Ike approche, les prix grimpent

Selon l’agence Bloomberg, 19 % de la capacité de raffinage des États-Unis a été temporairement mise au rancart, en prévision de l’arrivée de l’ouragan Ike sur les côtes du Texas.
Photo: Agence France-Presse (photo) Selon l’agence Bloomberg, 19 % de la capacité de raffinage des États-Unis a été temporairement mise au rancart, en prévision de l’arrivée de l’ouragan Ike sur les côtes du Texas.

Pendant que l'industrie pétrolière au Texas fermait des raffineries en prévision de l'ouragan Ike, celles de Montréal transformaient du pétrole en essence hier avec une marge de profit près de quatre fois supérieure à la moyenne des huit derniers mois.

Après une première hausse jeudi, les automobilistes ont constaté avec stupeur hier une nouvelle hausse du prix de l'essence, dont le litre a bondi de 13 ¢ pour atteindre 149,9 ¢ à Montréal. À Québec, le litre se vendait 145,4 ¢.

Cette explosion de plus de 20 ¢ en deux jours à Montréal signifie que la marge de raffinage de l'essence — le profit que génère la transformation du pétrole brut en essence dans les raffineries montréalaises — se situe à environ 29 ¢ le litre. Depuis le début de l'année, la moyenne est de 7,7 ¢.

Dans la foulée de l'ouragan Katrina, la marge de raffinage s'était située à 22,6 ¢ le litre pendant le mois de septembre 2005, indiquent les données de la firme MJ Ervin. Selon les calculs de l'Association québécoise des indépendants du pétrole, il y avait eu une brève pointe à plus de 45 ¢.

En mars 2006, le Bureau de la concurrence avait conclu que rien ne permettait d'affirmer que les prix de l'essence, pendant Katrina, étaient le résultat d'un «complot national». Le Bureau avait écrit que la hausse était «attribuable à la diminution notable de la capacité de raffinage nord-américaine».

Prié de dire s'il y avait un certain abus dans la hausse des prix, le premier ministre Stephen Harper, de passage à Halifax, aurait toutefois répondu hier que cela «semble» être le cas. Selon l'agence Canadian Press, M. Harper n'a rien promis mais il a laissé entendre que des annonces viendront plus tard.

«Nous sommes prêts à prendre des mesures. Je ne vais pas élaborer les politiques au jour le jour. Nous avons des annonces dans ce domaine qui seront dévoilées au fil de la campagne», a dit M. Harper, tel que cité par l'agence.

Selon l'agence Bloomberg, 19 % de la capacité de raffinage des États-Unis a été temporairement mise au rancart en prévision de l'arrivée de l'ouragan Ike sur les côtes du Texas. De catégorie 2, l'ouragan soufflait hier des vents de 165 km/h, avec des pointes à plus de 200 km/h.

En guise d'explication des prix, Carol Montreuil, le porte-parole de l'Institut canadien des produits pétroliers, a dit que «l'infrastructure de raffinerie [dans le golfe] est affectée de façon importante».

Les automobilistes canadiens observent depuis des semaines une chute libre dans les prix du pétrole brut et attendent qu'elle se répercute à la pompe. Une partie de l'explication est attribuable à la faiblesse du dollar canadien, qui est passé de la parité à environ 94 ¢ sur la même période.

Hier, le prix du baril de light sweet crude, sur le NYMEX, a grimpé de 31 ¢ pour atteindre 101,18 $US. Il s'est brièvement négocié sous la barre des 100 $.

Devant la nouvelle hausse des prix de l'essence à la pompe, les partis ont tous saisi la balle au bond pour réclamer des changements. Dans un communiqué, Stéphane Dion, le chef libéral, a dit que son parti «prendra des mesures à court terme et procurera plus de transparence sur le marché».

Le Bloc québécois, pour sa part, est revenu sur son désir de voir le fédéral exercer une surveillance plus musclée. «Ce que M. Harper devrait faire, c'est renforcer le Bureau de la concurrence», a dit Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois. «Les entreprises ne font pas leur argent à la pompe. Elles le font à l'étape du raffinage. Ça fait des années qu'on le dit.»

Le marché pétrolier est continental. Cela signifie que le prix de l'essence qui sort des raffineries montréalaises est déterminé en bonne partie par le cours du gallon d'essence sur le NYMEX, à New York. Hier, le gallon pour livraison en octobre a terminé la séance à 2,74 $US, en baisse de 1 ¢.

Toutefois, le prix de l'essence en gros volume a explosé, notamment dans la région du golfe du Mexique. Mardi, le prix était de moins de 3 $US. Hier, il se situait à 4,85 $US. L'agence Associated Press a rapporté que les régions de New York, Chicago et Los Angeles ont aussi vu une hausse des prix.

Selon l'organisme AAA — le pendant américain du CAA — les automobilistes payaient hier 3,68 $US le gallon, l'équivalent de 1,03 $CAN le litre. Le record absolu est de 4,11 $US le gallon, établi le 17 juillet. La consommation, toutefois, est faible: les données gouvernementales ont récemment montré que la demande d'essence en juin 2008 était en baisse de 6 % par rapport à juin 2007.

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