Des pertes de dizaines de milliers de dollars - Les détaillants de fromages encaissent le contrecoup des mesures gouvernementales

Décidés à ne pas succomber à «l’hystériose», les clients de la fromagerie Hamel du marché Jean-Talon ne se sont pas inquiétés outre mesure de la visite, la veille, d’un inspecteur du ministère de l’Agriculture qui a exigé la destruction
Photo: Jacques Nadeau Décidés à ne pas succomber à «l’hystériose», les clients de la fromagerie Hamel du marché Jean-Talon ne se sont pas inquiétés outre mesure de la visite, la veille, d’un inspecteur du ministère de l’Agriculture qui a exigé la destruction

Les détaillants de fromages du Québec encaissent le contrecoup des mesures prises par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) pour contrer l'éclosion de listériose. Plusieurs d'entre eux ont perdu des milliers de dollars de fromages, et rien n'indique qu'ils seront remboursés.

Les affaires ont repris, hier, à la fromagerie Hamel du Marché Jean-Talon. Comme deux autres fromageries du marché Jean-Talon, le magasin a dû fermer ses portes, en fin d'après-midi samedi, pour une opération nettoyage d'urgence, durant laquelle une bonne partie de l'inventaire du magasin a été détruite par les employés, sous le regard attentif d'un inspecteur du MAPAQ qui craignait une contamination croisée par la bactérie Listeria des produits destinés à la vente.

Tous les fromages qui sont entrés en contact avec les plateaux, les couteaux et les tranchoirs ont été jetés sans distinction. La crainte: une contamination croisée avec les fromages 14 arpents et Rassembleu suspectés d'être infectés par la bactérie Listeria.

La gérante de la fromagerie, Chantal Vinette, estimait, hier, à près de 50 000 $ la valeur des pertes. «Nous ne tenions [à la fromagerie du marché Jean-Talon] que le 14 arpents, mais tout ce que nous avions dans le comptoir a été détruit. Ça fait seize ans que je travaille ici et je n'ai jamais vu ça», explique Mme Vinette. «Il y a eu des rappels dans le passé, mais là c'est démesuré. On a rempli trois palettes de stock. C'était désolant», ajoute le copropriétaire des fromageries Hamel, Yann Picard.

Même son de cloche au marché Atwater où des inspecteurs ont obligé le propriétaire d'une fromagerie à jeter pour 100 000 $ de produits, samedi. En colère, le propriétaire de la Fromagerie Atwater, Gilles Jourdenais, dit comprendre les préoccupations pour la santé publique, mais il estime que les mesures prises sont disproportionnées. Il a ajouté qu'il n'y a aucune preuve que tous ces fromages aient été contaminés.

«Qui va payer? Nous. Personne d'autre. Ce n'est pas une épidémie de choléra. J'ai l'impression que nous cédons à la panique», a dit le propriétaire du Comptoir des saveurs, avenue Laurier, à Montréal, Patrick Boucher.

Mesures draconiennes

Le directeur de la Direction de la coordination de l'inspection et des mesures d'urgence du MAPAQ, Guy Auclair, a reconnu que les mesures prises pour enrayer la flambée de listériose étaient «draconiennes», mais il les a justifiées par la virulence de la souche de bactérie Listeria et la gravité des maladies causées par cette bactérie.

Des inspecteurs ont visité les 300 détaillants québécois qui vendent les fromages qui figurent sur la liste de rappel et se sont assurés que tous les produits potentiellement contaminés ont été jetés. Ils ont aussi supervisé la désinfection de toutes les surfaces de travail. «Nous voulons assurer aux consommateurs que tout est fait pour garantir la sécurité alimentaire», a affirmé Guy Auclair.

Cette décision survient après le rappel de trois fromages produits par les Fromagers de la table ronde, à Sainte-Sophie, dans les Laurentides — le Fleurdelysé, le Fou du Roy et le Rassembleu — et de huit fromages de la fromagerie Médard de Saint-Gédéon au Lac-Saint-Jean — le Rang des Îles, le 14 Arpents, les Petits Vieux, le Gédéon, le Médard, le Couvertine, le Cabrouet et les Cailles.

La bactérie Listéria a été trouvée sur les surfaces de travail et dans les produits destinés à la vente de ces deux fromageries. Guy Auclair n'a cependant pas pu expliquer les causes de la contamination de ces deux fromageries, ajoutant que son équipe tentait encore de connaître la source de l'éclosion. «Cela aurait pu arriver à deux, trois autres entreprises», a-t-il dit.

Le Québec connaît, en moyenne, 50 cas de listériose par année. Le ministère de la Santé avait signalé 63 cas en 2007 et 49 en 2006.

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Avec la Presse canadienne

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