Entreprises et développement - L'innovation est le moteur de l'économie

André Gamache, président-directeur général de Montréal International, croit dur comme fer que notre santé économique passe par la recherche et le développement. Il estime que l'innovation est «la clef de voûte du développement économique pour l'avenir», car elle rend les entreprises plus concurrentielles. Parce qu'elle les invite à se dépasser...

André Gamache tient les rênes de Montréal International depuis le début de l'année. L'organisme a pour mission de contribuer au développement économique de Montréal et d'accroître son rayonnement international. Avant cela, il a notamment dirigé le Conseil régional du développement de l'île de Montréal et occupé des postes stratégiques en développement industriel au sein du gouvernement fédéral. C'est dire qu'il n'en est pas à ses premières réflexions sur le rôle de l'innovation. Il en a même une définition toute personnelle: «L'innovation, c'est quand vous faites les choses encore mieux. C'est quand vous pouvez faire en sorte que le service que vous offrez ou votre produit final évolue constamment et devienne un chef de file dans son secteur.»

André Gamache tient à illustrer ses propos: «Par exemple, si votre entreprise fabrique des crayons qui sont vendus ici et que vous voulez les vendre ailleurs au Canada, vous devez ajouter une touche spéciale, créer des crayons différents des autres, parce qu'il y a là-bas d'autres manufacturiers de crayons. Si vous voulez exporter vos crayons outre-mer, il faut encore en rajouter, car la compétition y est plus féroce», explique-t-il.

La suite des choses va de soi, pour André Gamache: si une entreprise développe un produit unique qui suscite une forte demande, elle devra en produire davantage. Plus d'employés devront être engagés pour répondre à cette demande. La création d'emplois est donc intimement liée à l'innovation et en est une conséquence directe, expose M. Gamache. Ce qui fait rouler l'économie.

Il faut donc encourager l'innovation. Et, pour cela, il croit qu'il doit y avoir une «culture d'innovation». André Gamache estime que les universités sont appelées à jouer un rôle-clé en mettant de l'avant leurs ressources. Il croit aussi que des tables de concertation devraient être créées pour trouver des façons d'intéresser les jeunes aux sciences le plus tôt possible. Il croit que l'entreprise a aussi son rôle à jouer en offrant des stages aux jeunes et en continuant la formation de ses travailleurs.

Le financement pose problème

André Gamache souligne par contre que le financement de l'innovation est un problème. Cela coûte cher et les entreprises n'en ont pas toujours les moyens. «Le nerf de la guerre, c'est l'argent», conclut-il.

C'est pourquoi il trouve avantageux de mettre en contact les entreprises avec les chercheurs universitaires. De cette façon, si une entreprise n'a pas d'argent pour développer et concrétiser une idée ou une machine, les chercheurs de l'université peuvent s'en charger. Et les entrepreneurs peuvent leur offrir leurs propres compétences en retour. Car M. Gamache constate que les universités regorgent de gens brillants qui ont une foule d'idées, mais que, parfois, ils ne savent pas comment mettre en marché leurs inventions. Le partenariat entreprise-université est, à son avis, une formule gagnante.

Selon André Gamache, une autre pièce de l'échiquier économique est le rôle que peuvent jouer des organismes comme Montréal International. Ces organismes jouent un rôle important en attirant dans un centre économique donné des sociétés étrangères et des organisations internationales. Ce qui bénéficie aux entreprises locales.

Mais il croit que les villes ne devraient pas s'éparpiller pour ne pas gaspiller leurs ressources. Elles devraient donc viser certaines industries spécifiques. Montréal se tourne ainsi vers l'aérospatiale, les sciences de la vie et les technologies de l'information et des communications. André Gamache croit qu'il est optimal de créer une synergie entre les entreprises d'un même secteur. Cela leur donne un réseau d'affaires, et, en prime, des laboratoires privés sont déjà sur place. «Lorsqu'on cherche à recruter des entreprises, on va voir celles qui oeuvrent déjà dans un domaine bien ancré chez nous, comme l'aérospatiale. On n'ira pas voir des fabricants d'automobiles: ils vont aller à Windsor ou à Detroit, où il y a déjà un réseau», affirme-t-il.

L'argent du gouvernement

Le gouvernement en fait-il assez pour l'innovation? André Gamache avance que le gouvernement du Québec, tout comme celui du Canada, semble avoir compris l'importance de l'innovation pour assurer la pérennité et la vigueur de l'économie. Selon lui, ils ont tous deux développé des stratégies pour favoriser l'innovation. Les emplois générés incitent les gouvernements à y investir leurs sous.

«Montréal est un terrain fertile pour la recherche et le développement», clame André Gamache. Le président-directeur général de Montréal International aime bien vanter sa ville. Mais, selon lui, l'intérêt est justifié: «La ville est le premier centre de recherche au Canada, avant Toronto, dit-il. Et cela, peu de gens le savent.» Il explique qu'il ne faut pas seulement tenir compte des centres de recherche universitaires, car de nombreux centres de recherche privés sont aussi installés dans la métropole québécoise.

André Gamache s'inquiète par contre pour l'avenir de l'innovation. Même si le Québec et le Canada investissent beaucoup dans la recherche et les programmes de formation spécialisés, il constate que les règles du commerce international définissent de plus en plus ce qu'un gouvernement a le droit de faire et ce qu'il peut accorder en subventions. Car l'investissement gouvernemental dans la recherche est souvent perçu par les autres pays comme un avantage indu pour les entreprises. Il devient donc plus difficile pour les gouvernements d'aider les entreprises à financer la recherche et à se développer.

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Collaboratrice du Devoir

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L'Innovation et le développement des entreprises: quels sont et où sont les bons leviers?, les 6 et 7 octobre, au Centre Mont-Royal de Montréal.

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