Menaces de récession - L'Europe exclut un plan de relance

Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker
Photo: Agence France-Presse (photo) Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker

Nice — Les pays de la zone euro ont exclu hier un plan de relance européen pour répondre aux menaces de récession économique, mais ont décidé de se donner un peu de marge de manoeuvre budgétaire, sans pour autant laisser filer les déficits.

«Nous avons exclu, et cela depuis des mois, de lancer un plan de relance européen», comme celui initié en début d'année par les États-Unis, a souligné le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à l'issue d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Nice.

«Tout d'abord, les mécanismes de transmission d'un plan de relance vers les comportements des consommateurs ne sont pas exactement les mêmes en Europe qu'aux États-Unis», a-t-il dit. Par ailleurs, «nous avons fait dans plusieurs pays d'Europe de très mauvaises expériences dans les années 70, où de grands plans de relance ont été lancés, avec un effet de très courte durée et avec pour conséquence un élargissement des déficits», a-t-il ajouté.

Le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück a affirmé également avec force être «contre un plan conjoncturel». «Cela n'a aucun sens de brûler l'argent», a-t-il dit.

Face au ralentissement économique, les ministres veulent cependant se donner un peu de lest, en «laissant jouer» leurs «stabilisateurs automatiques», a indiqué M. Juncker, qui a été reconduit lors de la réunion à la tête de l'Eurogroupe pour un troisième mandat de deux ans.

Ce mécanisme, prévu par le Pacte de stabilité et de croissance de l'UE, prévoit que les gouvernements puissent laisser le budget se détériorer un peu lors des phases de dépression économique, à condition que les limites fixées en Europe ne soient pas dépassées, à savoir un déficit pas supérieur à 3 % du PIB. Normalement, il s'applique surtout aux pays qui, contrairement à la France ou l'Italie par exemple, disposent de surplus budgétaires accumulés pendant les périodes de vaches grasses, ou affichent des déficits réduits. Mais là, «l'idée, c'est de permettre aux pays qui vont connaître une augmentation de leur déficit de ne pas lutter contre ce phénomène. Cela s'appelle du réalisme économique», a expliqué une source proche d'une délégation à Nice. En résumé: «l'idée c'est que l'on accepte que les budgets puissent dériver, surtout en 2009», ajoute ce responsable.

Néanmoins, a prévenu M. Juncker, «il n'est pas question de laisser filer les déficits publics». Une manière de mettre en garde les pays, comme la France, dont le déficit s'approche dangereusement de cette limite de 3 %.

Les ministres ont par ailleurs fait un «diagnostic commun»: celui que le «ralentissement de la zone euro était plus prolongé que ce que nous envisagions avant l'été», a noté M. Juncker. Mais il a estimé que l'Europe n'était pas menacée pour autant d'une récession généralisée.

«Il faut distinguer récession et récession technique», caractérisée par deux trimestres consécutifs de recul du PIB, a-t-il dit, le deuxième scénario n'étant lui pas exclu. Les craintes d'une récession ont pris de la consistance en zone euro, alors que le PIB a reculé de 0,2 % au deuxième trimestre comparé au premier, sur fond de ralentissement mondial et de flambée des prix pétroliers et alimentaires.

Face à la crise, les pays européens devraient par ailleurs décider aujourd'hui d'engager la Banque européenne d'investissement (BEI) dans un grand programme de financement en faveur des petites entreprises confrontées à une raréfaction du crédit. Ils devraient lui demander d'augmenter de 50 % ses prêts aux PME en 2008 et 2009, à 15 milliards d'euros au total, selon un document qui devrait être discuté samedi dont l'AFP a obtenu copie.

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