Malgré des surplus de plus de huit milliards - Ottawa doit compter avec l'Irak

Bien qu'il convienne désormais qu'il bouclera l'année avec un surplus budgétaire au moins deux fois plus élevé que les quatre milliards officiellement annoncés jusqu'à maintenant, le vice-premier ministre et ministre des Finances, John Manley, n'en promet pas moins de faire preuve de «prudence» et de «discipline» face aux provinces en matière de santé ainsi que dans la préparation de son prochain budget, et ce, notamment pour faire face aux impacts d'une éventuelle guerre en Irak.

«Évidemment, une guerre au Moyen-Orient, en Irak, pourrait avoir un impact sur l'économie canadienne. Que nous y participions ou non, il y aura de l'incertitude, un dérèglement dans le prix du pétrole», a-t-il déclaré hier à Montréal au terme d'une rencontre prébudgétaire avec une trentaine de représentants du monde des affaires, des universités, des municipalités et de groupes sociaux. C'est là, a-t-il ajouté, une démonstration de l'importance pour Ottawa de se réserver en tout temps des surplus budgétaires d'au moins trois milliards afin de pouvoir réagir au besoin.

Ce qui devrait tout de même laisser des surplus de plus de cinq milliards cette année, a-t-il indirectement reconnu pour la première fois hier. Affirmant pour sa part préférer continuer à utiliser les dernières prévisions officielles faites à la fin du mois d'octobre, qui établissaient le niveau de ces surplus totaux à quatre milliards, il a aussi reconnu que les plus récentes évaluations du Conference Board, qui fixaient mercredi ce montant à 8,7 milliards, ne sont «pas très différentes de nos prédictions».

Ce qui ne signifie pas que les provinces auront la partie facile lors de la rencontre des premiers ministres, la semaine prochaine à Ottawa, dans l'épineux dossier du déséquilibre fiscal et du financement des soins de santé, a-t-il averti. Le fardeau de la dette sur le budget fédéral, à 23 % des dépenses totales, continue d'être deux fois plus important que celui des provinces (11 % en moyenne), a dit John Manley. De plus, si les Canadiens ont clairement fait savoir que l'amélioration des soins de santé constitue leur priorité, le gouvernement fédéral entend aussi s'occuper de lutte contre la pauvreté chez les enfants et de réduction de la pollution.

Réduire les impôts

Le ministre n'en a pas moins voulu se montrer rassurant à l'égard des nombreux gens d'affaires venus hier lui répéter, avec la plupart des représentants du monde universitaire, les vertus d'un budget équilibré, du remboursement de la dette, d'une réduction des impôts et de l'élévation de la limite de contribution aux REER. Il a affirmé que la promesse de l'an 2000 de réduire l'impôt des particuliers de 100 milliards en cinq ans sera tenue. Il s'est également dit convaincu que l'assainissement des finances publiques est à la base de la santé économique et de la crédibilité internationale du pays.

Il en a d'ailleurs profité pour décocher une flèche à l'administration Bush au passage: «Il faut de la discipline, a-t-il déclaré. La communauté d'affaires doit compter sur nous. Nous ne ferons pas de déficit, nous ne perdrons pas le contrôle de nos dépenses. Si vous étiez à New York plutôt qu'à Montréal aujourd'hui, vous feriez face cette année à un déficit budgétaire de 200 milliards $US au niveau fédéral. Nous sommes déterminés à ne pas suivre cette voie.»

Pour ce faire, a-t-il expliqué, il faudra «trouver un moyen de réviser des dépenses afin que nous puissions avoir plus d'efficacité, peut-être changer des priorités de temps à autre».