À cause de la flambée du brut et des matières premières - Renault pourrait freiner le lancement de ses gros modèles

Dans une usine d’assemblage Renault
Photo: Dans une usine d’assemblage Renault

Paris — La stratégie de Renault visant à améliorer sa marge opérationnelle pourrait se trouver fragilisée par la décision du deuxième constructeur automobile français de réexaminer le lancement de certains modèles haut de gamme face à la flambée des prix à la pompe.

Le constructeur au losange, comme les autres producteurs à gros volume, cherche à doper ses ventes pour réduire ses coûts de production unitaires en dépit de la hausse du prix de matières premières comme l'acier, l'aluminium ou les plastiques. Les ventes dans les pays émergents comptent pour beaucoup dans cette stratégie.

Renault a également différé le mois dernier le remplacement de l'Espace, une décision jugée sage dans un contexte commercial peu favorable à ce type de véhicule. «Cela s'inscrit dans une tendance générale, Renault n'est pas le seul constructeur à freiner sur les plus gros modèles», estime Adam Jonas, analyste chez Morgan Stanley.

À plus long terme toutefois, ce coup de frein au développement du haut de gamme «n'est pas positif car les plus petits modèles ont tendance à être moins rentables», avertit cependant Jonas.

Carlos Ghosn, le p.-d.g. de Renault et de son affilié japonais Nissan, mise à la fois sur une montée en gamme et sur les modèles bon marché avec la Logan et un futur véhicule ultra-low cost développé avec l'indien Bajaj.

Le lancement de la nouvelle famille Mégane, le modèle le plus vendu du groupe, est programmé pour le salon de l'automobile de Paris en octobre et constitue à ce titre le prochain rendez-vous le plus attendu.

Les analystes de Natixis Securities écrivent dans une note à leur client que les 6% de marge opérationnelle visés par Ghosn pour 2009 dépendront «beaucoup» du succès de la nouvelle voiture.

Si Renault venait à moins se concentrer à l'avenir sur le développement du haut de sa gamme, les analystes estiment aussi que l'une des grandes ambitions du plan «Contrat 2009», lancé peu de temps après l'arrivée de Ghosn à la présidence du groupe en 2005, et visant à accroître le revenu par véhicule, pourrait être de plus plus en plus difficile à atteindre.

«[C'est] l'un des principaux piliers de la stratégie de Ghosn» souligne Jonas. «Cela ne semble pas fonctionner, et pour personne.»

Renault est le cinquième constructeur automobile en Europe derrière Volkswagen, Peugeot Citroën, Ford et General Motors, et se range devant Fiat.

Le français représentait 10 % de la production du secteur au niveau mondial en 2007 mais se classe au troisième rang mondial derrière Toyota et GM, et devant Volkswagen, si l'on inclut la production de Nissan, dont il détient 44 %, et de son partenaire russe à 25 %.

Renault a annoncé le mois dernier une détérioration bien plus marquée que prévu de son environnement économique et visé une production de plus de trois millions de véhicules en 2009, soit 300 000 de moins qu'anticipé précédemment.

Le groupe a aussi prévu d'augmenter ses prix et de geler ses embauches en Europe.

Renault a provisionné 101 millions d'euros liés à la suspension du programme de remplacement de l'Espace, et Jonas de Morgan Stanley craint de nouvelles provisions, éventuellement dès la publication des résultats du second semestre 2008.

«Si les flux de revenus attendus diffèrent sensiblement du budget de Renault, il pourrait y avoir d'autres dépréciations ou provisions», a-t-il prévenu.

Une porte-parole de Renault a de son côté qualifié de «spéculations» un récent article du quotidien La Tribune selon lequel le groupe allait reporter le travail de développement sur le modèle appelé à succéder à la Vel Satis, la voiture la plus haut de gamme de Renault.