a perdu en moyenne 75 000 chaque mois depuis le début de l'année.

Si le taux de chômage est resté à 6,1%, son plus haut niveau depuis septembre 2003, conformément à ce qu'attendaient les analystes, l'ampleur des destructions d'emplois les a surpris puisqu'ils tablaient en moyenne sur 105 000 suppressions.

Ce rapport mensuel du ministère confirme «notre opinion selon laquelle l'économie est en récession et que celle-ci s'est aggravée en septembre», notent John Ryding et Conrad DeQuadros, analystes de RDQ Economics. «La crise du crédit s'est étendue à l'économie réelle. Les entreprises tournent au ralenti avec un effectif aussi maigre que possible», relève l'économiste indépendant Joel Naroff. Pour lui, le nombre de nouveaux chômeurs est compatible avec les niveaux atteints pendant les récessions.

«Les entreprises sont très méfiantes et cela se traduit dans leurs commandes et leurs décisions d'embauche», écrit Stephen Gallagher, analyste à la Société Générale. Dans un environnement économique défavorable, elles «vont chercher à maintenir leur productivité», ajoute Amin Tazi, économiste de Natixis.

La dégradation du marché de l'emploi devrait donc se poursuivre. D'autant que les conséquences de l'ouragan Ike (qui a frappé le Sud des États-Unis à la mi-septembre) et de la grève des mécaniciens de l'avionneur Boeing commencée le 6 septembre devraient se faire sentir sur les chiffres du chômage en octobre, selon Nigel Gault de l'institut Global Insight.

Pour lui, le rapport du ministère vient confirmer la série d'indicateurs publiés récemment et témoignant de la dégradation de l'économie: faiblesse des ventes de détail et d'automobiles, baisse des commandes de bien durables et indice ISM d'activité dans l'industrie à son plus bas niveau depuis 2001. Il juge en conséquence que le plan de sauvetage des banques débattu actuellement au Congrès ne pourra que «limiter les dégâts» en tentant de «réduire au minimum l'ampleur de la récession».

Le ralentissement de la hausse du salaire horaire moyen et la légère baisse du total hebdomadaire des heures travaillées sont de mauvais augure pour la consommation, moteur de l'économie américaine.

Les deux candidats à la Maison Blanche ont déploré tous deux ces mauvais chiffres, le démocrate Barack Obama en profitant pour réclamer un plan d'aide immédiat pour les classes moyennes tandis que son adversaire républicain John McCain reconnaissait que l'économie était «sur une mauvaise voie».