Steve Forbes croit que la crise financière n'aurait pas dû atteindre de telles proportions

Le p.-d.g. de Forbes Media, Steve Forbes lors d’une allocution au forum économique mondial à Davos, en janvier 2008
Photo: Agence France-Presse (photo) Le p.-d.g. de Forbes Media, Steve Forbes lors d’une allocution au forum économique mondial à Davos, en janvier 2008

L'éditeur américain Steve Forbes croit que la crise financière provoquée par les prêts hypothécaires à risque (subprimes) et les produits dérivés de ceux-ci n'aurait pas dû atteindre les proportions que l'on sait.

«Le problème des subprimes n'est pas sa taille car, normalement, les pertes devraient être absorbables, a dit M. Forbes dans un discours prononcé à Montréal mardi.

«Un billion et quart de dollars [en anglais: 1,25 trillion, ou 1250 milliards, soit l'estimation de la valeur nominale des titres de dettes douteux mis en circulation], c'est peut-être une somme importante, mais vous devez garder à l'esprit que les actifs financiers nets des ménages aux États-Unis totalisent 30 billions, même dans la tourmente actuelle.»

«En ajoutant les maisons et les automobiles, vous devez ajouter à cela 20 billions», a-t-il poursuivi dans un discours où quelques sombres avertissements tempéraient un optimisme à tous crins.

Steve Forbes, l'héritier d'un empire médiatique qui comprend notamment le magazine économique Forbes, s'est dit confiant que le Congrès américain adoptera cette semaine le plan de sauvetage du secteur bancaire proposé par le secrétaire au Trésor, Henry Paulson.

«Les deux candidats à la présidence font pression et les élus commencent à comprendre qu'un vrai désastre menace de se produire si rien n'est fait. Il y a beaucoup de liquidités, mais elles sont gelées», a déclaré l'homme d'affaires, qui a au passage reproché à la Réserve fédérale d'avoir, avec l'aval du gouvernement Bush, mené depuis 2004 une politique du dollar faible qui a favorisé l'inflation.

M. Forbes a également reproché aux institutions semi-publiques Fanny Mae et Freddie Mac d'avoir lancé le bal des prêts à risque.

Selon lui, le problème s'est «complexifié» quand les institutions financières, ayant perdu le compte exact de certains actifs exotiques, ont dû rayer ceux-ci de leurs bilans. «Des pertes sur papier seulement», insiste M. Forbes, mais qui ont quand même obligé ces institutions à chercher de nouveaux capitaux, ce qui a fait chuter la valeur de leurs actions en Bourse.

«Les prochains mois seront difficiles, a-t-il prédit, mais si nous adoptons ce plan de sauvetage et enlevons ce papier toxique des bilans des banques, et si les États-Unis apprennent à stabiliser le dollar — le prochain président le fera si ce n'est pas l'actuel —, alors nous devrions renouer avec la croissance.»

«Jamais dans l'histoire autant de gens ont progressé aussi rapidement sur le plan économique, et ce, dans autant de parties du monde, [...] non seulement en Chine et en Inde, mais aussi en Europe centrale et orientale», a d'ailleurs rappelé M. Forbes, pour qui «l'arrêt auquel nous assistons ne devrait être que temporaire».

Selon l'éditeur, cette croissance extraordinaire est attribuable à l'«innovation», concept qui devait constituer le sujet de son exposé. M. Forbes a parlé de la révolution emmenée par Internet et par le coût décroissant de plusieurs technologies, citant les succès d'entreprises aussi diverses qu'Apple, Google et... Wal-Mart.

En terminant son allocution, M. Forbes a déclenché les applaudissements de son auditoire, constitué principalement de gens d'affaires, en proposant au Canada de réduire les impôts.

Il s'agit d'un des sujets fétiches du conférencier, qui avait, en 1996 et en 2000, brigué en vain l'investiture républicaine à la présidence des États-Unis en proposant un taux d'imposition unique.