Crise économique - L'Europe doit à son tour sauver ses banques

Le gouvernement belge a été informé vendredi que Fortis, le groupe belgo-néerlandais numéro un de l’assurance et de la banque en Belgique, risquait d’être totalement à court de liquidités. Les gouvernements ont injecté la somme totale de 11,
Photo: Agence Reuters Le gouvernement belge a été informé vendredi que Fortis, le groupe belgo-néerlandais numéro un de l’assurance et de la banque en Belgique, risquait d’être totalement à court de liquidités. Les gouvernements ont injecté la somme totale de 11,

Milan — La première banque italienne, UniCredit, s'est effondrée en Bourse hier sur des rumeurs de marché mettant en cause sa solidité financière, bien que les autorités italiennes se montrent rassurantes sur la santé du système bancaire du pays. UniCredit est la première banque italienne à être touchée par les turbulences de la crise financière qui se propage actuellement sur le continent européen.

Les autorités italiennes, dont le ministre de l'Économie Giulio Tremonti, s'étaient pourtant efforcées hier d'être rassurantes, en affirmant que la liquidité des banques italiennes était «adéquate» et que les conséquences de la crise financière sur les établissements bancaires et les compagnies d'assurances du pays «restaient contenues».

L'action du groupe UniCredit, dont la cotation a été suspendue trois fois au cours de la séance d'hier pour avoir franchi la limite de baisse, a chuté de 12,7 % à 2,59 euros à la clôture de la Bourse de Milan, dans un marché en recul de 1,1 %. Lundi, la banque avait déjà terminé la séance sur une chute de 10,3 % à 2,97 euros.

Forte d'un bénéfice net de 6,57 milliards d'euros et d'un produit net bancaire de 29,66 milliards en 2007, UniCredit est la première banque italienne, devant sa rivale Intesa Sanpaolo. Mais la chute de son cours de Bourse - près de 50 % depuis le début de l'année - l'a fait passer au deuxième rang en terme de capitalisation boursière, avec 39,7 milliards, contre 45,2 milliards pour Intesa Sanpaolo.

Le patron d'UniCredit, Alessandro Profumo, a cependant affirmé sa «tranquillité» sur la solidité financière de la banque. «Si nous regardons l'activité, nous sommes tranquilles [...], nous continuons à avoir une liquidité très importante», a-t-il dit à la presse, cité par les agences italiennes, Ansa et Radiocor. Il avait déjà tenté de rassurer ses employés dans un courrier, cité hier par la presse italienne, où il affirmait que «les coefficients de liquidité, à court ou moyen terme, sont significativement supérieurs aux limites approuvées par le conseil d'administration et à celles exigées par les régulateurs de tous les pays dans lesquels nous sommes présents».

Belgique au coeur de la tourmente

Ailleurs en Europe, la Belgique se retrouve au coeur de la crise financière avec deux opérations de sauvetage de banques sur fonds publics en deux jours, Fortis et Dexia, ce qui ne va pas contribuer à alléger sa dette nationale déjà très élevée.

Depuis vendredi, les évènements se sont précipités, obligeant les responsables politiques à redessiner en profondeur le paysage financier du royaume menacé par ce que le premier ministre Yves Leterme a qualifié hier «d'ouragan» devant le Parlement.

Le gouvernement a été informé vendredi que Fortis, le groupe belgo-néerlandais numéro un de l'assurance et de la banque en Belgique, risquait d'être totalement à cours de liquidités, a indiqué mardi le ministre des Finances Didier Reynders. Dimanche soir, les gouvernements du Benelux ont annoncé qu'ils allaient injecter dans Fortis la somme totale de 11,2 milliards, chacun des pays prenant 49 % dans la filiale bancaire de son pays.

Mais il est également rapidement apparu que le franco-belge Dexia, autre acteur majeur du secteur en Belgique dont le cours a dévissé de près de 30 % lundi, risquait lui aussi d'avoir un gros problème de liquidités, selon M. Reynders. Après une nouvelle nuit de négociations, Yves Leterme a annoncé hier, avant l'ouverture des marchés, qu'un accord avait été trouvé pour injecter 6,4 milliards dans Dexia. Il a précisé que le gouvernement fédéral belge, les trois régions du Royaume, l'État français et des investisseurs institutionnels français et belges mettront chacun la main aux portefeuilles pour participer à cette nationalisation de fait.

Dans son ensemble, la classe politique belge a salué l'action du gouvernement Leterme, qui pour une fois a fait preuve d'unité dans un climat autrement délétère du fait de la crise politique entre Flamands et francophones. Le ministre-président de la région flamande Kris Peeters a toutefois jugé que l'intervention devait rester «très exceptionnelle». «Ce n'est pas la tâche des autorités de mutualiser les pertes des banques et de les payer avec l'argent du contribuable», a-t-il lancé.

Devant les députés, Didier Reynders a reconnu qu'en injectant des milliards dans Fortis et Dexia, les autorités publiques prenaient le risque de «voir ces montants en tout ou en partie perdus». Mais il a souligné que le coût serait encore bien plus élevé si ces rouages essentiels du système devaient s'effondrer en entraînant des problèmes de financement pour les entreprises et la suppression de milliers d'emplois.

Alors que le gouvernement cherche encore quelque 5 milliards pour boucler son budget, le sauvetage de Fortis et Dexia ne devrait pas peser trop lourd sur les finances, a assuré le ministre des Finances. Il a indiqué qu'il continuait à suivre de près l'évolution des cours des quatre banques les plus actives en Belgique - Fortis, Dexia, mais aussi la néerlandaise ING et la belge KBC -, tout en soulignant qu'il n'avait «aucun élément d'inquiétude particulier concernant la KBC et ING».