Montréal, technopole du XXIe siècle

Jacques Girard, président-directeur général de Montréal International, pense que Montréal peut devenir l'une des grandes technopoles du monde au XXIe siècle. Pour y arriver, la région montréalaise doit poursuivre la démarche entreprise, qui est bien engagée, et accentuer les efforts conjugués des secteurs public et privé, des villes et des institutions d'enseignement.

M. Girard, qui faisait le bilan de la situation économique montréalaise depuis la création de Montréal International vers le milieu des années 1990, a soutenu que la région a atteint en 2002 des sommets inégalés, comme en témoignent des statistiques diverses. Selon le Conference Board, avec une augmentation du PIB de 4,3 %, une onzième année consécutive de croissance, Montréal dépasse Toronto et Vancouver. Ce même organisme prévoit le même rythme de croissance jusqu'en 2007.

La «tigresse du Canada»

Parodiant le ministre fédéral des Finances, qui avant-hier déclarait que le Canada est le tigre du Nord sur le plan de l'économie, le conférencier au déjeuner de l'Association des MBA ajoutait pour sa part que Montréal est «la tigresse du Canada». Cette réussite, selon lui, s'explique entre autres par les investissements massifs effectués dans le secteur de l'éducation depuis le début des années 60. Il s'est produit «des changements fondamentaux qui peuvent nous permettre les plus grands espoirs pour l'avenir», a soutenu M. Girard. À l'automne de 2002, une firme torontoise constatait que Montréal Métro recevait 21 % des fonds de recherche octroyés aux universités, en comparaison de 14 % pour les universités de Toronto. D'autres institutions américaines confirment également que Montréal se situe parmi les principaux centres de haute technologie sur ce continent et arrive même au premier rang au Canada. On dénombre par ailleurs 201 centres de recherche à Montréal en comparaison de 150 à Toronto.

La région doit beaucoup cette performance à la présence de grappes industrielles en aéronautique, dans les sciences de la santé, dans les technologies de l'information et des télécommunications. Pour sa part, Montréal International a pour mandat de faire de la prospection de firmes susceptibles d'investir ici. À ce chapitre, le Canada reçoit environ 3 % des investissements privés étrangers, c'est-à-dire 65 % des États-Unis et 35 % de l'Europe de l'Ouest, alors que son poids économique est de 2 % du PIB mondial. De 1997 à 2001, le Québec a reçu 28 % de l'investissement direct étranger au Canada alors que sa part du PIB canadien est de 21 %.

Montréal International est ainsi associé à quelque 2,7 milliards d'investissements dans la région métropolitaine, où 1358 filiales de sociétés étrangères créent plus de 118 000 emplois, soit 7 % du total dans la région ou 10 % dans le secteur privé. Pas moins de 58 % des investissements privés de plus de un million dans la région en 2001 ont été faits par des sociétés étrangères.

Bref, il y a eu depuis cinq ou six ans «un rattrapage intéressant». Malgré les événements du 11 septembre, les secteurs de l'aéronautique et de l'aérospatiale conservent une très grande force, souligne M. Girard. Il en est de même dans les technologies de l'information. Il n'y a pas encore de pénurie dans l'emploi, mais il y a lieu d'accélérer la formation dans le secteur des sciences de la vie avec l'arrivée d'une firme comme DSM qui aura besoin de centaines de personnes. Grâce à la réaction d'un consortium dans le milieu de l'enseignement, les cégeps vont répondre à l'appel.

Il n'en reste pas moins qu'il y a un maraudage international pour les cerveaux, et Montréal y participe comme tout le monde. M. Girard avoue qu'il essaie notamment de rapatrier les nombreux Québécois qui se sont installés dans la Silicon Valley. Il n'y a toutefois pas présentement de bilan net sur la circulation des cerveaux du Québec vers l'extérieur et vice versa. Il y a par exemple 15 000 étudiants étrangers à Montréal et un certain nombre d'entre ceux choisissent de rester ici; ceux qui retournent dans leur pays occupent souvent des positions stratégiques et peuvent faire d'heureux contacts pour développer des affaires.

En plus de travailler à conserver les grappes industrielles où Montréal est fort, car la concurrence est vive sur le plan mondial, il y a un potentiel de développement dans d'autres domaines, comme ceux des loisirs (Cirque du Soleil, cinéma, théâtre), du tourisme, de l'agroalimentaire et des centres d'appel. En outre, M. Girard s'est fixé l'objectif d'attirer cinq organisations internationales significatives au cours des trois prochaines années. Les courriels sont devenus un moyen de joindre les investisseurs potentiels de partout sur la planète. À ce jour, plus de 42 000 courriels ont été envoyés.

Montréal International, qui a un budget de fonctionnement proche de 10 millions, est financé par les gouvernements, par les 63 municipalités de la région métropolitaine et par le secteur privé à hauteur de 1,4 million l'an passé, grâce aux contributions des 121 sociétés membres, un nombre que M. Girard souhaite élargir pour faire en sorte que la région atteigne le statut souhaité de grande technopole.