L'avenir est aux transporteurs qui visent des marchés ciblés, dit Porter

Le président et chef de la direction de Porter Airlines, Robert Deluce.
Photo: Agence Reuters Le président et chef de la direction de Porter Airlines, Robert Deluce.

Vu les prix élevés du carburant, l'avenir est aux transporteurs aériens régionaux qui se consacrent à des marchés bien ciblés, a estimé hier le président et chef de la direction de Porter Airlines, Robert Deluce.

«Les transporteurs qui réussissent à s'adapter aux cours du pétrole et à se concentrer sur un créneau particulier ont de bien meilleures chances de survivre à long terme que les autres», a déclaré M. Deluce à la tribune du Cercle canadien de Montréal.

Les coûts fixes des transporteurs traditionnels comme Air Canada et même des joueurs plus récents comme WestJet Airlines sont encore trop élevés pour pouvoir réagir efficacement aux difficultés de l'industrie, a-t-il fait valoir.

Le grand patron de Porter n'a pas raté l'occasion d'attaquer ses concurrents, accusant Air Canada d'être le «leader mondial des frais facturés aux passagers» et reprochant à WestJet de se complaire dans un «duopole confortable» qui détient pas moins de 93 % du marché canadien.

Aux yeux de Robert Deluce, les mégafusions, comme celle réalisée entre Air Canada et Canadien, en 2000, et celle en cours entre les transporteurs américains Delta et Northwest, n'apportent rien de bon, puisqu'elles résultent en des entités trop grandes.

«Je suis convaincu que lorsque vous devenez trop gros, vous perdez la possibilité de réagir rapidement et de façon décisive pour profiter des occasions qui se présentent», a-t-il affirmé. Puis M. Deluce s'est empressé de citer l'analyste Adam Pilarski, de la firme américaine Avitas: «Les fusions n'ont rien donné de bon dans l'histoire. Ce n'est pas une bonne idée pour deux personnes ivres de se tenir l'une à l'autre.»

Selon le dirigeant, l'échec de plusieurs transporteurs s'explique par le désir de vouloir plaire à tout le monde sans y parvenir. Zoom Airlines, d'Ottawa, s'est récemment placé sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité.

«Je ne peux pas prédire l'avenir, mais l'industrie aérienne semble avoir souvent du mal à apprendre de ses erreurs passées», a-t-il analysé.

Fort de sa flotte entièrement composée de turbopropulsés Q400 de Bombardier, très économes en carburant, Porter croit être l'un des transporteurs les plus rentables du monde en ce moment. Fondée en 2006, l'entreprise, qui n'est pas cotée en Bourse, vient d'enregistrer son premier exercice complet sous le sceau de la rentabilité. «Plus les cours du pétrole augmentent, plus l'avantage concurrentiel de Porter s'accroît», a souligné M. Deluce, en faisant remarquer que les Q400 étaient entre 30 et 40 % moins énergivores que les jets de même taille.

Le transporteur, qui assure actuellement neuf allers-retours quotidiens entre Toronto et Montréal, espère en offrir jusqu'à 15 par jours d'ici l'an prochain, de façon à offrir un service à chaque heure.

Porter possède actuellement six Q400. Elle compte en avoir 13 ou 14 dans un an et 20 d'ici 18 mois. Malgré les problèmes que connaît Bombardier au niveau de la chaîne d'approvisionnement de ses turbopropulsés, le transporteur a indiqué hier ne pas avoir connu de retards de livraison importants.

Au cours des prochains mois, Porter devra redoubler d'efforts afin de maintenir sa rentabilité alors qu'il doublera la taille de son réseau. «Notre plus grand défi est de nous assurer que nous gérons bien notre croissance, a convenu Robert Deluce. [...] Nous ne devons pas trop en prendre à la fois. Plusieurs villes aimeraient que nous les desservions, mais nous nous en tenons à notre plan d'affaires, en ajoutant des avions de manière sensée.»

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