Un 1er mai tout en santé - Le Québec monte à Montréal

La Journée internationale des travailleuses et des travailleurs a lieu chaque année le 1er mai. Le Québec est le seul en Amérique du Nord à souligner l'événement. C'est l'occasion parfaite pour les syndicats québécois d'inviter leurs membres, mais aussi diverses associations ainsi que les citoyens à manifester leur solidarité.

L'année 2008 ne fera pas exception à la règle. Quoique l'événement, selon l'année et les circonstances, prenne différents visages. L'on se souviendra tous du rassemblement monstre en 2004, au parc Jarry. Si les manifestations des années suivantes furent plus modestes, cette année voit le retour d'une marche nationale où tout le Québec est convié.

Ce retour à la marche nationale s'explique par le thème retenu cette année: Ensemble pour la santé. C'est que, de l'avis des syndicats, il y a péril en la demeure si l'on n'agit pas maintenant pour contrer la privatisation des soins de santé au Québec. «C'est un thème qui est très mobilisateur, explique Gilles Paquette, l'un des organisateurs de l'événement pour la FTQ. C'est la FTQ qui a proposé ce thème et les autres centrales syndicales ont aussitôt emboîté le pas. Et c'est aussi pourquoi, cette année, des groupes qui n'ont jamais participé à nos manifestations s'y joignent, comme la Fédération de l'âge d'or du Québec et l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées.»

L'événement se déroulera le samedi 3 mai. Les manifestants sont conviés au parc Lafontaine à midi, à l'angle de la rue Sherbrooke et de l'avenue du Parc-La Fontaine. De la musique et de l'animation sont prévues. Vers 13h, les manifestants se mettront en marche en descendant la rue Sherbrooke vers l'ouest pour se rendre à la rue Saint-Denis, qu'ils emprunteront vers le nord. «Une pause est prévue devant l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, sur Saint-Denis.» Ensuite, ils se rendront jusqu'à la rue Rachel, qu'ils prendront pour se rendre au parc Jeanne-Mance, là où musique et discours de circonstance auront lieu. Le tout devrait se terminer vers 16h.

À combien de manifestants peut-on s'attendre? «Il est évidemment impossible de le dire avant le jour même. En 2004, au parc Jarry, on n'avait certainement pas prévu 100 0000 personnes. Sans égaler ce nombre, je crois qu'il y aura entre 25 000 et 50 000 personnes.»

L'apport des régions

Qui dit marche nationale à Montréal dit aussi qu'il y aura de la grande visite. En effet, des manifestants de toutes les régions du Québec seront présents lors de cette marche. «Nous avons déjà nolisé quatre autobus pour nos seuls membres», dit Gilles Chapadeau de la FTQ en Abitibi-Témiscamingue. Et c'est sans compter les membres des autres syndicats qui se joindront au cortège. De plus, un effort a été fait afin de rejoindre d'autres groupes. «J'ai parlé avec plusieurs associations et groupes communautaires qui sont préoccupés par la protection de notre système de santé afin qu'ils se joignent à nous.» Plus de 500 personnes, estime-t-il, devraient faire le long trajet de l'Abitibi-Témiscamingue vers Montréal pour participer à l'événement.

En région comme en ville, la santé est un enjeu majeur, selon Gilles Chapadeau, mais elle représente aussi un défi pour la FTQ dans une région comme l'Abitibi-Témiscamingue. «Le défi en est un de mobilisation. Ici, en Abitibi-Témiscamingue, les pertes d'emplois dans le secteur forestier ont fait mal et ont mobilisé les gens. Notre défi, c'est de faire comprendre que le dossier de la santé est aussi important que celui de la foresterie. Les problèmes en foresterie arrivent par vagues et l'on peut espérer que la situation se redressera à l'avenir. Mais en santé, la privatisation aura des effets permanents qui toucheront nos membres.»

La santé en région

Toute démarche visant à augmenter la part du privé dans le domaine de la santé au Québec fait craindre le pire à Gilles Chapadeau en ce qui concerne les soins de santé en région. «Déjà, nous éprouvons une pénurie de médecins et nous avons des difficultés à recruter. Si les médecins peuvent aller dans le privé, ce sera encore plus difficile de recruter. Je ne vois rien là pour améliorer la situation.»

Sans compter que les soins de santé sont aussi essentiels sur le plan économique. «Par exemple, le secteur minier va bien présentement. Mais peut-on recruter des travailleurs et convaincre des entreprises de s'établir chez nous si nous ne sommes pas en mesure de leur assurer qu'ils auront accès à des soins de santé de première qualité?»

Sans compter que les cliniques privées spécialisées s'établiront sans doute dans les grands centres. «Elles chercheront à s'implanter là où il y a une masse critique. Les gens de nos régions, en plus de payer des soins privés, seront obligés de se déplacer, ce qui entraîne d'autres coûts.»

Ce n'est qu'un début

Cette marche nationale sur le thème de la santé n'est qu'un début, selon Gilles Paquette. «C'est le point de départ d'un immense chantier de sensibilisation et de mobilisation qui se poursuivra jusqu'à la prochaine élection. Et si la santé n'est pas un enjeu de la prochaine élection, nous nous assurerons qu'il en devienne un.»

Même son de cloche chez Gilles Chapadeau. «Il ne faut pas que la santé soit un dossier uniquement montréalais, il concerne le Québec tout entier. Nous allons talonner les politiciens locaux, provinciaux comme municipaux, afin qu'ils se prononcent et qu'ils prennent des positions claires. Par exemple, le Conseil régional des élus n'a pas encore dit un mot sur le sujet. On espère qu'il finira par se manifester. D'ailleurs, le prochain congrès régional de la FTQ aura pour thème "Ensemble pour une région en santé". La FTQ en Abitibi-Témiscamingue a fait de la santé sa priorité.»

Selon Gilles Paquette, le thème de la santé devrait mobiliser tous les citoyens, et pas seulement les syndiqués. «La privatisation de la santé touche tout le monde. Si l'on ne fait rien, le jour où l'on devra payer les soins de santé avec sa carte Visa plutôt que sa carte soleil n'est pas très loin.»

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Collaborateur du Devoir