É.-U.: le marché de l'emploi n'offre aucun signe de rémission

Des machinistes en grève de Boeing, au début septembre. Le secteur privé américain a abolit 8000 emplois en septembre. La firme qui a fait le calcul reconnaît ne pas avoir pris en compte deux éléments importants: les conséquences de la grève che
Photo: Agence France-Presse (photo) Des machinistes en grève de Boeing, au début septembre. Le secteur privé américain a abolit 8000 emplois en septembre. La firme qui a fait le calcul reconnaît ne pas avoir pris en compte deux éléments importants: les conséquences de la grève che

Washington — Le marché de l'emploi reste faible aux États-Unis, en dépit de la publication par le cabinet de ressources humaines ADP de chiffres plutôt encourageants, mais biaisés, pour le mois de septembre.

Selon l'enquête ADP publiée hier, le secteur privé américain a détruit «seulement» 8000 emplois en septembre, après en avoir supprimé 37 000 en août. C'est nettement inférieur aux prévisions des analystes, qui tablaient sur 53 000 suppressions d'emplois. Mais ADP reconnaît ne pas avoir pris en compte deux éléments importants: les conséquences de la grève chez l'avionneur Boeing et celles des ouragans qui ont frappé la côte du golfe du Mexique. L'enquête de septembre continue, en fait «d'apporter la preuve de la faiblesse du marché de l'emploi», souligne ADP dans son communiqué.

L'industrie en particulier continue à détruire des emplois (72 000 en août) depuis bientôt deux ans, en particulier dans le secteur manufacturier. Cette tendance est corroborée par l'indice ISM de l'activité industrielle aux États-Unis, tombé en août à son plus bas niveau depuis octobre 2001.

La Réserve fédérale de Philadelphie notait récemment que l'emploi n'avait montré «aucun signe d'amélioration» dans l'industrie. Et selon ADP, pour le deuxième mois consécutif, les destructions d'emplois dans l'industrie n'ont pas été compensées par les créations dans le secteur des services (64 000 postes créés en septembre).

L'autre tendance lourde révélée par l'enquête ADP depuis février est que seules les petites entreprises de moins de 50 employés sont créatrices nettes d'emplois. C'est plutôt de mauvais augure puisque, à l'heure de la crise du crédit, ce sont celles-ci qui ont le plus de difficultés à se financer.

L'enquête ADP donne traditionnellement un avant-goût des chiffres officiels de l'emploi aux États-Unis, qui seront publiés demain. Mais Elsa Dargent, économiste de Natixis, relève que cette étude s'est montrée ces derniers mois «un assez mauvais indicateur» de l'évolution du chômage. Depuis janvier, elle «a surévalué en moyenne de 100 000 le nombre d'emplois dans le secteur privé», fait-elle remarquer dans une note.

Mme Dargent maintient sa prévision selon laquelle les chiffres du secrétariat au Travail devraient révéler 115 000 suppressions d'emplois (hors agriculture) en septembre aux États-Unis. C'est un peu plus que les attentes moyennes, le consensus des analystes s'établissant à 105 000 suppressions d'emplois, après 84 000 en août. Le taux de chômage est évalué en moyenne à 6,1 %, comme en, août, c'est-à-dire à son plus haut niveau depuis septembre 2003.

Pour l'économiste indépendant Joel Naroff, les chiffres officiels de l'emploi pourraient «de nouveau être inquiétants». Appuyant ces craintes, les statistiques du ministère du Travail montrent que le nombre hebdomadaire de nouveaux chômeurs indemnisés a atteint à la date du 20 septembre son plus haut niveau depuis fin septembre 2001.

Autre mauvais présage, le nombre d'offres d'emplois disponibles sur Internet a reculé de 4,7 % en septembre, selon l'institut de conjoncture privée Conference Board.