Transfert et relève - Le Québec doit relever le défi du transfert annoncé des propriétés d'entreprises

Pierre-Maurice Vachon et son fils Sylvain, du Groupe Cartem-Wilco
Photo: Pierre-Maurice Vachon et son fils Sylvain, du Groupe Cartem-Wilco

Au Québec, ce n'est pas un secret, les baby-boomers prennent de l'âge. Aussi, une vague massive de départs à la retraite est à prévoir du côté des chefs d'entreprise. Si la situation n'est pas corrigée, elle risque de devenir rapidement problématique. La Chaire de développement et de relève de la PME, dont le Fonds de solidarité de la FTQ est l'un des partenaires fondateurs, s'intéresse au défi avec beaucoup d'intérêt.

Un sondage effectué par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante auprès de 3000 répondants établit des faits alarmants: d'ici 2015, sept dirigeants sur dix prévoient céder leur PME. Si tel devait être le cas, le paysage entrepreneurial québécois risque d'être grandement chamboulé.

Louise Saint-Cyr, titulaire de la Chaire de développement et de relève de la PME aux HEC, apporte toutefois un léger bémol au constat. «Si on regarde les chiffres de la population active de Statistique Canada et qu'on s'intéresse à l'évolution de la démographie, on note que, dans la catégorie des employeurs, 40 % ont plus de 50 ans. Évidemment, tous ne vont pas se retirer du même coup. Si on regarde en profondeur les statistiques, on s'aperçoit que les employeurs ont tendance à prendre leur retraite plus tard que les employés», précise la chercheure.

À défaut, donc, d'un consensus sur le pourcentage exact de retraités à venir, tous s'accordent à dire que, d'ici dix ans, de nombreux dirigeants d'entreprise se retireront du marché. Il s'agit d'un défi important qui pourrait devenir un problème si personne ne s'en charge.

«Économiquement, il faut comprendre que 48 % des emplois se retrouvent dans les PME, explique Louise Saint-Cyr. Si la transition ne se fait pas bien entre les dirigeants et les repreneurs, ce sont tous ces emplois-là qu'on remet en cause, qui sont fragilisés.»

Les deux côtés de la médaille

Le verre à moitié plein ou à moitié vide? Pour Mme Saint-Cyr, il y a deux façons d'entrevoir la situation: on peut être alarmiste ou positif. Si elle a choisi le camp de l'optimisme, elle comprend les inquiétudes liées au transfert d'entreprise.

«Qui dit changement dit défi. Si on change le leader à la tête d'une entreprise, c'est sûr que c'est un défi! On peut se dire que le changement fera beaucoup de vagues, s'inquiéter parce que les employés ne seront plus dirigés par la même personne, se demander si les fournisseurs et le banquier vont suivre. C'est sûr que ça peut être exigeant de changer un leader», commente

Mme Saint-Cyr.

Mais, pour la chercheure, qui confie avoir déjà tenu un discours un peu plus alarmiste, la situation n'est pas catastrophique. Elle compare le transfert au remplacement d'un système informatique. Si le changement est bien effectué, le nouveau système a de bonnes chances d'être efficace!

«À 55 ans, les dirigeants qui songent à leur retraite ont tendance à prendre des décisions plus sages, à prendre moins de risques, parce que tout leur portefeuille est dans leur entreprise. C'est un phénomène normal. En revanche, les jeunes sont convaincus qu'ils peuvent relever tous les défis, ils sont optimistes et ils ont l'énergie pour le faire. Si on leur donne l'occasion de prendre leur place, on peut donner une relance à l'entreprise! Il faut prendre le transfert comme une source de possibilités», affirme Louise Saint-Cyr.

S'outiller

L'un des éléments les plus laborieux du transfert d'entreprise est la prise de conscience. Pour les dirigeants qui se sont investis toute leur vie dans leur travail, qui n'ont pas développé d'autres intérêts, la possibilité de se retirer est durement envisageable. Concrètement, ce n'est peut-être pas aussi dramatique qu'un arrangement funéraire, mais pour plusieurs, c'est tout comme!

«Il y a beaucoup d'aspects à considérer dans le transfert d'entreprise, rappelle Mme Saint-Cyr. Ce n'est pas toujours évident, surtout si on est inquiet. Ça amène souvent les gens à ne pas bouger. Plus on attend, moins on a d'options. Dans ces cas-là, les gens doivent vendre rapidement, à n'importe qui, à des grosses entreprises, alors que, s'ils avaient planifié leur transfert, ils auraient eu plus de possibilités! Il faut penser qu'on devra partir un jour.»

Le Québec est choyé en matière d'outils pour venir en aide aux entrepreneurs désireux de réussir leur transfert. Sur le plan financier, des intervenants comme le Fonds de solidarité de la FTQ et la Banque Nationale sont très avenants. De son côté, la Chaire de développement et de relève de la PME, en collaboration avec ses partenaires, a élaboré un site Internet s'adressant à la fois aux dirigeants et aux repreneurs. L'objectif: proposer une démarche simple pour faciliter la transmission et permettre aux intervenants de s'approprier le processus.

Divisé en trois thèmes — «Réfléchir», «Choisir», «Agir» — le site Durevealareleve.com propose un cadre de réflexion et d'action. À l'aide de tableaux simples, de questionnaires, de pistes de réflexion, le site outille les entrepreneurs et les repreneurs pour leur cheminement.

S'il n'y a pas de recette magique pour réussir son transfert, il y a toutefois quelques bases communes à respecter. Les clés du succès? Une efficace planification du transfert, soit environ cinq ans avant la date prévue, une bonne communication entre les employés, l'employeur et le repreneur, ainsi qu'un financement adéquat de la transmission. À cela s'ajoute une grande part de respect, d'un côté comme de l'autre.

La relève

Selon Louise Saint-Cyr, les jeunes Québécois ont toutes les capacités nécessaires pour prendre la relève. Elle souligne que, lorsque le transfert est bien effectué et que les jeunes reprennent une entreprise, le chiffre d'affaires a tendance à doubler rapidement!

«En tant que professeure, je vois les jeunes et je m'aperçois qu'ils ont beaucoup de potentiel, conclut Mme Saint-Cyr. Au MBA, plusieurs se voient bien en repreneurs. Ils ont beaucoup de capacités et de l'envergure. Le plus grand défi, c'est de faire en sorte que les repreneurs puissent rencontrer les dirigeants. Si on peut réussir à le faire, je pense que ça peut être très positif. Ça permettra de pousser les entreprises québécoises encore plus loin!»

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Collaboratrice du Devoir