Le Canada risque de s'embourber dans la crise de l'habitation, croit un économiste

Niagara-On-The-Lake, Ont. — Le Canada risque de s'enfoncer davantage dans la crise américaine du marché de l'habitation et pourrait voir l'éclatement de certaines bulles similaires, a estimé mercredi un éminent économiste américain.

Robert Shiller, professeur à l'Université Yale et cocréateur de l'indice américain des prix des logements Case-Shiller, a dit croire que la crise du secteur immobilier américain découlait en partie d'une culture reposant sur la recherche de gains rapides, motivée par des gens qui croient que les prix des domiciles vont sans cesse augmenter.

Bien que le Canada n'ait pas connu ce genre de bulle immobilière, le pays n'est pas à l'abri, a estimé l'économiste.

Les statistiques démontrent «qu'il y a eu des phases d'expansion dans certaines villes canadiennes — Edmonton, Calgary, Vancouver — mais que les choses fléchissent ou chutent peut-être, au moins dans les villes où il y a eu phase d'expansion», a observé M. Shiller lors d'une allocution prononcée dans le cadre du Sommet économique de l'Ontario, à Niagara-on-the-Lake.

«À mon avis, il serait étonnant que le Canada ne se retrouve pas impliqué d'une façon ou d'une autre dans la bulle immobilière américaine et son éclatement subséquent (...) Nos deux pays sont remarquablement similaires, de sorte que tout ce qui se passe aux États-Unis risque fortement d'avoir des répercussions au Canada», a-t-il ajouté.

Jusqu'à présent, le Canada s'est mieux tiré d'affaire que les États-Unis, dans un environnement économique mondial instable miné par la chute des prix dans le secteur immobilier et des centaines de milliards de dollars de prêts hypothécaires non remboursés.

Toutefois, les provinces dont l'économie repose sur la fabrication, comme l'Ontario, ont été sérieusement touchées, alors que le ralentissement économique qui dure depuis le début de l'année au pays s'est intensifié, les entreprises en mal de crédit diminuant l'importance de leurs projets et réduisant leurs prévisions de croissance.

Le plan de sauvetage des institutions financières américaines proposé par l'administration Bush constitue une solution temporaire, a affirmé M. Shiller. Cependant, il a estimé que la crise financière actuelle représentait aussi une occasion de procéder aux modifications fondamentales qui s'imposent afin de stimuler les économies au ralenti des deux côtés de la frontière.

«En ce moment, nous discutons d'une solution à court terme, mais j'aimerais vraiment pouvoir voir que nous réfléchissons à nos institutions financières de façon constructive et innovatrice», a-t-il commenté.

«Le toit coule, et nous réparons le toit, mais après cette réparation, nous devrions porter attention aux fondations.»

Selon M. Shiller, ces solutions durables devraient inclure des mesures pour éduquer les gens au sujet de l'économie, pour améliorer les institutions financières et pour faire en sorte que les marchés réagissent de façon plus efficace aux risques qu'ils encourent.