Crédit immobilier - Lehman Brothers lutte pour sa survie

Les bureaux de Lehman Brothers, à Times Square. L’établissement ne récolte pas dans l’immédiat les capitaux attendus, mais l’exécution de son plan devrait se traduire par «des comptes bien nettoyés, une réduction du risque et un redimension
Photo: Les bureaux de Lehman Brothers, à Times Square. L’établissement ne récolte pas dans l’immédiat les capitaux attendus, mais l’exécution de son plan devrait se traduire par «des comptes bien nettoyés, une réduction du risque et un redimension

New York — La banque d'affaires américaine Lehman Brothers, déficitaire pour le deuxième trimestre d'affilée, a dévoilé hier une série de mesures destinées à consolider ses finances, au lendemain d'une chute vertigineuse de son titre à la Bourse de New York.

La plus petite banque d'affaires de Wall Street, plombée par la crise du crédit immobilier, a présenté dans l'urgence quatre chantiers, essentiellement des cessions d'actifs à venir. Mais elle n'a toujours pas annoncé l'alliance avec un partenaire puissant espéré par les marchés.

L'établissement ne glane donc pas dans l'immédiat les capitaux tant attendus, mais l'exécution de son plan devrait se traduire par «des comptes bien nettoyés, [...] une réduction du risque et un redimensionnement du groupe», a indiqué son p.-d.g., l'énergique Richard Fuld, lors d'une conférence téléphonique.

Quelques heures plus tôt, la banque coréenne KDB avait confirmé avoir mis fin aux discussions sur une prise de participation au capital de Lehman. Une telle injection de fonds, espérée autour de 4 milliards US, aurait permis à la banque américaine d'éponger une partie des 7,8 milliards de dollars de dépréciations qui ont plombé ses comptes du troisième trimestre.

Interrogé sur la possibilité d'un rachat de Lehman - qui vaut désormais tout juste 5,5 milliards en Bourse - M. Fuld a assuré «ne pas avoir changé d'avis»: «si quelqu'un nous faisait une offre alléchante, nous en discuterions avec le conseil d'administration». L'établissement vieux de 158 ans, qui a vu son action perdre plus de

50 % au cours des deux dernières séances boursières, s'est d'ailleurs dit «prêt à étudier toutes les autres stratégies» possibles.

Ces annonces, qui ont accompagné la publication d'une perte trimestrielle bien pire qu'attendue de 3,9 milliards, n'ont pas franchement convaincu le marché, l'action oscillant entre le rouge et le vert à Wall Street. «Les investisseurs continuent d'attendre l'émergence d'un acheteur ou d'un partenaire», explique Jeffrey Ham, analyste du site Briefing, jugeant «facile de mettre en vente des actifs, mais moins facile de trouver un acheteur». «L'incapacité de Lehman à trouver un investisseur ou un acheteur est un signe de la méfiance qui entoure la société», a-t-il renchéri.

La direction de Lehman Brothers a expliqué de son côté avoir agi avec détermination pour réduire son exposition au marché du crédit hypothécaire à risque. Son portefeuille dans l'immobilier résidentiel a ainsi été réduit de près de 50 % entre fin mai et fin août, à 13,2 milliards.

Autre mesure-clé, le groupe a mis en vente une participation majoritaire de ses activités de gestion d'actifs, de gestion de fortune et d'investissement, espérant en tirer une plus-value de plus de 3 milliards. «Nous sommes dans les étapes finales de la vente», a assuré le directeur financier Ian Lowitt, qui espère un accord «très très prochainement».

Lehman va aussi transférer «la vaste majorité» de ses actifs - entre 25 et 30 milliards de dollars - dans l'immobilier commercial à une nouvelle société indépendante et cotée en bourse, dont les actions seront distribuées à ses actionnaires actuels.

Enfin, Lehman va réduire pratiquement à néant son dividende annuel, ramené à 5 ¢, contre 68 ¢ jusqu'ici, espérant ainsi économiser 450 millions par an.

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