La surqualification s'est répandue au cours des dix dernières années

La surqualification, c'est-à-dire le fait d'occuper un emploi inférieur à son niveau de scolarité, s'est répandue au cours des 10 dernières années au Québec.

C'est ce que constate l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) dans une étude qui vient d'être publiée par sa Direction du travail et de la rémunération.

On y apprend qu'en 1997, 559 100 travailleurs québécois étaient surqualifiés pour leur emploi, soit 22,2 %, comparativement à 827 400 en 2007 ou 27,2 % des travailleurs québécois.

L'auteure de l'étude, Sandra Gagnon, affirme en entrevue que «ce n'est pas un phénomène propre au Québec». La même chose a notamment été observée en Ontario.

Analyste en statistiques du travail à l'ISQ, Mme Gagnon précise qu'«au cours des 10 dernières années, les cas de surqualification sont devenus plus fréquents, tant chez les hommes que chez les femmes», mais un peu plus chez les femmes.

Les taux de surqualification frôlent même 40 % dans certains secteurs, comme l'industrie primaire (qui inclut par exemple l'agriculture, la foresterie, la pêche et l'extraction minière) avec 39,2 %, de même que l'industrie des services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien (38,4 %) ainsi que le transport et entreposage (37,9 %).

Mme Gagnon explique ce phénomène notamment par le fait qu'en situation économique difficile, les gens auront tendance à pousser plus loin leurs études, dans l'espoir d'avoir plus de chances de décrocher un emploi intéressant, se démarquant ainsi du lot. C'est ce qui s'est produit au début des années 1990: une récession et un taux de chômage élevé ont poussé les gens à étudier plus longtemps.

Niveau d'éducation

«Toutefois, lorsque vient le temps d'intégrer le marché du travail, les nouveaux entrants ne trouvent pas nécessairement l'emploi qui correspond à leur qualification. Les niveaux des emplois disponibles dans l'économie n'évoluent pas toujours, en effet, au même rythme que le niveau d'éducation des chercheurs d'emploi», écrit l'auteure.

Elle avance d'autres facteurs explicatifs: la valorisation d'une scolarité avancée, l'accroissement des exigences des employeurs et le fait que les babyboomers occupent toujours une bonne part des emplois, réduisant ainsi le nombre d'emplois disponibles pour les nouveaux qui entrent sur le marché du travail.

Mme Gagnon a remarqué un phénomène intéressant au niveau de la rémunération des travailleurs surqualifiés. En fait, ils sont mieux payés que leurs pairs faisant le même travail, mais moins que leur niveau d'études le permettrait.

«Ainsi, un diplômé universitaire surqualifié, car il occupe un emploi de niveau technique, à 22 $ l'heure, profite d'un salaire horaire plus élevé que ses collègues techniciens qualifiés, à 19,89 $ l'heure, mais inférieur au salaire moyen des diplômés universitaires travaillant au niveau professionnel, soit 29,08 $ l'heure. On peut donc dire qu'on reconnaît, du moins partiellement, la formation excédentaire que détient le travailleur surqualifié», écrit l'analyste dans sa recherche.