Élaboration d'une politique nationale - Le Canada veut sauver son industrie automobile

Toronto — Le Canada, où un emploi sur sept est lié à la construction automobile, réfléchit à l'élaboration d'une «politique nationale» en faveur de ce secteur qui a vu 15 000 emplois disparaître ces trois dernières années.

Incitations fiscales, consultations avec les constructeurs, amélioration des infrastructures et promotion de l'enseignement qualifié, l'État réfléchit à une «approche nationale» pour sauver son industrie, explique John Banigan, adjoint au vice-ministre des Transports.


Pour autant, «personne à ma connaissance ne parle de subventions ou protectionnisme, il s'agit plutôt de savoir ce que l'industrie peut faire elle-même pour s'aider», tout comme le gouvernement pour attirer les entreprises, précise aussitôt M. Badigan.


Pas question en effet de répéter le Pacte de l'auto, une politique interventionniste remontant à 1965, et qu'Ottawa a été contrainte d'abandonner en février 2001 sur l'autel du libre commerce. Ce pacte, qui a fait beaucoup pour implanter l'industrie automobile au Canada, ouvrait sans droits de douane le marché canadien aux constructeur américains, à condition qu'ils s'engagent à y produire autant de voitures qu'ils en vendaient.


Européens et Japonais, s'estimant lésés, avaient porté plainte devant l'Organisation mondiale du commerce qui leur avait donné raison en 1999, forçant Ottawa à mettre fin à l'accord. Aujourd'hui, les constructeurs américains n'ont plus autant d'intérêt à fabriquer au Canada, même si les coûts de production restent avantageux.





Énorme enjeu


L'enjeu est énorme: le Canada a produit l'an dernier 2,1 millions de véhicules légers et exporté, essentiellement vers les États-Unis, pour 29,7 milliards de dollars de pièces automobiles.


La pourtant très libérale province de l'Ontario, bastion de l'industrie automobile qui fournit un emploi sur six, semble prendre les devants. Elle se dit ouverte à toutes les options, même les subventions. Le ministre aux Entreprises de l'Ontario, Jim Flaherty, a annoncé la semaine dernière qu'il présenterait le mois prochain un plan d'action pour l'automobile, n'écartant pas la possibilité d'une aide financière à Ford et DaimlerChrysler pour éviter des fermetures d'usines attendues l'an prochain.


«Nous avons convenu de poursuivre nos discussions et de nous assurer que nous prendrions de nouvelles mesures pour développer une stratégie nationale de l'automobile», a-t-il précisé après une rencontre avec les représentants du secteur lors d'une table ronde à Toronto. Il n'a pas caché que la province caressait l'idée d'incitation fiscale, avançant en terrain miné, comme l'a immédiatement montré la réaction d'un responsable de Honda, soulignant qu'aider un constructeur revenait à désavantager les autres.


À l'écoute des constructeurs, l'Ontario essaie de leur assurer un vivier de travailleurs qualifiés et de résorber l'encombrement du trafic à la frontière avec les États-Unis depuis que les contrôles policiers ont été renforcés après le 11 septembre.





Le bâton après la carotte


Les syndicats, eux, trouvent que le bâton doit suivre la carotte. Buzz Hargrove, président des TCA, le syndicats des travailleurs de l'automobile et l'aérospatiale, estime que si les constructeurs veulent avoir accès au septième marché automobile mondial, ils devraient s'engager à produire et employer au Canada. «Nous attendons du gouvernement une politique qui aide à endiguer les pertes d'emplois dans l'industrie automobile», a dit celui qui va conduire ces prochains mois les négociations pour le renouvellement des contrats de travail avec les Big Three, DaimlerChrysler, General Motors et Ford.


Il compte bien y utiliser tous ses leviers d'influence pour empêcher les fermetures d'usines attendues, comme celle des camions Ford d'Oakville, en Ontario (1500 emplois) ou celle de GM à Sainte-Thérèse, où travaillent 1400 Québécois.