Lehman Brothers ne parvient pas à convaincre: l'action s'effondre

Lehman Brothers retenait encore toute l'attention hier. L'action s'est effondrée, la banque d'affaires en difficulté ne parvenant pas à convaincre de sa pérennité. Wall Street a cependant résisté à ce nouvel excès de faiblesse débordant sur l'ensemble du secteur financier, les investisseurs tentant un retour du côté des ressources naturelles.

Au lendemain de l'annonce d'un plan de restructuration qualifié de timide et de peu convaincant, l'action de Lehman Brothers a perdu 41,8 % au cours de la séance, pour tomber à 4,22 $US. La chute atteint les 74 % depuis le début de la semaine, les 92 % depuis le début de l'année. Vu autrement, la capitalisation boursière de la plus petite des banques d'affaires aux États-Unis ne se chiffre plus qu'à environ 3 milliards $US, contre près de 40 milliards au début de l'année.

Le marché n'avait d'attention, hier, que pour la nouvelle perte trimestrielle de 3,9 milliards annoncée mercredi et sur l'échec du rapprochement avec un fonds sud-coréen. La crainte que Lehman Brothers ne succombe à un manque de confiance a prévalu.

En fin de journée, le Washington Post annonçait toutefois que le Trésor américain et la Réserve fédérale avaient pris en main le dossier Lehman Brothers et conduisent des négociations avec un groupe d'investisseurs privés pour aboutir d'ici la fin du week-end à une reprise de la banque d'affaires. Les détails de l'opération ne sont pas finalisés, ajoute le quotidien sur son site Internet, en citant des personnes proches du dossier.

Le Washington Post ne donne aucune précision sur l'identité des membres de ce consortium. Mais le quotidien, qui est généralement bien informé sur le Trésor, affirme que l'objectif des négociateurs est d'annoncer une transaction à la fin du week-end, avant l'ouverture des marchés asiatiques. Le Wall Street Journal parlait également de tractations dans le but de dénicher in extremis un acheteur pour la banque d'affaires.

Les déboires de Lehman Brothers ont eu des répercussions sur les actions d'autres institutions financières largement exposées au marché hypothécaire, dont le courtier Merrill Lynch, qui a vu son action chuter de 16,6 %. Également visée, la caisse d'épargne Washington Mutual a perdu 14 %.

Wall Street a cependant pu résister, hier, à ce nouveau malaise frappant le secteur financier. Le Dow Jones, indice symbolique, fermé en hausse de 164,79 points à

11 433,71 points. Plus large et plus représentatif, le Standard & Poor's 500 a augmenté de 1,4 %, ou de

17,01 points à 1249,05 points. Les observateurs ont parlé de «chasses aux aubaines», les investisseurs revenant aux titres des secteurs pétroliers et de ressources naturelles, particulièrement malmenés ces derniers jours.

D'ailleurs, à Toronto, l'indice S&P/TSX a augmenté de 115,61 points hier, pour clôturer à 12 612,76 points, malgré une nouvelle baisse des cours pétroliers, avec un baril de référence revenant à 100,87 $US à New York. L'indice baromètre perdait plus de 120 points en cours de séance. Fortement volatil et lié aux tribulations des cours pétroliers, l'indice avait repris 350 points mercredi après avoir chuté de près de 500 points mardi et de près de 1000 points la semaine dernière.

Sur les marchés de change, le dollar canadien a terminé la journée à 92,89 ¢US, en baisse de 59 centièmes.

Pour en revenir à Lehman Brothers, le marché et les analystes demeuraient sceptiques face au plan de renflouement présenté mercredi par le directeur général de la banque d'investissement, Dick Fuld. Hier, les analystes de JPMorgan, de Wachovia, de Goldman Sachs et de Citigroup ont revu à la hausse leurs estimations de pertes pour le groupe et réduit leur objectif de cours. Au cours de l'année écoulée, Lehman a dû déprécier pour plusieurs milliards de dollars d'actifs, principalement des titres liés à la titrisation de crédits immobiliers, dont la valeur a chuté avec la crise des subprimes.

«Le cours de Bourse nous dit que Dick Fuld est maintenant à court de possibilités», estime Michael Holland, fondateur de Holland & Co. «Malheureusement pour Fuld, qui avait eu très à coeur de garder Lehman indépendant, il va devoir trouver un associé, quelqu'un pour les racheter.»

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avec Reuters et Agence France-Presse

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