L'action de Lehman Brothers chute encore

Le titre Lehman Brothers abandonnait 16 % à 3,54 $US hier. Il en valait près de 70 $US il y a moins d’un an et plus de 16 $US vendredi dernier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le titre Lehman Brothers abandonnait 16 % à 3,54 $US hier. Il en valait près de 70 $US il y a moins d’un an et plus de 16 $US vendredi dernier.

New York — La crainte de voir la banque d'affaires américaine Lehman Brothers incapable de trouver un repreneur faute d'engament financier du Trésor a fait chuter son action à son plus bas niveau depuis 14 ans hier.

Le week-end s'annonçait décisif pour la société, dont la viabilité semble aujourd'hui menacée et dont le sauvetage est, selon plusieurs sources, au centre de pourparlers entre sa direction, les autorités fédérales et des repreneurs potentiels.

Le titre Lehman abandonnait 16, % à 3,54 $US hier. Il en valait près de 70 $US il y a moins d'un an et encore plus de 16 $US vendredi dernier.

Bank of America (BofA) est considérée par la plupart des observateurs comme le repreneur le plus probable, mais le nom du britannique Barclays a également été cité. Le Financial Times a rapporté que BofA, deuxième banque des États-Unis par les actifs, envisageait une offre commune sur Lehman en partenariat avec le groupe de capital-investissement JC Flowers et le fonds souverain chinois China Investment Co. Lehman s'est refusé à tout commentaire.

«Je pense qu'à un certain moment, il faudra bien qu'ils arrivent à une décision», estime Rose Grant, directrice d'Eastern Investment Advisors, à propos des autorités de régulation. «Cela pourrait marquer un tournant.»

Mais les doutes sur la possibilité d'une issue rapide ont été ravivés par les informations de Reuters, obtenues de source proche du secrétaire au Trésor Henry Paulson, selon lesquelles ce dernier est «résolu» à ce que le sauvetage de Lehman ne soit pas financé par l'argent du contribuable.

Le sénateur Richard Shelby, membre républicain de la commission bancaire du sénat, a déclaré à la chaîne de télévision CNBC que le Trésor et la Réserve fédérale tentaient d'aboutir à un accord qui ne recourrait pas aux fonds publics. Mais il s'est dit incapable de garantir qu'une telle solution ne serait pas nécessaire pour empêcher une faillite pure et simple de Lehman. «J'espère qu'un grand groupe va s'y intéresser plus encore que la Fed», a dit Shelby. «Pour l'instant, les autorités, le Trésor et la Fed entre autres, essaient de boucler un accord sans argent public, comme il se doit.»

Lehman Brothers, fondée en 1850 par trois frères allemands négociants en coton, traverse la plus grave crise de ses 158 années d'existence. Mercredi, elle a annoncé que le troisième trimestre de son exercice fiscal s'était soldé par 5,6 milliards de dollars de dépréciations d'actifs et une perte — la deuxième consécutive — de 3,9 milliards. Le groupe n'est pour l'instant pas parvenu à convaincre de nouveaux investisseurs de lui apporter des capitaux frais pour consolider un bilan mis à mal par son exposition massive aux crédits immobiliers.

Bank of America repreneur?

Bank of America, première capitalisation boursière du secteur aux États-Unis, apparaît désormais comme le repreneur le plus probable, estiment la presse et les analystes.

BofA s'est refusé à tout commentaire mais certains observateurs jugent qu'une reprise de Lehman serait stratégiquement justifiée. «Je pense que Bank of America va remporter la mise pour Lehman Brothers. Les deux sociétés vont naturellement bien ensemble», juge ainsi dans une note Richard Bove, un analyste très écouté de Ladenburg Thalmann.

Le nom de HSBC a également été évoqué mais, ces dernières semaines, des dirigeants du groupe basé à Londres ont pris leurs distances vis-à-vis de la possibilité d'une opération de ce genre.

En rachetant Lehman, BofA prendrait notamment le contrôle de l'une des meilleures équipes du marché obligataire, souligne Bove. «Elle deviendrait instantanément un acteur de premier plan du secteur de la banque d'investissement [...] Elle aurait accès aux clients des marchés de capitaux dans le monde entier.»

Mais un rachat par BofA, qui a déjà racheté au printemps l'une des principales victimes de la crise du crédit immobilier, Countrywide, est encore loin d'être assuré. Le prix d'achat n'est en lui-même pas un obstacle: la valeur boursière de Lehman est tombée à 2,7 milliards de dollars environ, soit beaucoup moins que celle d'acteurs de taille inférieure, comme Raymond James Financial ou Jefferies Group. Le principal écueil se situe en fait dans le portefeuille de crédits de Lehman, estimé à 50 milliards de dollars et qui pourrait encore receler de lourdes pertes potentielles.

Le directeur général de Lehman, Dick Fuld, qui dirige la banque depuis 15 ans, a tenté en vain ces dernières semaines de préserver l'indépendance de son groupe en échafaudant un plan de cessions partielles.

Mais les mesures dévoilées mercredi en même temps que les résultats n'ont pas convaincu les investisseurs et ce nouvel échec a attisé la peur de voir les clients et les partenaires commerciaux de Lehman se détourner d'elle.

Plusieurs grands noms de Wall Street ont assuré continuer de traiter avec Lehman et hier, Standard & Poor's a dit ne pas anticiper une faillite de la banque, jugeant sa trésorerie suffisante à court terme. Tanay Azarchs, analyste de S&P, admet toutefois que les inquiétudes sont «très, très élevées».

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