Le marché du travail montre des signes de faiblesse

Derrière le taux de chômage en baisse au mois de juillet, les données de Statistique Canada publiées hier montrent que l'économie canadienne a vécu son pire mois depuis 1991 avec la disparition de 55 200 emplois, dont plus de la moitié en sol québécois. Le travail à temps plein a reculé pour la quatrième fois en cinq mois.

Selon les économistes, cette contre-performance brosse le portrait d'un marché du travail qui a clairement commencé à plié l'échine, affecté par le ralentissement américain mais aussi, en juillet, par l'affaiblissement du secteur des services qui avait jusqu'ici tenu le fort.

Sur l'ensemble, la majeure partie des pertes est survenue dans le travail à temps partiel. De plus, les chiffres suggèrent que les 15-24 ans ont été moins nombreux à décrocher un boulot d'été ou ont tout simplement décidé de faire autre chose. «Alors que la plupart des prévisionnistes s'attendaient à une légère croissance de l'emploi en juillet, les résultats de ce matin sont très décevants», a écrit Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins.

Le mois de juin s'était soldé par un recul de seulement 5000 postes. Le fait qu'il soit suivi par des chiffres aussi mauvais en juillet «suscite des inquiétudes», a dit M. Durocher.

L'agence fédérale a indiqué que le taux de chômage canadien est passé de 6,2 % à 6,1 %. Cette particularité statistique est due au fait que le nombre de personnes qui ont quitté les rangs de la population active est plus grand que le nombre d'emplois qui ont disparu.

L'affaiblissement se concrétise

«Nous avons souvent signalé l'importante marge d'erreur dans les données de l'emploi, mais il est évident que le marché du travail faiblit», a écrit l'équipe d'économistes de Merrill Lynch dans une note de recherche. Depuis le début de l'année, ont-ils précisé, l'économie canadienne a créé seulement 10 000 emplois par mois, trois fois moins que tout au long de 2007.

Au Québec, où 29 700 emplois ont été perdus, le taux de chômage a grimpé de 7,2 % à 7,4 %. Il aurait augmenté encore plus si les 22 400 personnes qui se sont retirées de la population active étaient demeurées sur le marché du travail ou à la recherche d'un emploi.

Entre autres, le marché québécois a vu l'effacement de 16 000 postes dans les services d'enseignement. Conséquence du début des vacances? Pas vraiment. M. Durocher a indiqué que le secteur a perdu 5000 emplois depuis un an, mais il n'arrive pas à expliquer l'hécatombe de juillet. «Les données sont désaisonnalisées, alors on ne devrait pas voir de variations saisonnières», a-t-il dit.

Par ailleurs, les données globales du secteur de la fabrication au Québec ont repris du galon au fil du temps. Hier, Statistique Canada a révélé que l'industrie a gagné près de 4000 emplois en juillet, et plus de 18 000 depuis décembre 2007. Sous cette tendance se cachent des secteurs extrêmement amochés, comme l'industrie forestière, mais l'industrie aéronautique semble offrir du soutien.

«En Ontario, ils souffrent beaucoup des problèmes du secteur automobile, mais au Québec, l'aéronautique, qui compte pour beaucoup dans le manufacturier, va beaucoup mieux», a dit M. Durocher.

La piètre performance du marché du travail a fait dire aux économistes que, malgré la pression inflationniste, la Banque du Canada y pensera deux fois avant de hausser son taux directeur. De manière générale, ils ne voient aucune modification du taux d'ici le début de 2009. Selon Merrill Lynch, au cours des prochains mois, la banque centrale s'inquiétera plus des questions de croissance que de celles portant sur l'inflation.

La menace de récession qui plane

Le Mouvement Desjardins estime toujours que l'économie canadienne est au bord d'une récession, en raison surtout de la faiblesse de l'Ontario. Du côté de la Financière Banque Nationale, on estime là aussi qu'une récession est «possible», mais un de ses économistes, Stéfane Marion, a écrit qu'«il est important de noter que les pertes d'emplois à temps plein restent moins fortes que ce qu'on observe pendant les récessions accompagnées d'une contraction de la demande domestique».

L'emploi à temps plein a glissé de 7100 postes, comparativement à une chute de 48 100 dans le temps partiel.

Le secteur privé semble avoir été en panne, a pour sa part noté Erin Weir, économiste au siège des Métallos canadiens, à Toronto. Alors que le secteur public a créé près de 30 000 emplois au cours du mois, le secteur privé a baissé les bras complètement et observé la disparition de plus de 95 000 postes.

«Autrement dit, près de 1 % des emplois du secteur privé ont été rayés en un seul mois», a écrit M. Weir. Il a estimé que la faiblesse du secteur manufacturier, en Ontario surtout, constitue un argument de plus qui milite en faveur d'une intervention gouvernementale et d'un débat sur l'avenir du secteur.