Wall Street rebondit grâce au sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac

Le Trésor américain a annoncé dimanche la mise sous tutelle des organismes de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, dont l’avenir inquiétait le marché depuis des mois.
Photo: Agence Reuters Le Trésor américain a annoncé dimanche la mise sous tutelle des organismes de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, dont l’avenir inquiétait le marché depuis des mois.

La Bourse de New York a rebondi hier, la reprise en main par les autorités américaines de Fannie Mae et Freddie Mac rassurant les investisseurs sur les perspectives du marché de l'immobilier et du secteur financier: le Dow Jones a gagné 2,6 % et le Nasdaq 0,6 %.

Le Dow Jones a grimpé de 289,78 points, à 11 510,74 points, l'indice Nasdaq, à forte composante technologique, de 13,88 points à 2269,76 points, selon les chiffres définitifs de clôture. L'indice élargi Standard & Poor's 500 points a pour sa part progressé de 2,1 %, soit 25,48 points, à 1267,79 points.

À Toronto, le principal indice a continué de dégringoler, alors que les investisseurs continuaient à se débarrasser de leurs actions d'entreprises de produits de base. La journée avait pourtant bien commencé. La nouvelle de la mise sous tutelle des deux géants du crédit hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, par le gouvernement américain avait enthousiasmé les investisseurs, alors que le TSX s'emballait de 350 points. Mais le manque de confiance des investisseurs envers les matières premières a chamboulé le marché, le TSX s'écroulant finalement de 181,59 points à 12 634,83 à la fin de la journée.

L'indice TSX avait perdu presque 1000 points la semaine dernière.

Après une semaine difficile, Wall Street «a poussé un "ouf" de soulagement après la reprise en main par les autorités [américaines] de Fannie Mae et Freddie Mac», a expliqué Art Hogan, de Jefferies. Le Trésor américain a annoncé dimanche la mise sous tutelle de ces deux organismes de refinancement hypothécaire, dont l'avenir inquiétait le marché depuis des mois. «Une incertitude majeure a été levée [...] pour le marché», a résumé Al Goldman, de Wachovia. «Il s'agit là au moins du début de la fin du problème: oui, les contribuables vont payer l'addition, mais c'est la meilleure solution», a-t-il ajouté, en prédisant que le marché hypothécaire allait «revivre et les taux d'intérêt redescendre».

Les titres des deux organismes se sont effondrés, de 89,6 % à 73 ¢ seulement pour Fannie Mae et de 82,8 % à 88 ¢ pour Freddie Mac, le marché redoutant que les actionnaires, déjà privés de dividendes, soient massivement dilués lors d'une ou plusieurs augmentations de capital réservées à l'État.

Échec de la «stratégie du bazooka»

L'administration Bush, qui espérait encore en juillet ne pas à avoir à financer un sauvetage des géants du refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, s'est finalement résignée deux mois plus tard à une embarrassante volte-face, qui suscite les interrogations du Congrès.

Le président de la commission des Affaires bancaires du Sénat, le démocrate Chris Dodd, a annoncé qu'il entendait organiser une audition au plus vite pour éclaircir les zones d'ombre entourant ce plan inédit. De source parlementaire, on indiquait que des hauts responsables de l'administration seraient convoqués peut-être dès cette semaine pour expliquer pourquoi le contribuable pourrait devoir débourser jusqu'à 200 milliards de dollars pour sauver ces deux institutions à capitaux privés.

«Nous devons comprendre les circonstances qui ont conduit l'administration à changer d'attitude», a souligné M. Dodd, en rappelant qu'«il y a encore quelques semaines, le secrétaire [au Trésor] Henry Paulson avait déclaré qu'il pensait ne jamais avoir recours» à la possibilité d'intervenir que lui a accordée le Congrès en juillet.

En réclamant que le Congrès lui donne la possibilité de sauver Fannie Mae et Freddie Mac sur fonds publics, M. Paulson avait alors espéré que cette seule perspective suffise à rassurer les marchés. «Si vous avez un bazooka en poche et que les gens le savent, vous n'aurez probablement pas besoin de l'utiliser», avait-il expliqué.

Entre-temps, les marchés boursiers ont continué de malmener les valeurs financières, a-t-il expliqué hier. «Il y avait une inquiétude profonde, dans le pays et à l'étranger, largement liée au fait que ces sociétés sont tout simplement trop grosses» pour qu'on puisse se permettre de les laisser s'écrouler, a-t-il dit sur la télévision CNBC. «La situation ressemblait de plus en plus à la situation du mois de mars» , quand l'administration Bush était intervenue pour organiser la reprise de la banque d'affaires Bear Stearns, a-t-il ajouté.

Le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac a été éreinté par le courtier Peter Schiff, président d'Euro Pacific Capital, qui reproche au gouvernement d'avoir «socialisé» les pertes des organismes et de porter artificiellement un marché immobilier surévalué pour des préoccupations purement politiques. Pour M. Schiff, les déclarations passées de l'administration ne sont qu'un pur et simple «mensonge»: «Paulson savait très bien depuis le début qu'il allait utiliser la nouvelle autorité» accordée par le Congrès, a-t-il dit à l'AFP. «C'est un mensonge depuis le début [...] il savait que s'il demandait au Congrès des milliards de dollars, il aurait pu ne pas les obtenir».

La maison de courtage Lombard Odier Darier Hentsch partage ce scepticisme. «Le plan d'urgence permettra tout au plus de gagner du temps, le système de refinancement hypothécaire étant appelé à terme à subir une refonte, ce qui nécessitera alors des mesures plus radicales».

Même s'il ne s'enthousiasme pas pour le sauvetage, l'état-major démocrate du Congrès reconnaît que l'alternative était pire. «Le premier boulot [à faire], c'est d'empêcher la récession de s'aggraver», a ainsi souligné le numéro trois de la majorité démocrate du Sénat, Charles Schumer, sur CNBC, estimant qu'«il n'y avait pas d'autre choix que d'agir».

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