Centrale des syndicats nationaux - La santé avant toute chose !

D’après Claudette Carbonneau, le rapport Castonguay est loin d’être relégué aux oubliettes, comme plusieurs l’ont dit.
Photo: Pascal Ratthé D’après Claudette Carbonneau, le rapport Castonguay est loin d’être relégué aux oubliettes, comme plusieurs l’ont dit.

«Jamais, depuis 40 ans, nous n'avons vu de telles attaques contre notre système de santé public. Si nous continuons ainsi, nous irons directement vers un recul de l'accès aux soins pour la majorité de la population», dénonce Claudette Carbonneau, présidente de la CSN. La grande centrale syndicale, accompagnée des autres syndicats de la province et d'une panoplie d'organismes et de groupes communautaires, invite toute la population à participer à la grande manifestation nationale Ensemble pour la santé, samedi prochain à Montréal, à l'occasion de la Fête internationale des travailleuses et des travailleurs.

«On s'en va vers un recul de 40 ans. À cette époque, combien de familles se sont retrouvées à la rue parce qu'elles étaient confrontées à la maladie d'un des leurs? Pour mettre fin au glissement vers le privé, il est grand temps de regrouper nos forces et de faire pression auprès du gouvernement», affirme Claudette Carbonneau.

La CSN est encore sous le choc de tous les assauts qu'a subi le système de santé public québécois. «Il y a d'abord eu la mise en place de la loi 33, et depuis, il ne se passe pas une journée sans qu'on entende parler de tentatives du privé de s'étendre encore davantage. Il y a eu cette histoire farfelue de consultation médicale par webcaméra, le service de courtage pour obtenir un rendez-vous avec un médecin, le bilan de santé au coût de 400 $ avant de voir un médecin... Bref, le développement du privé se fait de façon complètement débridée et nous sommes inquiets. Nous croyons qu'il y a péril en la demeure pour la population», poursuit-elle.

Un gouvernement trop «mou»

Pourtant, le gouvernement Charest affirme vouloir demeurer prudent avec le privé pour protéger notre système public. Mais la CSN n'est pas rassurée. D'après Claudette Carbonneau, le rapport Castonguay est loin d'être relégué aux oubliettes, comme plusieurs l'ont dit.

«Lors de la sortie du rapport, Philippe Couillard a voulu rassurer la population en disant qu'il en rejetait plusieurs pans, mais plus tard, Jean Charest est venu dire que 60 % du rapport allait être appliqué. Par la suite, Monique Jérôme-Forget a fait référence à certains points du rapport dans son budget, qui, d'ailleurs, a diminué le pourcentage additionnel des sommes investies dans la santé, alors qu'on sait bien que les coûts augmentent. Ces besoins ne seront pas comblés miraculeusement, nous ne sommes pas dupes! Le privé prendra du terrain, au détriment des plus démunis», déplore Claudette Carbonneau.

Ainsi, la présidente de la CSN croit que le ministre de la Santé joue au «grand défenseur de notre système public», mais qu'il «ne prend pas les moyens nécessaires pour le protéger».

Un bon exemple de cela, selon la CSN: la mise en place de la loi 33. «Le gouvernement Charest pouvait appeler la clause nonobstant pour se soustraire à l'arrêt Chaoulli et injecter de l'argent dans le système public pour améliorer les délais d'attente, mais il a préféré passer la loi 33, qui permet aux gens d'avoir recours à l'assurance privée pour les chirurgies de la hanche, du genou et de la cataracte. En plus, le ministre se garde le pouvoir d'ajouter d'autres types de chirurgies à la liste, par simple règlement. C'est donc clair qu'il laisse de plus en plus de place au privé, à petites doses.»

Claudette Carbonneau croit également que les paroles et les gestes du ministre Couillard sont contradictoires. «Il dit qu'il est le premier ministre de la Santé du Québec à ne pas faire d'urticaire en envisageant la mixité de la pratique chez les médecins, mais il dit que ce n'est pas souhaitable maintenant parce que nous sommes en situation de pénurie. Or, de plus en plus de médecins se désaffilient pour pratiquer seulement dans le privé et il ne fait rien! Le gouvernement est trop mou face à la menace du privé!»

