Dépassement symbolique des 140 $ le baril - Les prix du brut poursuivent leur course endiablée

Londres — Les cours du pétrole ont continué hier de moissonner les records, au lendemain du dépassement symbolique des 140 $ le baril, dans un contexte de fortes incitations: des Bourses en berne, la Libye qui agite l'arme pétrolière et des pronostics de prix vertigineux.

Après avoir franchi pour la première fois jeudi soir le cap symbolique des 140 dollars à Londres comme à New York, les cours de l'or noir continuaient à moissonner les records. Après avoir manqué de peu les 143 $US en séance, les cours du pétrole ont clôturé pour la première fois au-dessus des 140 $US le baril hier, affolant les Bourses mondiales, inquiètes de l'impact de tels prix sur l'inflation et la croissance.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» pour livraison en août a terminé la séance en hausse de 57 ¢US sur jeudi soir, à 140,21 $US, un record de clôture.

À Londres, le baril de Brent pour la mer du Nord pour livraison en août a quant à lui fini à 140,31 $US (+48 ¢US), un plus haut en clôture également

Pour la deuxième journée consécutive, le cours de l'or noir a aligné les records en séance. Alors qu'il était encore installé à 100 $US en début d'année, le prix du baril de brut a atteint hier jusqu'à 142,99 $US à New York et 142,97 $US à Londres. Sur la semaine, la progression est d'environ 6 $US.

De 150 à 170 $ cet été

Les prix pourraient atteindre les 150 à 170 $US cet été, selon Chakib Khelil, président de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Le président du groupe énergétique russe Gazprom, Alexeï Miller, prédit lui les 250 $US le baril à terme, dans une interview accordée au quotidien britannique Financial Times d'hier.

«La faiblesse continue du dollar et l'arrivée d'argent frais sur les marchés pétroliers en provenance des Bourses sont derrière les sommets constatés aujourd'hui», a expliqué John Kilduff, analyste à la maison de courtage MF Global. Le billet vert, monnaie dans laquelle est vendu le brut, a continué de s'effriter jeudi face à l'euro, donnant ainsi l'opportunité aux investisseurs hors zone dollar d'investir dans l'or noir.

La possibilité d'une hausse des taux d'intérêt en zone euro plombe le dollar, dont la rentabilité pourrait fondre davantage en raison des taux d'intérêt très bas aux États-Unis. Après être restés jusqu'ici attentistes, les compagnies aériennes — les plus touchées par le pétrole cher — et les raffineurs se sont également lancés à l'achat pour se prémunir d'une envolée inexorable des prix, ont rapporté les analystes.

«Il est difficile de prédire la fin de cette bulle», avance Phil Flynn, analyste au cabinet Alaron Trading. «Beaucoup d'investisseurs ont déserté les Bourses pour investir dans le brut.» Comme la veille, la plupart des Bourses mondiales ont souffert hier: l'embrasement des prix du pétrole affecte les bénéfices des entreprises, dont le transport est une dimension essentielle, et contraint les ménages à réduire leurs dépenses.

Selon un véritable cercle infernal, les prix du pétrole profitent de la désaffection des investisseurs pour les Bourses d'action, qui elles-mêmes pâtissent lourdement du pétrole cher. «Il faut observer que les flux financiers ont quitté les Bourses de valeurs, qui ont enfoncé des planchers. Selon la répétition de schémas observés plus tôt cette année, quand l'argent n'a pas d'endroit où aller il se retrouve coincé dans les matières premières, car c'est l'un des rares instruments financiers qui le fasse vraiment fructifier», observait Olivier Jakob, du cabinet Petromatrix.

«Les prix du pétrole attisent les craintes d'inflation, mettant à mal les marchés d'actions ce qui, par ricochet, entraîne une nouvelle poussée des prix des matières premières, où les investisseurs viennent chercher de meilleurs rendements», renchérissait Michael Davis, de la maison de courtage Sucden.

L'affaissement de la devise américaine augmentait encore la séduction du pétrole aux yeux des spéculateurs: lorsque le billet vert baisse, ils tendent à acheter des matières premières vendues en dollars pour se prémunir contre l'inflation. En toile de fond, les prix restaient soutenus par un cocktail très haussier composé d'inquiétudes sur les disponibilités futures d'or noir, de tensions géopolitiques et de pronostics très haussiers sur les prix de l'or noir, semblant jouer comme autant de prophéties auto-réalisatrices.

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