Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec - Des conditions toujours trop difficiles

Selon Linda Bonamie, la présidente de la FIQ, la solution à la pénurie passe par l’amélioration des conditions de travail des infirmières.
Photo: Jacques Nadeau Selon Linda Bonamie, la présidente de la FIQ, la solution à la pénurie passe par l’amélioration des conditions de travail des infirmières.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) regroupe environ 57 000 professionnelles et professionnels en soins infirmiers et cardiorespiratoires. Lina Bonamie, sa présidente, fait le point sur les principaux dossiers de l'heure. Entrevue.

Depuis quelques années, la pénurie d'infirmières et d'infirmiers est l'un des principaux problèmes du système de santé au Québec. Plusieurs efforts ont été consentis pour corriger cette situation. Ont-ils donné des fruits? «La pénurie d'infirmières ne se résorbe pas, affirme d'emblée Lina Bonamie. On n'attire pas assez de personnes dans la profession et l'on ne retient pas assez celles qui le sont. Le départ à la retraite est toujours supérieur aux entrées.»

Et ce n'est pas près de s'améliorer. «Les deux et trois prochaines années seront encore plus difficiles. C'est qu'il y a une cohorte — en bonne partie, les baby-boomers — qui arrive à l'âge de la retraite et beaucoup d'entre eux décident tout simplement de la prendre. De toute façon, leur rente est déjà au maximum. C'est une expertise précieuse que l'on perd dans ce cas.»

La nouvelle mesure du ministre Bachand visant à rendre plus attrayante la retraite progressive pourrait-elle être un facteur permettant de ralentir les départs à la retraite et ainsi contrer la pénurie? «C'est une mesure qui ne nous touche pas vraiment puisque nous avons déjà une entente qui permet la retraite progressive à partir de 50 ans. Une infirmière peut alors travailler moins d'heures, avec évidemment une baisse de salaire, mais sa contribution au Régime des rentes, comme celle de l'employeur, demeure la même que si elle était à temps plein. Mais cette mesure ne dure que cinq ans et à 55 ans, la retraite est obligatoire. Nous aimerions voir cette mesure prolongée au moins jusqu'à 57 ans.»



La relève

Qu'en est-il des efforts faits pour amener plus de jeunes à choisir la profession? «Cela a permis d'attirer une plus grande proportion de candidates, mais cela ne règle pas le problème. Aujourd'hui, la profession d'infirmière se situe au centième rang quant au choix de profession pour une fille. À mon époque, elle figurait au cinquième rang.» Ce sont évidemment les conditions de travail qui font que plusieurs choisissent une autre profession, souvent dans le domaine de la santé, plutôt que celle d'infirmière. «Les infirmières travaillent le soir et la nuit, la fin de semaine, les jours fériés. Ce n'est pas le cas d'une ergothérapeute, par exemple. Alors, bac pour bac...»

Selon Lina Bonamie, la solution passe par l'amélioration des conditions de travail des infirmières. «Évidemment, les infirmières doivent travailler la nuit et les fins de semaine. Mais il faudrait leur consentir certains avantages, soit financiers, soit par exemple en leur permettant d'accumuler des journées de vacances.»

Elle croit aussi que l'on ne pourra pas régler le problème des infirmières si l'on ne revoit pas l'organisation du travail. «On n'y arrivera pas si l'on ne change pas le rôle de l'infirmière. Il y a certaines tâches assumées par les infirmières qui pourraient être faites par d'autres professionnelles de la santé. Cela allégerait la tâche des infirmières et mettrait à contribution les professionnelles de secteurs où il y a moins de pénurie.»



La santé en jeu

L'ouverture à une plus grande présence du privé dans les soins de santé au Québec préoccupe grandement la présidente de la FIQ. «Depuis un an, nous nous sommes mobilisés et avons mis en place une campagne de sensibilisation auprès du public. Il faut absolument alerter la population. Cette privatisation se fait de façon insidieuse et les pays qui ont privatisé leurs soins de santé l'ont fait exactement de la même manière.» Elle juge que le gouvernement actuel manque de transparence dans ce dossier. «Le ministre Couillard va-t-il passer la loi créant les cliniques spécialisées au mois de décembre, quand l'opinion publique sera sollicitée par le temps des Fêtes?»

Et la preuve que la présence du privé dans le domaine de la santé vient pervertir le régime public n'est plus à démontrer. Elle donne en exemple la récente entente entre l'Hôpital de Hull et la compagnie française VitalAire. «Cette compagnie fabrique des appareils servant à soigner des personnes souffrant d'apnée du sommeil. En général, lorsqu'on veut introduire un nouvel appareil, on demande à ceux qui auront à l'utiliser de l'évaluer, et après, on signe le contrat. Mais ici, le contrat est signé avant l'évaluation et en plus, on demande aux infirmières et au personnel de faire la promotion de la compagnie et de ses appareils. De toute ma carrière, je n'ai jamais fait la promotion d'un bistouri plutôt qu'un autre.»

«Pourquoi cacher les coûts s'ils sont moins chers ?»

Elle est aussi critique par rapport aux ententes que peuvent signer les hôpitaux québécois avec des cliniques privées, comme l'a fait récemment l'hôpital Sacré-Coeur avec la clinique Rockland. «Est-ce que les chirurgies à Rockland vont coûter moins cher ou plus cher? Difficile à dire puisqu'on ne peut pas connaître les coûts. Mais pourquoi les cacher s'ils sont moins chers?»

Elle fait remarquer aussi que si les salles d'opération de ces cliniques privées n'ont pas de problèmes de fonctionnement, c'est grâce à la présence des infirmières. «Mais la seule manière qu'une infirmière peut être qualifiée pour travailler dans une salle d'opération au Québec est d'avoir été formée dans les blocs opératoires des hôpitaux publics. C'est une formation qui dure six mois. Les cliniques privées, comme Rockland, n'ont pas à payer un sou pour profiter de cette formation, qui a été défrayée par le régime public.»

Il en va de même quant à ce qu'elle pense des partenariats public-privé dans le domaine de la santé. «Je suis allée faire un stage d'observation dans les hôpitaux de Londres pour me rendre compte que la cote des PPP a beaucoup baissé. On s'aperçoit aujourd'hui en Angleterre des problèmes que cela a engendré.» Certaines des situations dont elle a pris connaissances sont presque surréalistes. «Dans certains hôpitaux régis en PPP, on en est même venu à déterminer la durée optimale d'une ampoule électrique. Si cette ampoule avait le malheur de brûler avant la date prévue, on ne la remplaçait pas. Tout simplement.»

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Richard Larouche - Inscrit 27 avril 2008 19 h 01

    un gouvernement de vendus

    Mme Bonamie explique (encore une fois!)comment le gouvernement nous berne en ouvrant insidieusement la porte au privé dans le système de santé. Je ne comprends pas que les citoyens ne voient pas clair : le rapport Castonguay, les libéraux,Paul Desmarais et autres profiteurs crient sur tous les toits que les coûts du système de santé vont augmenter en flèche. Or, s'il en est ainsi, ce sera entièrement de leur faute parce que ça coute plus cher avec le privé. Comme le dit Mme Bonamie, si ça coutait moins cher, ils ne nous cacheraient pas le prix.

    Oyé, Oyé, Oyé, citoyens du Québec, réveillez vous pendant que ces crétins vous volent votre argent et nuisent à votre futur et à celui de vos enfants!!!