Transport aérien - Transat inscrit une perte et déplore les conséquences de la déroute de Zoom

Air Transat a frotement pâti de la flambée des prix du pétrole
Photo: Air Transat a frotement pâti de la flambée des prix du pétrole

Alors que les résultats de Transat ont fortement pâti de la flambée des prix du carburant au troisième trimestre, le président et chef de la direction du voyagiste, Jean-Marc Eustache s'est insurgé hier contre les conséquences néfastes pour l'industrie de la déconfiture de Zoom Airlines, le mois dernier.

Plusieurs détenteurs de billets de Zoom ont perdu leur mise puisqu'à titre de transporteur régi par le gouvernement fédéral, l'entreprise n'avait pas à déposer l'argent de ses clients dans un compte en fidéicommis. En vertu des lois provinciales sur la protection du consommateur, Transat et les autres voyagistes, y compris Vacances Air Canada (mais pas Air Canada), doivent le faire. «C'est totalement inacceptable», a lancé M. Eustache au cours de la téléconférence tenue avec les analystes financiers pour commenter les résultats. «Je pense que tout le monde devrait être traité de la même façon.»

Le dirigeant a aussi déploré que les administrations aéroportuaires laissent les transporteurs fragiles accumuler d'importantes dettes à leur égard. Zoom devait plusieurs centaines de milliers de dollars aux aéroports canadiens, des sommes qui ne pourront vraisemblablement jamais être récupérées. «Je ne comprends pas que les aéroports fassent des crédits inimaginables à ces compagnies-là et qu'après ça [...], la facture, c'est pas eux qui la prennent, c'est nous, les transporteurs restants», a affirmé Jean-Marc Eustache, en s'inquiétant pour la réputation déjà entachée de l'industrie.

«Après ça, on passe pour des voleurs, je dis bien des voleurs, auprès des clients, a-t-il lâché. [...] Je suis tanné de ça.»

Résultats

Au troisième trimestre, terminé le 31 juillet, Transat a sombré dans le rouge, déclarant une perte nette de 2,4 millions (7 ¢ par action), comparativement à des profits nets de 16,1 millions (47 ¢ par action) pendant la période correspondante de l'année dernière. Les résultats comprennent une perte hors trésorerie de 4,7 millions (3,1 millions après impôts) découlant de la perte de valeur des contrats à terme liés aux fluctuations des cours du pétrole. L'an dernier, Transat avait enregistré un gain de 3,9 millions (2,6 millions après impôts) à ce chapitre. Le chiffre d'affaires de l'entreprise montréalaise a néanmoins progressé de 15,9 % pour s'établir à 859,9 millions.

«Bien que le prix du pétrole ait diminué depuis la fin du trimestre, il demeure très élevé et a augmenté à un rythme effréné, a rappelé M. Eustache. Les augmentations de prix [imposées aux voyageurs] et l'application de stratégies de couverture, en l'occurrence, ont essentiellement permis de limiter l'impact négatif de cet état de fait, alors que la facture carburant du trimestre est supérieure de plus de 30 millions à celle de l'an passé.»

«L'environnement commercial demeure exigeant et les résultats que nous annonçons aujourd'hui correspondent à ce que nous anticipions à la fin du deuxième trimestre.» La situation a été plus difficile en Amérique du Nord, où les activités ont été déficitaires (marge négative de 2,3 %), malgré des revenus en hausse de 7,3 %. Pendant le même trimestre de l'an dernier, la marge bénéficiaire s'était élevée à 2,4 %. Grâce à la vigueur de l'euro et à l'amélioration de la performance de la filiale britannique Canadian Affair, les résultats se sont améliorés en Europe. La marge bénéficiaire est passée de 5,6 à 7 % en un an.

Malgré ses récriminations contre la déroute de Zoom, Jean-Marc Eustache a reconnu que la situation allait aider Transat, surtout que d'autres transporteurs ont réduit leur capacité au cours des derniers mois. «Quand je regarde l'été prochain, un de mes problèmes est résolu», a-t-il confié. Pour combler la disparition de Zoom, Transat a déjà annoncé l'ajout de 100 000 sièges entre le Canada et le Royaume-Uni et de 30 000 sièges entre le Canada

et ses autres destinations

européennes.

La concurrence demeure toutefois vive vers le Sud, où tous les transporteurs ont accru leur capacité pour l'hiver. Des baisses de prix sont donc à prévoir, avec des conséquences prévisibles pour les marges de Transat.

D'ailleurs, selon l'analyste David Newman, de la Financière Banque Nationale, les mauvais résultats du troisième trimestre s'expliquent en partie par la décision de Transat d'accroître sa capacité vers le Sud pour contrer le concurrent Sunwing. N'eût été de l'été médiocre que l'est du Canada a connu, la situation aurait pu être encore pire.

Par ailleurs, les ouragans qui ont frappé les Antilles au cours des dernières semaines coûteront au moins 200 000 $ à Transat, qui a dû rapatrier certains voyageurs.

M. Eustache s'attend néanmoins à ce que les marges du voyagiste soient équivalentes à celles de l'année dernière au quatrième trimestre. Le niveau des réservations est globalement supérieur à celui de l'an dernier à pareille date, a-t-il indiqué. «Nous ne ferons peut-être pas les profits que les actionnaires souhaiteraient, mais nous en ferons quand même», a glissé le président.

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