Centrale des syndicats du Québec - Après la tempête, un peu de calme...

Réjean Parent, le président de la Centrale des syndicats du Québec. «Lors de son premier mandat, le gouvernement Charest sabrait à grands coups de tronçonneuse dans les acquis sociaux. Aujourd’hui, il a posé un silencieux à sa tronçonneuse! Ma
Photo: Jacques Grenier Réjean Parent, le président de la Centrale des syndicats du Québec. «Lors de son premier mandat, le gouvernement Charest sabrait à grands coups de tronçonneuse dans les acquis sociaux. Aujourd’hui, il a posé un silencieux à sa tronçonneuse! Ma

Selon Réjean Parent, le monde syndical traverse une «zone de calme» après des années de tempête. Ce calme provient en bonne partie de ce que nous sommes dirigés depuis un an par un gouvernement minoritaire.

«On a un gouvernement qui est passablement moins agressif et ses attaques n'ont pas la même ampleur, indique le président de la Centrale des syndicats du Québec. Voilà qui nous permet de revenir à nos dossiers de développement, ce qu'on a moins eu l'occasion de faire au cours du premier mandat du Parti libéral.»

C'est ainsi que la CSQ, dont une bonne partie des membres oeuvrent en éducation, a entrepris une consultation pour cerner ce qui se passe sur le terrain. «Nous sommes en l'an 2 de notre campagne Rendez-vous Éducation, explique M. Parent. L'an 1 a été une phase de consultation sommaire — en groupes de discussion et en instances nationales — pour faire ressortir les grandes préoccupations de nos membres. Voici qu'à l'occasion de l'an 2, nous allons à la rencontre de nos membres afin qu'ils témoignent de ce qu'ils vivent concrètement et nous fassent part des solutions qu'ils préconisent pour résoudre les problèmes qu'ils rencontrent.»

Il s'agit en quelque sorte d'une commission extraparlementaire sur l'éducation ayant pour objectif de consolider les positions du mouvement syndical. «Nous cherchons à concevoir une proposition globale portée par l'ensemble de la société — et non pas seulement par les syndicats — puisque nous rallions également les organismes populaires, donc tous les acteurs du monde de l'éducation, rectifie M. Parent. En fin de compte, notre objectif est de remettre l'éducation en première ligne, car nous considérons qu'il s'agit de l'instrument le plus puissant pour agir à la fois sur la santé, sur la pauvreté et sur la liberté des individus.»

À cette fin, les dirigeants de la CSQ font la tournée des régions, s'arrêtant dans onze villes. Ils actualisent ainsi leur vision de l'éducation, ce qui devrait leur permettre, lors de l'an 3, d'entamer une mobilisation sociale d'envergure.

Attention à la «tronçonneuse» de Jean Charest

Même si le Parti libéral est minoritaire à l'Assemblée nationale, ses «appétits» n'ont pas pour autant diminué, constate Réjean Parent. «Le gouvernement est obligé d'y aller à petites doses, dit-il. Il est plus prudent, moins arrogant, mais je ne pense pas qu'il ait modifié son ordre du jour et qu'il soit plus à l'écoute...» Pour illustrer sa vision, le chef syndical lance l'image suivante: «Lors de son premier mandat, le gouvernement Charest sabrait à grands coups de tronçonneuse dans les acquis sociaux. Aujourd'hui, il a posé un silencieux à sa tronçonneuse! Mais il n'y a pas moins de dégâts, c'est simplement moins fracassant.»

À ses yeux, il ne faut pas penser que Jean Charest est désormais à l'écoute des plus démunis et qu'il gouverne pour l'ensemble des Québécois. «J'ai la conviction que si le Parti libéral avait été reconduit de façon très majoritaire, son plan de démolition se serait poursuivi allègrement, affirme Réjean Parent. M. Charest nous aurait dit: "J'ai le mandat... les Québécois m'ont compris!"»

«On est par contre forcé de constater que ce gouvernement est moins arrogant, qu'il est à la recherche de consensus», admet M. Parent. Ainsi, en éducation, il constate que le ministère s'est mis «en mode recherche de solutions» et qu'il est plus prudent. «Je pense que le ministère a compris que les solutions magiques — du genre bulletin chiffré et dictée instantanée — ne sont pas réalistes. En fait, il n'y a rien de magique en éducation: il faut travailler!»

Le président de la CSQ est par contre plus circonspect en ce qui concerne la santé. «Si on avait été face à un gouvernement majoritaire, j'ai la ferme conviction que nous assisterions à une mise en oeuvre accélérée des recommandations du rapport Castonguay. Tandis que là, les libéraux sont obligés de retenir leur appétit... Ils sont obligés de ranger leur tronçonneuse...»

Même constat à propos du rapport Montmarquette, qui préconise d'importantes augmentations de tarification. Le chef syndical se dit convaincu que la ministre des Finances — qui l'a récemment traité de «grand rêveur» — aurait appliqué sans retenue ces recommandations. «Mme Jérôme-Forget a émis des réserves, dit-il. Mais moi, je suis certain d'une chose: elle devait saliver, l'écume devait lui couler des deux côtés de la bouche...»

Mettons fin à la cyberintimidation à l'école

L'un des problèmes qui préoccupent le plus la CSQ est le phénomène du «décrochage» des jeunes professeurs. «Nous savons qu'entre 25 et 50 % des enseignants quittent la profession durant les cinq premières années de pratique, rappelle Réjean Parent. Nous cherchons donc comment on pourrait freiner cette désertion.»

À la suite d'une tournée de consultations, les dirigeants de la CSQ ont découvert que l'un des facteurs de découragement serait la violence dont les professeurs seraient victimes. «Nous avions en main un sondage de la Fédération canadienne des enseignants qui indiquait que 95 % du personnel enseignant était victime de cyberintimidation, relate-t-il. Voilà qui nous a grandement étonnés. Nous avons donc décidé de prendre la mesure auprès de nos membres afin de déterminer ce que nous pourrions faire.»

L'enquête menée par des chercheurs universitaires a toutefois révélé que la cyberintimidation existe, mais qu'elle touche plutôt 5 % des membres de la CSQ. «C'est tout un écart, relate M. Parent. Mais cela ne signifie pas que ce soit un problème négligeable, puisque 5 % de 100 000 personnes représente tout de même 5000 victimes.» L'enquête montre en outre que près de 30 % des enseignants connaissent au moins un élève qui a été victime de cyberintimidation. «Si on extrapole, on pourrait estimer que de 25 000 à 30 000 jeunes sont victimes de cyberintimidation», fait remarquer M. Parent.

Or, constatant que certaines écoles ont mis en oeuvre des programmes efficaces pour contrer le phénomène, le président de la CSQ se demande pourquoi le gouvernement tarde tant à agir à l'échelle nationale.

«Il y a des solutions qui ne sont pas dispendieuses, dit-il avec exaspération. Quelques millions de dollars seulement investis sur l'ensemble du Québec suffiraient amplement pour équiper le milieu... Et on constate que lorsqu'on fait de quoi, ça marche! C'est un dossier en or, agissons maintenant!»

Collaborateur du Devoir