Chercher des solutions dans le public

La CSN affirme toutefois être bien consciente du fait que notre système de santé public a de gros problèmes et qu'il faut trouver des solutions. «Mais les solutions doivent être trouvées dans le public! Le privé n'est pas un remède miracle et il coûte plus cher que le public, tout en étant une avenue inéquitable», dénonce Mme Carbonneau.

La grande centrale syndicale n'a toujours digéré cette entente entre l'hôpital Sacré-Coeur et la clinique RocklandMD pour réaliser des opérations.

«Le ministre a qualifié d'historique la première intervention chirurgicale à la clinique RocklandMD et encourage la multiplication d'ententes de ce genre. C'est absurde, d'autant plus que ça coûte au système public 9000 $ par jour en frais d'opérations, et de cette somme, 4000 $ servent à payer les locaux, alors qu'on sait que Sacré-Coeur a plusieurs salles d'opération sous-utilisées. Les travailleurs de l'hôpital avaient pourtant proposé d'autres solutions pour faire fonctionner ces salles d'opération, mais on ne les a pas écoutés puisqu'on tenait à faire ce projet avec RocklandMD. Et ce gouvernement dit défendre le système de santé public!»

Si l'hôpital Sacré-Coeur a des salles d'opération inutilisées, c'est par pénurie de personnel. Un problème qui ne se règle évidemment pas en criant ciseau. «Mais si RocklandMD est capable d'avoir des infirmières, cela signifie que le gouvernement pourrait aller les chercher. Il y aurait mille et une façons d'amener ces infirmières dans le public et ce n'est sûrement pas à coups de décrets, en imposant des conditions de travail aux employés de l'État, que le gouvernement y arrivera», affirme la présidente de la CSN, qui se dit d'ailleurs toujours disposée à s'asseoir à la table de négociation avec le gouvernement pour tenter d'améliorer la situation.

Livrer un message fort

Plus que jamais, donc, la CSN croit qu'il faut maintenir la pression pour freiner ce glissement vers le privé et éviter de graves conséquences sur la société québécoise.

«C'est le temps de livrer, tous ensemble, un message fort. Nous concentrons nos efforts là-dessus, parce que nous croyons vraiment que les solutions aux problèmes de notre système de santé sont publiques et nous voulons que le gouvernement s'engage dans cette voie pour régler les problèmes d'accessibilité.»

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • nicole ouellet - Inscrite 26 avril 2008 09 h 29

    Et si c'était vraiment la bonne solution.

    Depuis 1975 que le virage au privé est installé. La création de polycliniques ont vu le jour dans le but de soustraire les rois-médecins-mégalomanes aux ordres des administrateurs-comptables-réalistes. Ceux qui savaient compter voyaient bien que le super-jet-médical courrait à pleine vitesse vers la catastrophe, et il arriva ce qui devait arriver, la grenouille explosa. 18 milliards plus tard.
    C'est alors que des plans de redressement virent jour: , compter chaque seconde utilisé auprès du patient mais sans calculer le travail et les coûts effarants des intouchables-médico-pharmaceutiques et le ciseau tomba pour couper dans le gras superflu: les services aux patients-payeursdetaxes qui assuré d'être malade n'a pourtant aucune assurance d'ëtre servi convenablement car ce ne sont pas ses propres goussets qui s'ouvrent pour payer... donc tu attends le bon vouloir...
    liste d'attente de 6 mois - réponse de l'urgence "de retourner chez toi malgré le mal de tête qui te sonne les cloches au cerveau"- pour ré-retour à l'urgence qui de nouveau t'indique que ce n'est rien et de prendre tylenol, advil.
    Qui a dit que soigner la maladie devait être gratuit. À part l'amour de Dieu rien n'est gratuit. Tout a un prix et je ne veux pas payer pour tous les abuseurs d'alcool, de cigarettes, de drogues légales et illégales, crack,estacy,les joueurs de planches, les cascadeurs de sport extrême et les disgracieuses chirurgies dites non esthétiques. Que l'utilisateur soit payeur me semble justifier.