À la recherche des causes du pétrole trop cher

Les ministres des Finances de la France et du Japon, Christine Lagarde et Fukushiro Nukaga
Photo: Agence France-Presse (photo) Les ministres des Finances de la France et du Japon, Christine Lagarde et Fukushiro Nukaga

Osaka — Les ministres des Finances des pays du G8 ont entamé hier à Osaka une réunion de deux jours pour analyser les causes de l'explosion des cours du pétrole, phénomène qui menace «la stabilité de la croissance mondiale», selon leur projet de communiqué final.

Le baril de pétrole a frôlé la barre des 140 $US la semaine dernière. L'inflation qui en résulte menace la reprise d'une économie mondiale qui n'est toujours pas complètement remise du cataclysme financier lié aux crédits immobiliers à risques américains subprime.

«Les marchés financiers américains sont en train de retrouver la stabilité, mais nous sommes encore loin de pouvoir baisser la garde», a estimé le ministre des Finances japonais, Fukushiro Nukaga, qui préside la réunion d'Osaka.

Le G8 comprend les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, le Canada et la Russie.

Selon une source du G8, le communiqué final de la réunion affirmera aujourd'hui que «les prix élevés des matières premières, particulièrement ceux du pétrole et de l'alimentation, constituent de sérieux défis pour la stabilité de la croissance mondiale». Ces prix élevés «ont de graves implications pour les plus vulnérables, et pourraient accroître les pressions inflationnistes dans le monde», poursuit le projet de texte, cité par cette source. «Ces conditions rendent nos choix politiques plus compliqués. Nous demeurerons vigilants et nous continuerons à prendre des mesures individuelles et collectives pour assurer la stabilité de nos économies et de celles du monde entier», ajoutent les ministres.

La ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, a souhaité que le G8 recherche les causes de «la volatilité erratique» des cours du pétrole, déplorant l'absence d'explication claire au phénomène. «On est en besoin d'informations tangibles sur les réserves, les stocks, le fonctionnement des marchés, les capacités de production et de raffinage», a affirmé Mme Lagarde, plaidant pour que le FMI enquête à ce sujet. Le G8 a sommé à plusieurs reprises ces derniers mois l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) d'augmenter sa production pour faire baisser les cours. L'OPEP est restée sourde à ces appels.

Selon une autre source du G8, le communiqué final de la réunion d'Osaka devrait adresser un nouveau message à l'OPEP. «Il y aura probablement un message aux pays producteurs sur ce qu'il faut faire pour desserrer la contrainte d'offre à moyen terme. C'est-à-dire qu'il faut investir dans les capacités de production et, à court terme, utiliser les capacités de production existantes» au maximum, a expliqué cette source.

L'OPEP affirme que la principale cause de la flambée des cours est la spéculation, ce que contestent les États-Unis qui accusent exclusivement le manque de production. Cette dernière opinion ne fait toutefois pas l'unanimité au G8. «La poule qui chante est celle qui a pondu l'oeuf», a philosophé le ministre des Finances italien Giulio Tremonti, reprenant un proverbe de son pays. Il sous-entendait par là que les marchés américains sont en fait au coeur du problème de spéculation pétrolière dont Washington nie l'importance.

Même si elle ne figure pas au menu officiel du «G8 Finances», la question des taux de change devrait occuper un rôle central dans les discussions. Les États-Unis multiplient actuellement les déclarations en faveur d'un redressement du dollar face aux autres devises.

«La défense du dollar est devenue une question urgente», a estimé le ministre japonais des Services financiers, Yoshimi Watanabe. «J'ai l'impression qu'il y a un lien très étroit entre l'instabilité sur les marchés financiers, le rapport euro-dollar et la hausse des prix du pétrole», a pour sa part déclaré Mme Lagarde.

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